Sep 012018
 

Ecrit par l’auteur algérien Akli Tadjer. Publié aux éditions JC Lattès le 28 février 2018.

Merci aux Éditions JCLattès pour ce partage, c’est le deuxième livre que je lis de Akli Tadjer et j’ai une nouvelle fois adoré sa plume (encore plus j’avoue !), j’ai aimé l’histoire et cette « schizophrénie normale » franco-algérienne — mot sublime de l’auteur — qui y règne.


Résumé

« C’est dans le Gaîté-Palace, un cinéma de banlieue laissé à l’abandon, que Mohamed, ébéniste au passage du Grand-Cerf, revisite sa vie, celle de ses parents et, surtout celle de son jeune frère, Lyes.
Ses souvenirs se figent puis se glacent d’effroi lorsqu’Aïcha, la mère, décide de fêter les vingt ans de Lyes dans son village natal en Algérie, pendant les années barbares. Lyes ne fêtera jamais ses vingt ans. Le jour de son anniversaire, Mohamed et Lyes tombent dans un piège tendu par les Combattants de l’Islam. Et c’est le monde qui bascule. Mohamed réussit à s’enfuir, laissant son frère aux mains des terroristes. Il ne s’est jamais remis de cette disparition.
Vingt-cinq ans plus tard, Mohamed reçoit sur son compte Facebook un étrange message de Houria, une jeune femme, qui habite Alger… »


L’avis de Caïtelhor

Mohamed, ébéniste dans l’âme, est un homme seul et la solitude lui pèse. Il se compare un peu à cette salle de ciné, celle de sa jeunesse qui aujourd’hui est aussi à l’abandon et qui attend un acheteur potentiel. Mais lui, qu’attend-il ? Sa vie aurait été tellement différente si… Il repense à Nelly amour éternel qu’il a laissé tomber, à La mère qui a tourmenté son père toute sa vie et qui n’a cessé d’aimer son frère Lyes plus que lui, à Lyes justement, son frère adoré qui n’a jamais fêté ses vingt ans… Si… ainsi va la vie. Telle est la sienne, vide et insignifiante jusqu’à ce jour où plutôt ce message via Facebook d’une jeune femme Houria. C’est le déclic dans la vie morne de Mohamed qui se décide à retourner en Algérie. Il est prêt à faire face à cette cruelle réalité d’il y a vingt-cinq ans, à ce drame ignoble qui lui a ravi son frère chéri. Houria est le déclencheur qui tombe au bon moment, il va le saisir, ira jusqu’au bout de sa quête et ne sera pas au bout de ses surprises… Le lecteur non plus.

Akli Tadjer est né à Paris, c’est un écrivain franco-algérien dont les livres sont traduits en plusieurs langues. Certains d’entre eux auront une adaptation pour la télévision. J’ai lu et adoré « le porteur de cartables » où il mêle avec brio réparties amusantes sur fond d’humanité touchante.

Ce nouveau roman de 250 pages « la vérité attendra l’aurore » est une belle surprise. L’auteur mène l’intrigue bon train pour cette histoire particulière. Je suis bluffée, car il confronte Mohamed à une situation dramatique, on ne s’y attend pas. L’histoire est poignante, mais implacable, alors Akli Tadjer force (je le ressens ainsi) le lecteur à lire comme il a écrit : allant à l’essentiel, rapidement (je l’ai lu en deux soirées) et assez froidement parce que Mohamed n’a pas le choix, enfin si, il a le choix de poursuivre sa route sans se retourner et c’est ce qu’il fait. La cassure ne se fera pas sans dégât et il en portera toute sa vie les séquelles jusqu’au jour où… la vapeur s’inverse et le voici à nouveau face à l’imprévisible, l’incompréhensible. Mais dans ce nouveau contexte, vingt-cinq ans ont passé, il est mieux armé pour affronter ce nouveau coup du sort et les conséquences ne seront pas aussi dramatiques que la première fois. Là, il a une raison pour croire en un avenir meilleur alors ses décisions et acceptations envers l’autre agiront comme un baume réparateur sur ses anciennes blessures.

J’ai beaucoup aimé le rythme du roman. Il est imprévisible et vif, c’est une « urgence », mais rien n’est laissé au hasard. Il n’y a pas de temps mort, mais je peux vous dire qu’on passe par autant d’émotions qu’il y a de situations ! La tristesse devant la mélancolie de Mohamed, l’agacement face à son attitude envers Nelly, la violence et puis les mensonges lorsqu’il s’agit de Lyes mais aussi la dérision et l’humour « poétique » quand il parle par exemple de La mère « Je crois qu’Allah va bientôt m’envoyer ma lettre de convocation ! ». L’ambiance est touchante certes, mais l’auteur glisse aussi quelques anecdotes succulentes. Je pense à la passion du bois de Mohamed associée à Geppetto (papa de Pinocchio !) et à sa schizophrénie identitaire ! Je cite ce passage, c’est un coup de cœur total :

« Je n’ai jamais aimé l’idée de racines. Elle me renvoie à l’arbre figé dans sa terre, qui ne voit pas plus loin que le bout de ses branches. Moi, j’aime le mouvement, j’aime, tout comme Geppetto, transformer le bois pour lui donner une âme et créer des objets qui voyageront à travers le monde et me survivront. J’aime être ici et de France. J’aime ma trouble identité. J’aime ma schizophrénie normale. »

Pause lecture inattendue et très agréable que je recommande absolument. Je termine (en me faisant plaisir) sur cette phrase façonnée à la manière du nez de Pinocchio…

« Sur le chemin de la maison, j’ai ramassé une branche morte tombée d’un platane, et le soir au lieu de réviser mes leçons, j’ai gravé au couteau de cuisine un cœur avec nos initiales dessus, puis dans l’obscurité de ma chambre je l’ai collé à mon oreille pour l’entendre battre. »

Voilà pourquoi certains livres méritent d’être lus… Chokran Mr Tadjer.

Akli Tadjer

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