Ecrit par l’auteure française Eli Flory. Publié chez Alma Editeur le 08 septembre 2016.

Résumé

« Dans un monde qui ressemble au nôtre, Barbie est à bout, sous Xanax. Ken est parti. Pour de bon. Le gendre idéal qui plaisait tant à sa mère, a fait son coming-out. Il s’est installé à Paris et a ouvert un restaurant vegan. Barbie éprouve le besoin de changer de décor. La voilà au bord d’une piscine à débordement, dans un club de vacances sis en Méditerranée. Un indigène l’entreprend. Las, le beau gosse la kidnappe et l’échange contre une autre poupée, brune, moins grande, sa soeur enlevée par un groupe terroriste. Barbie se réveille vêtue d’un niqab, au milieu de nouvelles semblables, dans un tout autre pays : l’Etat Islamique. Dans ce roman qui retrace son voyage initiatique, Barbie va prendre conscience, à travers l’enfermement des poupées captives de Daech, de sa propre aliénation. La condition des femmes est un sujet-frontière qui crée, souvent, une ligne de démarcation un peu factice entre un Occident idéalisé et un Orient diabolisé. Une poupée chez Daech est une fable de notre temps, un roman trash et intelligent qui met en scène le corps des femmes, nu ou voilé, leur place dans la société, le rôle qu’elles jouent et qu’on leur fait jouer. »

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L’avis de Caïtelhor

Décor :

Un univers digne de la famille Kardashian pour les strass, et qui rappelle Lady gaga pour les paillettes. On découvre une Barbie trop grosse, moche, sous Xanax et de surcroît plaquée par Ken (il a fait son coming-out). C’est fini à jamais entre eux. Rajoutons à cela que Barbie s’est fait détrôner par la Reine des Neiges… Barbie doit changer d’air ! Elle se retrouve ainsi au Diva Beach Resort, un hôtel SPA. Elle veut et doit se ressaisir à tout prix ! Mais lorsqu’elle croise le regard de « beau gosse », professeur d’aqua-fitness biking, il devient son obsession. Elle zappe ses bonnes résolutions et surtout, oublie que parfois les hommes sont des beaux parleurs ! « Beau gosse » la kidnappe et l’échange contre une autre poupée, plus brune, plus petite : sa propre sœur, enlevée par un groupe de terroristes.

Barbie a bien du mal à comprendre car elle est persuadée d’être dans une émission de télé-réalité et cherche autours d’elle les caméras ! Bizarre, elle les pense bien cachées mais s’en fout ! C’est elle qui a été choisie, pas la Reine des Neiges, elle !! Elle tient enfin sa revanche !

Nouveau décor :

Barbie se retrouve avec d’autres poupées, toutes voilées en pays islamique. Pays où on a pas besoin d’horloge, pays où l’heure se décline aux appels à la prière. On bascule avec elle dans la vraie vie des poupées captives de Daech. Certaines sont choisies pour être geôlières, d’autres pour servir de ventre à engrosser. Celles qui ne servent à rien, subissent ou meurent. Alors Barbie va enfin se poser la question : « Qui suis-je ? » pour la première fois de sa vie. Elle va découvrir le courage, la solidarité féminine et l’amitié, ce qui l’aidera à sortir de cet enfer.

« Libérez-moi de l’obsession de la perfection, donnez-moi du courage »

Je ne connaissais pas cette auteure. Elle est née à Marseille et enseigne en banlieue parisienne. Elle est chroniqueuse et critique littéraire au « Magazine des livres ». C’est son premier roman. 118 pages intenses. J’ai craqué pour la couverture du livre, un coup d’œil au résumé. Je n’ai lu que les cinq premières lignes écrites en « rose Barbie » et je l’ai acheté. Lu en deux heures et trente minutes, j’y ai pris un grand plaisir, moi qui pensais qu’il s’agissait d’un conte farfelu… Ce petit récit est divisé en deux parties bien distinctes. On plonge d’abord dans le monde de nos stars actuelles, tout est exagéré et l’auteure y va fort de ses descriptions : accumulation de superlatifs et de détails, à outrance peut-être ? Non ! Réaliste pour un monde surréaliste.  Un vrai régal. Je m’y suis plongé avec beaucoup d’amusement et de détente, on a vite fait de confondre Barbie avec les célébrités qui font le buzz actuellement…

La seconde moitié du livre entraîne notre Barbie dans une vie malheureusement bien réelle aussi. Celle de Daech. Là, je n’ai plus ri. Fini la parodie de conte amusante, nous entrons dans le monde des méchants qui affichent le prix des femmes sur de vulgaires étiquettes. C’est d’ailleurs à ce moment-là que Barbie se demande ce qu’elle vaut, Qui suis-je ? … Une vulgaire chose ? Non.

« Parce que le corps des femmes est la plus grande réussite de Dieu et que l’homme n’a jamais su gérer cette beauté. Alors certains hommes l’abîment, l’humilient, car ils en ont peur, autant de leur beauté que de leur intelligence. »

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J’ai eu un réel coup de cœur pour ce roman plein de légèreté, de clichés hilarants mais aussi sujet à la réflexion. J’attendais un livre innovant voire surprenant et au vue du personnage et du contexte je n’ai pas été déçue ! A lire sans modération. A laisser traîner en espérant qu’il tombe entre les mains d’au moins une jeune femme prête à tout sacrifier pour rejoindre la Pays de Daech. Un pays loin d’être accueillant pour elle.

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©ColineSentenac – Eli Flory