Ecrit par l’auteur Philippe Hayat. Publié aux éditions Calmann-Lévy le 14 aout 2019.


Résumé

« À Tunis dans les années trente, Darius Zaken est frappé de mutisme après la disparition brutale de son père. Élevé par sa mère Stella qui le destine aux plus hautes études et sacrifie tout à cette ambition, il lutte pour se montrer à la hauteur. Mais le swing d’une clarinette vient contredire la volonté maternelle. Darius se découvre un don irrésistible pour cet instrument qui lui redonne voix. Une autre vie s’offre à lui, plus vive et plus intense.
De la Tunisie française aux plus grandes scènes du monde, en passant par l’Europe de la Libération et l’Amérique ségrégationniste, cette fresque est
un magnifique roman d’initiation et d’émancipation, mené au rythme étourdissant du jazz. »


L’avis de Caïtelhor

Merci infiniment aux Éditions CALMANN LÉVY pour l’envoi de ce roman que je conseille à celles et ceux qui aiment les histoires assez paradoxales. C’est à dire pouvant être tellement tristes et si lumineuses à la fois. C’est une aventure profondément humaine et haute en note que les amoureux de la musique apprécieront d’autant plus. Darius Zaken s’exprime par le biais des sons incroyables qui jaillissent de sa clarinette. C’est pour lui le seul moyen de faire sortir de sa bouche tous les sentiments qui l’habitent, qui le rongent, car la clarinette est le reflet de l’immensité de son cœur. Personnellement, je venais de regarder le concert de Maalouf « True sorry » (trompettiste franco-libanais) exceptionnel. Je ne pensais pas une seconde ressentir autant d’émotions en lisant ce livre que la symbiose émotionnelle vécue en écoutant la trompette de ce virtuose.

Philippe Hayat plonge le lecteur dans cet univers du début du XXe siècle où le jazz tient déjà une place importante. Mais à cette époque ne devient pas musicien qui veut. On ne peut pas poster ses vidéos sur Youtube et être connu rapidement — voire célèbre — grâce au nombre de « like » qu’on obtient ! L’auteur va nous faire suivre le chemin difficile, semé d’embûches, mais surtout les déceptions et les rejets que subira Darius surnommé Darry Kid Zak encore et encore jusqu’au jour J inespéré qui va le propulsé au rang des plus grands. New York 1948, Darry fait la plonge au Royal Roost à défaut d’y être pour jouer. Entre deux assiettes, il sort sa clarinette et accompagne pour son plaisir l’orchestre. Mais l’oreille avertie des musiciens le capte et c’est une phrase du grand Charlie Bird Parker qui va transformer sa vie :

« – On part en tournée demain. Nous allons jusqu’à Los Angeles. Tu fais quoi, petit, les trois prochains mois ? »

1946 suite à un traumatisme brutale, Darius enfant juif de Tunis perd l’usage de la parole à jamais. Il prend de plein fouet la mort injuste et brutale de son père. Il vivra avec sa mère qui se sacrifiera pour qu’il fasse de hautes études, mais il quittera tout pour le son d’une clarinette. Près de 70 ans se sont écoulés et Darius se prépare pour son dernier concert devant une salle comble. Il est plein de tristesse lui qui ne voulait pas pleurer… Dinah est à ses côtés comme elle l’était 70 ans plus tôt. Il l’aime certes, mais pas autant que sa musique, Dinah l’idolâtre :

« – Nos soirs ensemble entre les concerts, je les comptais. Notre lit, je l’ai partagé avec la musique. Nos seuls enfants, ce sont tes disques. Tu as raison, comment j’ai fait pour te supporter pendant soixante-dix ans ? »

Elle, c’était une putain noire du « Mademoiselle », un bordel dans le Bronx, souillée par les regards — seulement des regards — de blancs surtout qui se soulageaient en l’insultant, en jurant en pleurant parfois. Lui, c’était un musicien caché derrière une cloison ou en haut d’un escalier qui enveloppait chaque chambre d’un jazz léger, pur qui atteignit Dinah jusque dans ses entrailles. Elle tomba amoureuse à la première note. C’était pour elle seule qu’il jouait ou plutôt il lui parlait au creux de l’oreille et elle en était comblée.

« Il abandonnait alors les tempos rapides comme s’il cherchait à me réconforter. Je me blottissais entre ses accords de blues, doux, veloutés. Il simplifiait son jeu et gagnait en intensité. Sur mes épaules, il déposait un manteau. »

Après une brève altercation avec un client trop entreprenant, le musicien fantôme se découvre et vient en aide à Dinah, ils perdront l’un et l’autre leur job. Leur chemin devait se croiser, elle le sauvera de l’enfer de la drogue et prendra soin de lui jusqu’au bout. L’auteur nous conte en musique l’histoire de ce gamin insouciant vivant à Tunis entre un père et une mère louve qui l’adore. Puis le drame qui le laissera handicapé doublement sans voix et boitant. Enfin l’espoir qu’il retrouve grâce à la musique. La musique sera toute sa vie.

Ce roman est mon coup de cœur du mois d’août. Il est très riche en émotion. L’auteur sur un air de jazz nous fait voyager de la Tunisie à l’Europe puis en Amérique. Deux femmes tiennent une place importante dans la vie de Darius, Stella sa mère et son amour inconditionnel pour son fils et Dinah « une vie de résilience » qui vous donne les larmes aux yeux. Chaque mot écrit par Philippe Hayat est une note jouée à la clarinette de Darry, j’ai adoré…

Philippe Hayat