Ecrit par l’autrice Karine Lebert, publié aux éditions Presses de la Cité, collection Terres de France le 17 janvier 2019.


Résumé

« Au nom de la vérité, Gemma, New-Yorkaise, a fait voler en éclats son quotidien trépidant de femme d’affaires. Sous le charme de la Normandie, elle part depuis Honfleur sur les traces de son aïeule, Philippine, cinquante ans après, grâce à ceux qui l’ont connue.
Par amour, celle-ci a tout quitté, sa famille, sa Normandie. Pour Ethan, un beau GI rencontré à l’été 1944, Philippine a rejoint sa belle-famille en Louisiane. Passé le choc de la découverte du Nouveau Monde, le bonheur s’offrira-t-il à la jeune exilée, mariée, enceinte, loin des traditions de son pays natal ?
Gemma veut savoir : quelle était la vie de Philippine, là-bas, à La Nouvelle-Orléans ? Pourquoi est-elle rentrée en France ? Seule ?…
Entre deux continents, deux époques, portraits croisés de deux femmes entières qui vibrent à l’unisson. Pour l’amour d’une petite fille, Lauren… »


L’avis de Caïtelhor

Merci « Terres de France » pour ce beau roman à la couverture bien significative puisqu’elle me permet d’imaginer Philippine et Lauren, mère et fille. Je suis prête à me plonger dans leur histoire. C’est le tome 2, la suite de « Les amants de l’été 1944 » que je n’ai pas lu. C’est notifié qu’on peut lire « Pour l’amour de Lauren » indépendamment, tant mieux.

J’ai malgré tout poussé la curiosité à visionner les avis du premier tome pour savoir à quoi m’attendre. Avis mitigés en mode « descriptions plates » « manquant de souffle » « style plat », mais aussi de bons avis « intrigue et suspense » « histoire d’amour romanesque ». Je me ferai donc ma propre opinion et c’est avec plaisir que je commence le livre 2 d’autant plus que le résumé m’a plu immédiatement.

Deux pays la Louisiane et la Normandie et deux époques après-guerre pour la première et les années 2000 pour Gemma jeune new-yorkaise qui a tout quitté pour s’installer à Honfleur. Par sa mère Lauren décédée quelques mois auparavant, Gemma a découvert l’existence de sa grand-mère Philippine. Lauren qui était trop jeune à l’époque n’a pas connu sa mère, elle a trouvé beaucoup plus tard une photo cachée dans un vieux manteau d’enfant où elle figurait au côté de sa maman. Il n’en faut pas plus à Gemma pour se lancer sur les pas de sa grand-mère, mariée à un soldat américain le bel Ethan. Par cette union, Philippine devint comme beaucoup de jeunes femmes à cette époque une « war bride » ou « épouse de guerre ». Ses recherches vont être contrariées, car Philippine fut rejetée par sa famille Lemonnier à la suite de son mariage. Gemma retrouve d’anciennes war bride, tout en parcourant la Normandie dont elle est tombée sous le charme. Telle une petite araignée consciencieuse, elle tisse sa toile, accroche des noms, des lettres, des anecdotes, un journal intime qui la rapprochent à pas feutré de sa grand-mère.

Tenace elle part en Louisiane, à la Nouvelle-Orléans à la rencontre de membres de la famille d’Ethan son grand-père. Peu à peu le voile se lève, les langues se délient. Pourquoi Philippine est-elle retournée en Normandie sans sa petite fille, est-ce imaginable ? Pourquoi Ethan est-il retourné là-bas, que venait-il y chercher ? Pourquoi Lauren n’a-t-elle gardé aucun souvenir de sa mère ? Tant de secrets, tant de honte, Gemma veut savoir la vérité, mais se fait la promesse de ne jamais salir la mémoire de Philippine.

Mon avis :

Il m’a fallu deux chapitres « Gemma Calvados 2000 » et « Philippine New York 1945 » pour tomber sous le charme de ces deux femmes. La plume de l’autrice Karine Lebert m’a émue. Il se dégage une telle nostalgie de Philippine, j’ai adoré ce personnage. On débarque avec elle à New York levant les yeux vers la statue de la Liberté. On va vivre avec elle ses espoirs et son bonheur tout neuf, car elle est amoureuse de son bel américain. Mais rapidement viennent les désillusions et la solitude malgré la famille d’Ethan, parents et frères et plus encore qui s’agglutinent dans la demeure coloniale qui a perdu tout de sa superbe. Malgré aussi cette belle enfant qui naît, Lauren. Elle est pourtant adorée de ses parents, Ethan en est fou, mais garde ses mauvais penchants pour l’alcool et les sorties. Philippine se confie à ses amies war bride qui ont fait le voyage elles aussi dans l’espoir d’une vie meilleure dans le Nouveau Monde. Mais l’après-guerre est sans pitié, la vie est difficile d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique. Peu de jeunes femmes rencontrent la vie rêvée et beaucoup cherchent une solution pour regagner la France. Elles savent pourtant en rentrant dans leur famille (si elles y sont acceptées) qu’elles seront mises au rebut de la société, elles seront bannies même de l’église. Les jeunes femmes s’échangent des lettres qui sont les bienvenues dans le roman. Elles apportent de la poésie et du charme comme les mots de Philippine écrits à la première personne dans son journal intime.

L’autrice fait bien la différence entre les époques qui séparent Philippine de Gemma. De nos jours, Gemma est émancipée et sûre d’elle. Elle vient d’un milieu très aisé, mais n’hésite pas à tout larguer pour venir s’installer en Normandie. L’histoire est addictive et la plume dansante. Parfois lorsqu’on navigue entre deux époques les transitions sont difficiles et on s’y perd aussi, trop de personnages et trop de lieux. Ici tout est savamment dosé et les deux histoires se complètent. Le mystère de la grand-mère devient le combat de la petite fille. La nouvelle vie de Gemma complète celle de Philippine qui pourra reposer en paix. C’est un roman nostalgique rempli de compassion et d’amour.

J’ai à présent une envie : celle de lire le tome 1 « Les amants de l’été 44 », c’est aussi une particularité intéressante de pouvoir lire en second lieu l’histoire d’amour d’une femme au destin brisé, celle d’une « war bride ». « Pour l’amour de Lauren » nous plonge aussi dans la vie des G.I car on oublie leur vécu d’après-guerre, leur retour difficile pour la plupart, une vie bouleversée que raconte avec beaucoup de respect l’autrice. Oui, c’est un roman à découvrir que je recommande !

Karine Lebert