Ecrit par l’auteure française Marion Poirson-Dechonne. Publié aux éditions Chèvre-Feuille Etoilée le 09 janvier 2017.

Merci aux éditions Chèvre Feuille-Etoilée, Babelio et à l’auteure, Marion Poirson-Dechonne pour avoir pu lire ce livre


Résumé

« Il a déchiré l’enveloppe, déplié le papier. Il n’y avait pas grand-chose d’écrit. Juste : « Maman, je pars en Syrie ».Une mère se remet en question face à la fuite de sa fille partie faire le djihad. Aurait-elle pu voir les signes de radicalisation et intervenir à temps ?Dans une lettre ouverte adressée à sa fille, elle raconte son passé et son présent. Serait-elle quand même partie si elle avait su ce que sa mère a vécu ?Entre les souvenirs douloureux de sa jeunesse au Maroc et l’attente du retour éventuel de sa fille, cette mère cherche à comprendre l’incompréhensible. »


L’avis de Caïtelhor

Une phrase « Maman, je pars en Syrie ». La vie de cette mère de trois enfants bascule en une seconde. Elle ne comprend pas, c’est une mère aimante. Ses enfants sont toute sa vie. Et pourtant sa fille adorée part faire le djihad, elle veut rejoindre la Syrie, le Califat.

Bien sûr, elle s’était rendu compte que sa fille  changeait mais l’adolescence est une période bien ingrate et qui peut imaginer un tel cas de figure ?

« Ton air sombre, je l’attribuais à des règles douloureuses. Des difficultés en classe, un garçon qui t’avait fait de la peine. »

Le reste, ça n’arrive qu’aux autres, n’est ce pas ? Elle va choisir d’écrire une lettre ouverte à sa fille. Elle va lui raconter sa vie « d’avant ». Est ce que ça aurait changé le cours des choses si elle l’avait fait plus tôt ?

Son passé resurgit avec tous les souvenirs douloureux et cruels dont elle a été la victime depuis l’âge de cinq ans au Maroc. Dans une lettre ouverte à sa fille, Yasmina y dévoile son enfance. Celle d’une petite fille pauvre, vendue à 5 ans, puis soumise et battue par un mari qu’on lui a imposé. De cette époque, elle n’aime qu’une chose : son prénom.

« Je m’appelle Yasmina. J’aime mon prénom. Il a le parfum suave des fleurs dont on fait des bouquets ou des colliers.  Le jasmin, la menthe, me parlent des pays arabes. Au Maroc aussi, il existe une vallée des roses. Je ne la connais pas. »  

Yasmina éprouve tellement de culpabilité, a tellement de questions sans réponse. Il n’y a pas que de la fiction. Alors oui, ses mots font mal. Ils m’interpellent comme m’interpelle chaque roman que je lis. Ses révélations terribles auraient-elles eu un impact sur la décision de sa fille ? Celle-ci aurait-elle entendu le message que voulait lui faire passer sa mère ? Personnellement, j’en doute. La souffrance de cette mère est trop forte pour une ado qui se sent totalement démunie et incomprise. La fuite aurait peut-être été encore plus rapide…

La maman espère, elle attend des nouvelles de sa fille, elle attend son retour. Elle lui dit qu’elle l’aime,  qu’elle ne supportera pas de vivre sans elle. Pourquoi cette nouvelle épreuve ?

«On dit que Dieu ne nous impose pas des fardeaux plus lourds que nous n’en pouvons porter. C’est sans doute vrai. Les miens ont été progressifs. Ne m’impose pas une épreuve supplémentaire, je ne serai pas en mesure de la supporter. »

C’est un livre d’une grande délicatesse, c’est mon ressenti.  D’une grande tristesse aussi, celle d’une mère qui ne peut plus faire face. L’écriture est simple mais incisive et réaliste. Je m’attendais à retrouver le parcours de cette jeune fille dans sa « quête » du djihad.  Il n’en est rien.  C’est à la source qu’on va s’immerger. Nous plongeons dans la tête de la mère, avec toutes ses interrogations, toute sa culpabilité. Car c’est à cause d’elle, elle en est persuadée.  Si elle avait plus communiqué avec sa fille, si elle lui avait expliqué la vie en général, sa petite fille ne serait pas allée chercher le bonheur en enfer. Pas facile les relations parents adolescents, comment peut-on les protéger et leur donner leur envol ? 

« Cette nuit en finissant de revivre mon passé, j’ai tiré un trait. Ta fugue est la goutte d’eau. Je ne croyais pas que c’était possible, mais c’est arrivé. J’ai tout accepté de Dieu, mais pas ça. »           

Marion Poirson-Dechonne