Oct 032018
 

Roman écrit par François Beaune. Publié aux éditions Le Nouvel Attila le 14 septembre 2018.

Un grand merci à la maison d’édition pour cet envoi !


Résumé

« « On ne pense pas de la même façon le ventre vide et le ventre plein ».
Omar et Greg sont deux enfants d’ouvriers. Deux jeunes nés et grandis dans des ZUP. Le petit fils d’Algérien engagé dans l’armée française, chasseur de skins à l’adolescence, est travailleur social ; l’Italo-Tunisien, cheminot homo formé à la lecture de Jaurès et de Che Guevara, est devenu militant de carrière. Après mille expériences entre Reims et Vaulx- en-Velin, Bordeaux et Marseille, tous deux se retrouvent un jour à proposer au Front national un projet politique aberrant : faire entrer la communauté musulmane au FN.
L’itinéraire de ces deux citoyens engagés et enragés témoigne de la manière dont la France accueille et forme (ou pas) ses enfants de l’immigration : quartiers, racisme, religion, éducation, sexualité, engagement, rapport à l’autre… Omar et Greg cherchent leur place avec une interrogation obsédante sur ce que c’est qu’être français.
L’écrivain François Beaune, connu pour ses Entresorts et ses Histoires vraies, a connu Omar et Greg dans le quartier de la porte d’Aix, à Marseille. Il les a rencontrés, écoutés, enregistrés, et en a tiré cette fresque sociale, récit d’une amitié hors norme et portrait croisé de deux citoyens qui, par leurs contradictions, incarnent un destin français. »


L’avis de Caïtelhor

Omar et Greg sont deux « produits pour ZUP » — le terme n’est en aucun cas péjoratif — Hasard ou Mektoub… Seul Allah pourrait le dire, mais en tout cas ces deux-là vont se croiser sous l’œil bienfaisant de la Bonne Mère à Marseille. Belle rencontre, belle amitié pour deux personnes totalement opposées, comme quoi parfois les différences rapprochent quoiqu’on dise ! Histoire vraie pour une amitié issue de l’immigration, Algérienne pour l’un et Tunisienne pour l’autre.

Omar le violent, défonceur de skins, tombe dans les associations antiracistes pour ensuite trouver sa voie dictée par la religion.

Greg, en opposition totale avec son père (c’est sans retour) trouve refuge auprès d’un parti politique avec à sa tête un certain Jean-Marie, qui deviendra « son père de substitution ».

Une souffrance les unit : « Comment devenir Français ? Comment être reconnu comme tel ? »

C’est l’écrivain François Beaune qui va les rencontrer, les apprécier et leur demander de les enregistrer pour recueillir leurs confidences. Il fait la connaissance par hasard de Greg qui lui raconte son parcours au sein du FN. Celui-ci tient à lui présenter son ami Omar… responsable des jeunes musulmans à la Mosquée de Marseille. Leur projet commun est plutôt particulier. Omar propose à Greg d’intégrer ces jeunes musulmans dans son parti d’extrême droite ! « Osé », direz-vous ! Pourtant, c’est simple à la base. On arrête de diaboliser son frère, on essaie de le connaître, de le comprendre, de l’apprécier… en un mot L’ACCEPTER.

Alors la citation en première page de Milena Agus en dit long : « Je crois que si l’on veut qu’une personne nous reste antipathique, il nous faut absolument refuser de la connaître. »

Mon avis :

J’ai été assez bluffé par la plume de l’auteur. Le ton est neutre, impersonnel même. On l’imagine studieux, prenant des notes en regardant Omar puis Greg. Calme et passionné en même temps. Les chapitres sont courts, bien construits, systématiquement à l’identique. Omar puis Greg chacun leur tour prennent la parole, s’autobiographient, et comme lors d’un débat politique télévisé ont le même temps de parole ! On ne s’amuse pas pendant la lecture, mais on ne s’ennuie pas non plus. Surprise aussi lorsque j’ai découvert l’intérieur de la couverture, toutes les dates y figurent par ordre chronologique avec les moments importants de leur vie respective. J’ai pensé à une frise historique, c’est cocasse, bien fait.

Dans les premiers chapitres, on fait la connaissance de nos deux protagonistes. Omar, délinquant avec un casier. Sa religion : la rébellion. Son but : nettoyer les rues des bougnoules (lui-même de père Algérien). Il aime Malcolm X et les Panthers. Il lit « un sac de billes » de J. Joffo et « Au nom de tous les miens » de Martin Gray. Il rencontre même Harlem Désir. Il se retrouve coincé à l’armée qu’il finit par aimer pour les repères et l’ordre qu’on lui impose pourtant au début. Son père, né à Constantine, a dû fuir son pays et restera un éternel reconnaissant de la France.

Greg est issu d’une famille tunisienne communiste. Avec l’indépendance, sa famille a dû elle aussi fuir le pays et s’est retrouvée en France. Ils sont pourtant entourés de familles françaises, mais tout se gâte et son quartier devient invivable à cause du racisme qui s’infiltre dans les rues, les écoles, les immeubles. À l’adolescence il se renferme d’autant plus que ses relations avec son père sont très difficiles. À 15-16 ans, il choisira Maigret et le FN et reçoit sa carte du parti. Le FN deviendra SON histoire.

J’ai été plus attentive à partir du chapitre « l’obédience » — obéir à un supérieur — et plus captivée ! J’ai adoré les points de vue de chacun. Ils ne défendent pas leurs idées, ne nous forcent pas la main pour adhérer à leurs pensées, non, ils expliquent, commentent, argumentent, mais ne cherchent pas à nous convaincre. On se fera notre propre opinion en refermant ce livre… ou pas !

Greg et son engagement au FN, pas de haine à proprement parlé de l’étranger, une haine tout court de la société, de ses parents et même des blancs.

Omar, totalement contre l’Islam, converti grâce à… « Arte et aux larmes de sa grand-mère devant une émission sur le Hajj ! »,  « Elle m’explique en pleurant qu’elle a été là et là, qu’elle a jeté des cailloux sur le diable, que là elle a prié. C’est Arte qui m’a converti, avec en bonus track le making of de ma grand-mère ! ».

On apprend beaucoup aussi des rencontres avec Jean-Marie et aussi Tareq Oubrou. Je suis stupéfaite de ce que je lis ! L’homosexualité de Greg et les relations compliquées d’Omar avec les filles du quartier jusqu’à sa rencontre avec Myriam, douze ans de mariage et quatre enfants.

La rencontre d’Omar et Greg est une belle aventure, mais une telle alliance politique est-elle possible ?

Quoi qu’il en soit j’ai passé un très bon moment de lecture, très enrichissant en compagnie de deux personnages pleins d’humilité. Merci.

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