Ecrit par l’auteur américain Gabriel Tallent. Publié aux éditions Gallmeister le 1 mars 2018.


Résumé

« A quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la côte nord de la Californie avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu’elle parcourt sur des kilomètres. Mais si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie. »


L’avis de Caïtelhor

« MY ABSOLUTE DARLING » c’est Julia ou Turtle, comme son père Martin l’appelle. Orpheline de sa mère, Julia est élevée dans des conditions très rudes par un père qui veut la préparer à la fin du monde qui pour lui est imminente. Il fait d’elle un mini « Rambo » au féminin capable de manier les armes comme un vrai combattant. Ils vivent dans un univers datant d’un autre siècle, mais doté d’un décor naturel époustouflant de beauté qui est sublimé ici par l’auteur. Martin est un gourou manipulateur, ignoble. Il se revendique « écolo survivaliste », mais n’est autre qu’un monstre qu’il cache sous son discours : « la fin du monde est proche, préparons-nous ! » un seul désir pervers et vicieux : garder Julia pour lui seul, avec tout ce qu’on peut imaginer, le pire aussi. Julia a peu ou pas de vie sociale, ne se confie à personne et fait de son univers le secret le mieux gardé de la terre. Rien ne doit filtrer.

Jusqu’au jour où sa route croise celle d’un lycéen amusant qui l’attire et qu’elle a envie de connaître. Elle va tenter lentement mais sûrement de se détacher de son père, mais à quel prix ? C’est une descente aux enfers qui l’attend. Il y aura un gagnant et un perdant, car ni Julia ni son père ne feront de concession, c’est à la vie à la mort.

« Turtle lève le fusil, des gouttes coulent du chargeur, elle n’est pas certaine qu’il pourra faire feu. – Papa, dit-elle doucement derrière lui, et il fait volte-face et la nuit se décompose dans les ellipses stroboscopiques d’un éclair de fusil. Turtle appuie sur la détente. »

Mon avis :

Pourquoi, je ne sais pas. Mais je nommerai Julia par son prénom et non par ses surnoms Turtle ou Croquette qui font d’elle un animal, une chose ce qui n’est pas le cas.

L’auteur Gabriel Tallent nous propose un huis clos dérangeant puisque rapidement on comprend le rapport de violence et d’inceste entre Martin et Julia. Martin aime sa fille, c’est indéniable. Amour exclusif, abusif, il pénètre son esprit et son corps, c’est un dû puisqu’elle est à lui. Julia aime ce père qui lui apprend à survivre en toute circonstance puisque le chaos dont sera victime la planète sera irréversible, il faut s’y préparer. Il lui apprend à se défendre, à être forte, à être une warrior, pour le reste…

J’ai trouvé la lecture éprouvante à chaque confrontation, peu nombreuse fort heureusement, entre Julia et Martin, mais dans un contexte tellement glauque que la nausée est proche. Une baraque miteuse autant qu’eux au fin fond d’une Californie où la devise est : chacun pour soi. J’ai aimé le profil de Julia, je ne l’ai pas jugée, je crois l’avoir comprise. Soumise, c’est une ado sous l’emprise d’un adulte de surcroît son père. Aucune comparaison ne lui est possible puisqu’ils vivent en autarcie totale. Martin a dressé un mur infranchissable entre elle et les éventuels curieux. Martin la tient, l’hypnotise, la charme, la manipule, je le déteste. Si tel était l’objectif de l’auteur, bravo il a gagné. Face à lui, Julia n’est qu’une marionnette tel Pinocchio, mais pourra-t-elle couper les ficelles qui l’entravent pour gagner sa liberté ? J’ai souhaité la mort de Martin tout au long du roman… Le style est magnifique, donne une signature unique pour Gabriel Tallent et comme le souligne le grand Stephen King en couverture :

« Dérangeant et captivant. C’est un chef-d’œuvre horrible et magnifique à la fois. »

Même si l’histoire ne m’a pas transportée, elle m’a interpellée. J’ai été subjuguée par la richesse des mots de l’auteur pour sublimer la nature, la flore et l’océan. Quel choc ! J’ai eu l’impression de me promener dans une galerie d’art et d’être éblouie par chacune des toiles exposées, par des décors incroyables hauts en couleur, mettant en scène une flore exceptionnelle et délicate « Les ronces parviflores » « les troncs écailleux des pruches de l’Ouest » ou « les longues tiges humides des fétuques » détonnant tellement avec l’atmosphère lugubre et noire du roman ! Du jamais vu, du jamais lu. Je suis « Alice aux pays des merveilles » dans un jardin botanique sublimé puissance 10, je suis conquise.

Je ne suis pas près d’oublier « My absolute darling », Julia la vagabonde et Martin l’immonde. Je ne lui ai trouvé aucune circonstance atténuante, car il n’a pas une once d’amour véritable pour son prochain alors je remercie Gabriel Tallent pour la fin qu’il lui a réservée.