Ecrit par l’autrice belge Katia Lanero Zamora. Publié aux éditions ActuSF le 20 novembre 2018.

Je remercie chaleureusement les éditions ActuSF pour cette découverte.


Résumé

« Amaryllis a 16 ans et n’a jamais connu que la maison où elle est née, le domaine d’Esver, reculé, magnifique, mystérieux. Dans ce manoir qui tombe en ruines où elle vit seule avec sa mère austère, elle étudie la botanique avec l’espoir d’en faire son métier… Le jour où elles reçoivent une lettre du père annonçant la vente du domaine et le mariage forcé d’Amaryllis à un de ses associés, tout bascule. Pour échapper à ce destin, malgré les ombres qui hantent ses nuits, la jeune fille répondra-t-elle à l’aventure fantastique qui se cache derrière les portes fermées d’Esver ? »


Mon avis

J’ai déjà lu des récits aux accents gothiques, bien que ce genre littéraire m’échappe un peu. Il est facile de dire gothique dès qu’un château maudit est présent dans le décor, or, ici, je pense avoir réellement découvert une facette d’un genre littéraire que j’associais jusqu’ici presque exclusivement à Dracula de Bram Stocker.

Le lecteur se retrouve propulsé dans une intrigue que l’on placerait aisément aux alentours du 18e ou début 19e siècle. Je pense évidemment à l’architecture à peine dévoilée du manoir, mais surtout à la condition des femmes à cette époque. Dans ce château vivent Gersande, une mère acariâtre, et sa fille Amaryllis, 16 ans. Toutes deux évoluent dans un décor en ruine, le manoir est à l’abandon depuis plus de 10 ans, les rideaux sont élimés, des restes de repas vieux d’une décennie traînent encore sur la table du salon. Le plancher est instable, quant aux fondations, elles manquent de peu de s’écrouler à certains endroits.

Nous découvrons la demeure à travers le regard de la jeune fille, le dégoût qu’elle porte aux portraits de ses ancêtres qui ornent les couloirs, et la lassitude qui lui étreint le cœur lorsqu’elle pénètre dans la serre de sa mère. Car Gersande est férue de botanique. Elle vénère les plantes et prépare sa fille à intégrer une institution d’excellence à Paris. Voilà l’unique chance qu’elle a d’échapper à ce manoir, à cette vie misérable et à un mariage forcé.

Mais Amaryllis à d’autres rêves, d’autres projets, elle veut découvrir le monde et embarquer sur un voilier. Des rêves inaccessibles, car elle souffre d’un mal étrange. Ses nuits sont peuplées de cauchemars et de visions lorsqu’elle omet de prendre l’élixir que lui prépare sa mère chaque jour. Mais peu à peu, l’adolescente se révolte contre ce poison qu’elle est forcée d’avaler, elle veut découvrir ce qui la ronge, se rebeller. Chose qu’elle fait, à ses risques et périls.

Car Esver est à la frontière de deux mondes, deux mondes qu’un voile bien trop fin peine à séparer. Ses cauchemars n’en sont pas et les monstres veillent à ce qu’elle ne quitte jamais le domaine familial. Lorsqu’elle sort, les jardins deviennent forêts, le chemin jusqu’au portail devient labyrinthe, et la jeune fille se perd, persécutée par des créatures qui veulent la mettre en pièce.

Voilà un nouveau point du roman gothique après le décor sombre et inquiétant, après le rappel historique mis en lumière par la condition féminine : le surnaturel. Cependant, l’autrice dose parfaitement l’aspect fantastique et nous laisse des éléments tangibles auxquels nous raccrocher pour ne pas nous perdre. Heureusement, les créatures ne sont pas toutes effroyables ! Amaryllis aura deux alliés dans sa quête pour libérer Esver, qui m’ont fait songer aux personnages du Magicien d’Oz…

Enfin, dernier point qui fait de ce roman, un roman gothique : d’anciens secrets du passé qui viennent perturber le présent. Ce point concerne Gersande et son histoire tragique. Gersande a une personnalité complexe, elle est à la fois digne et animale. Aime l’ordre et le respect, mais n’applique pas sur elle-même ces principes-là. Elle mange comme une vorace, boit plus que de raison et laisse éclater sa colère comme une furie. Mais on apprend à la comprendre et à l’aimer.

Le seul point qui ne fait pas de ce roman un coup de cœur, c’est la plume de l’autrice. Le langage, bien qu’il ne soit pas soutenu, à quelque chose d’ancien. J’ai trouvé qu’il manquait un manque de fluidité dans le récit, un petit quelque chose qui ne m’a pas pleinement happé dans l’intrigue. Je suis parfois resté en marge. Je ne parlerais pas de longueurs, mais de lenteur. Les phrases sont belles, mais ne vont pas toujours droit au but, j’ai eu l’impression de plus me focaliser sur le vocabulaire plutôt que sur l’action. Hormis ce détail, ce récit est une jolie performance que je salue !