Ecrit par l’auteur Javier Moro. Publié aux éditions Robert Laffont le 16 mai 2018.

Résumé

« Le 30 novembre 1803, un bateau quitte le port de La Corogne sous mille acclamations et applaudissements. À bord, une vingtaine d’orphelins, des enfants de tous âges, qui partent avec la plus noble des missions : porter le vaccin contre la variole, à peine découvert, de l’autre côté de l’océan, en Amérique. Les accompagne la douce et maternelle Isabel Zendal, chargée de prendre soin d’eux. Les héros de cette folle expédition, dirigée par l’intransigeant médecin Francisco Javier Balmis et son généreux assistant Josep Salvany, devront affronter tempêtes et naufrages, et se heurteront à l’opposition du clergé, à la corruption des élus et à la cupidité de ceux qui cherchent à s’enrichir aux dépens des plus démunis.
Aujourd’hui reconnue comme l’une des plus grandes prouesses humaines de l’Histoire, cette aventure a été portée par le courage de ces enfants, sur qui reposait la vie de tant de gens, mais aussi par l’audace de deux hommes que tout opposait, si ce n’est leur amour pour la seule femme à bord. »

L’avis de Caïtelhor

Certains hommes sont appelés vers des destins hors du commun. C’est le cas dans ce roman du médecin Francisco Javier Balmis qui va diriger la plus grande expédition humanitaire de vaccination contre la variole (dont on sait les ravages au 19e siècle). Le roi d’Espagne cautionnera cette extraordinaire opération.

Merci à des auteurs tels que Javier MORO de faire en sorte qu’on n’oublie pas ces grands hommes.

L’auteur nous dresse le portrait de Balmis dans la première partie de l’histoire. Il faut donc savoir qu’on ne va pas embarquer à bord des navires immédiatement, mais il me semble que c’était important de se pencher sur l’homme et son parcours (il le mérite !) avant de vivre avec lui la plus incroyable des aventures (que je découvre je l’avoue !).

Balmis c’est un tout, une devise :

« Toujours en train d’étudier, non seulement la chirurgie, mais aussi la chimie, la botanique et la médecine pratique. »

Et lorsque le 29 juin 1803 Carlos IV le nomme directeur de l’expédition philanthropique royale de la vaccination, Balmis sait qu’il a gagné son pari.

Son chemin croise celui l’Isabel Zendal qui aura comme mission de veiller aux enfants à bord des navires. Sa propre mère étant morte de la variole, il lui tient à cœur de donner tout ce qu’elle peut pour combattre ce terrible fléau. Isabel est une mère célibataire, elle embarque avec Benito son fils. C’est une jeune femme courageuse qui de simple domestique est devenue infirmière puis directrice d’orphelinat. Le défi est immense, car l’expédition est périlleuse et les conditions à bord pour une femme (la seule) non sans risque, mais sa décision est irrévocable. Elle ne laissera personne d’autre qu’elle s’occuper de ces pauvres enfants, orphelins pour la plupart.

« Sa mission consistait à distraire aussi bien l’enfant porteur, quand on lui extrayait une goutte de pus, que le récepteur, préalablement incisé à l’aide d’une lancette, à qui l’on inoculait un peu de ce fluide. À partir des boutons de quatre Madrilènes de l’expédition, on vaccina quatre-vingt-seize enfants qui permettaient d’en vacciner deux mille trois cent quatre, et ainsi de suite… »

Mon avis :

J’ai lu ce roman comme une œuvre historique et les amateurs de grandes épopées « héroïques » vont se régaler ! L’auteur nous gâte tant sur le plan l’empire espagnol que sur cette traversée scientifique unique et prenante. J’ai visité cet empire de la plus belle des façons, car la plume de Javier Moro est soucieuse du détail, des dates et des lieux où le navire accoste. C’est un grand travail en amont. La méthode de « Jenner » qu’utilise Balmis est impressionnante. Une vaccination de « bras à bras » puisque le système de réfrigération n’existait pas. Mais le sort de ces jeunes enfants m’a beaucoup émue, on n’est pas sans penser aux petites souris utilisées aujourd’hui dans nos laboratoires. Il faut donc se recentrer, nous sommes au 19e siècle et la vie reste cruelle. Une fois la vaccination faite à chaque escale d’autres enfants montent sur les bateaux et ceux à bord cèdent leur place. À terre, ils seront adoptés ou vendus… Mais bien souvent, ils seront dirigés dans des filières beaucoup plus illicites et tout le monde ferme les yeux.

Un bémol malgré tout dans ce roman passionnant. On s’attache aux protagonistes, Balmis leader de l’expédition, excellent médecin, quoique taciturne ; la respectable Isabel et le doux Salvany souffreteux, indispensable à la traversée. J’ai trouvé par moment l’histoire quelque peu redondante, elle aurait été embellie par plus de sentiments (amoureux pourquoi pas) puisque les deux hommes étaient secrètement amoureux d’Isabel.

Tous trois, après avoir contribué à la vaccination de plus de deux cent cinquante mille personnes, mourront seuls.

Je ne citerais que le plus humble de la traversée, Galvany qui entre en agonie le 21 juillet 1810.  

– « D’après Saint Augustin, l’amour ne disparaît jamais, n’est-ce-pas mon Père ? La mort n’est rien, nous serons toujours ce que nous avons été les uns pour les autres. » – « C’est exact mon fils. »

 

Isabel Zamdal