Roman écrit par l’autrice Carine Fernandez. Publié aux éditions Les Escales le 04/04/2019.

Pour Malika L. – 02.04.2019


Résumé

« Dans les environs de Riyad, Talal Bahahmar est le patriarche excentrique d’une grande famille. Dans son immense palais, Mama Aicha, l’épouse qu’il n’a jamais pu se résoudre à répudier, ses fils, sa vieille mère malade, sa nouvelle femme, la jeune Loulwa, mais surtout Dahlia, sa petite-fille adorée se croisent.
Entre eux, l’entente est loin d’être au beau fixe. Mais lorsque Talal rencontre son jardinier, l’Égyptien Rezak, se noue entre les deux hommes une relation presque filiale qui va bousculer les certitudes du vieil homme. Serait-il temps d’expliquer à Dahlia les zones d’ombre qui planent sur son enfance ? Que répondre à son désir criant de liberté ?
Entre palmeraies et gratte-ciels, Carine Fernandez dessine une fresque sur quatre générations, celle des membres de la famille Bahahmar, liés par le sang, l’argent et le secret. Elle nous conte aussi une Arabie Saoudite en ébullition constante où les femmes frappent obstinément à la porte de l’indépendance. »


L’avis de Caïtelhor

Un immense merci aux Éditions « Les Escales » pour avoir partagé ce roman qui m’a attirée immédiatement. Le lieu, l’Arabie Saoudite et son immensité désertique ; bisbille au sein d’une famille dirigée par un personnage particulier : Talal Bahahmar et Dahlia, l’insaisissable… Fleur captive… Paradoxal non ?

Je reçois ce livre presque la veille de mon départ pour Marrakech La Rouge (Chokran bezaf bezaf !). Il fera partie de mon voyage, c’est LE livre que j’attendais.

L’autrice, Carine Fernandez connaît bien l’Arabie Saoudite, berceau de l’Islam où elle a vécu treize ans. C’est le petit plus, je vais avoir le droit à une belle plume dépaysante.

L’histoire met en scène trois personnages principaux auxquels on s’attache très vite. Ils sont indispensables tout au long de l’histoire et je les adore. Talal Bahahmar, le patriarche aux dix femmes (pas en même temps, il les prendra les unes après les autres !), Dahlia sa petite fille adorée et Mama Aïcha La première femme et la seule dont il n’ait jamais divorcé.

Talal a trois fils, mais toute son affection (démesurée certes) se tourne vers Dahlia. Culpabilité d’avoir « volé » cette petite fille à sa mère Anglaise il y a dix ans ? Peut-être… En tout cas, il la gâte et l’adule sans scrupule.

Talal est un solitaire « ouvert » et plus encore lorsque sa route va croiser celle de Rezak son jardinier égyptien. C’est à lui seul qu’il confiera « le secret de sa vie ». Ses fils le détestent, il représente un nouvel obstacle dans la vie de leur père.

Ha ! Dahlia ! La jolie Dahlia qui se revendique « fleur prisonnière du désert » c’est une jeune femme rebelle qui ne comprend pas pourquoi elle ne peut ni voyager ni s’amuser comme toutes ses riches amies. À ce titre, elle va mener la vie rude à Talal, car elle veut des réponses à ses interrogations. Elle rêve d’un ailleurs sans barrière où elle sera libre, mais pas l’Angleterre là où vit sa « soi-disant » mère Sylvia, celle qui l’a abandonnée, qui n’a jamais pris de ses nouvelles, celle qu’elle déteste.

Mama Aïcha c’est la crème des femmes. Elle entend tout, elle sait tout, mais sa bouche reste hermétique. Elle connaît tous les secrets… d’alcôve… et adopte la devise des femmes hadramie : « Saïd mangea des pistaches… »

Lorsque Talal entend cette phrase, il n’est pas sans penser à sa défunte mère Sitt Fatma. Il la revoit murmurer ces mots censés faire taire les indiscrets.

« La vie s’écrit en langage codé, chacun n’en détient qu’une bride. Où est la clé ? Où est le chiffre ? Il y a des choses que seuls les Bahahmar doivent connaître ».

La première page me laisse sans voix. Il pleut à Marrakech en ce début de soirée, nous nous sommes un peu éloignés de la ville pour admirer la nature qui attendait l’eau avec une telle impatience que j’ai cette impression que les palmiers sont sur la pointe des pieds et qu’ils tendent leurs palmes le plus haut possible vers les cieux et vers la pluie. L’eau ruisselle, s’infiltre. Il se dégage une odeur typique de la terre humide lorsqu’elle a subi le soleil impitoyable toute la journée. La terre fume et sent bon.

J’ouvre mon livre qui ne me quitte pas et je lis ces premières phrases qui m’ont émue quelques heures auparavant, il faut que je les partage avec les miens. J’ai les larmes aux yeux, mes enfants se moquent gentiment de moi… comme souvent :

« Il (Talal) s’était retiré dans la palmeraie pour voir comment la terre boit l’eau. (…) Comment la terre, craquelée tel un vieux mortier, se laisse infiltrer d’une eau qu’elle semble au premier abord repousser, l’autorisant juste à glisser sur ses écailles brunes, puis au final, comme elle s’attendrit, mollit, s’entrouvre, jusqu’au spasme amoureux. »

Oui, la terre parle la langue de la vie. Tout vient d’elle, tout y retourne.

Carine Fernandez a cette plume qui vous enchante pour peu que vous aimiez l’Orient. Je pense au roman de Caroline Fabre-Rousseau « Café zébré, thé à la menthe » qui m’avait tant charmé aussi. Carine Fernandez nous fait vivre une belle saga familiale, on fait partie de la famille chacun des membres nous parle. Son écriture est agréable, pleine de métaphores amusantes ou émouvantes. « La dame avança (…) d’une démarche entravée, semblable à la flamme d’une chandelle sous le vent (…). » C’est un roman d’été, dépaysant où l’on se sent bien et qu’on termine avec une pointe de regret. Talal et Dahlia vont me manquer.

 

Carole Fernandez