Ecrit par l’auteure canadienne Louise Tremblay d’Essiambre. Réédité aux éditions Charleston le 08 janvier 2016.

« Merci aux Editions Charleston pour m’avoir fait profiter de cette belle lecture et pour m’avoir fait découvrir son auteure : Louise Tremblay-D’Essiambre. »

Résumé

« 1942. À l’aube de ses dix-huit ans, Cécile Veilleux doit quitter la ferme de ses parents, dans la Beauce, et son fiancé Jérôme, pour dissimuler une grossesse qui jetterait l’opprobre sur sa famille.
Au même moment, à Québec, la jeune Rolande Comeau est envoyée à l’hôpital de la Miséricorde pour dissimuler une grossesse tout aussi honteuse.
Recluses à l’orphelinat, les deux jeunes filles vont subir les affres du silence. Le silence à garder sur leurs blessures et leur déshonneur, qu’il faut à tout prix cacher. Le silence qui marque brutalement la fin de leur jeunesse. Dans la tourmente, l’amitié entre les deux jeunes filles pourra-t-elle les aider à surmonter ces épreuves ? Et l’amour entre Cécile et Jérôme survivra-t-il, malgré l’absence et la guerre qui se profile ? »

L’avis de Caïtelhor

          C’est tout d’abord la couverture de ce livre qui m’a interpellée. Cette femme triste toute de noir vêtue, mystérieuse me fait penser à « Lili Marlene », la chanson reprise par Marlène Dietrich. Et puis, le titre «  Dans la tourmente » On plonge dans les années de la guerre 39-45, c’est sûr. C’est un premier tome, autre point positif pour moi qui aime les belles sagas.

Marlene Dietrich

Marlene Dietrich

Notre destination sera la Beauce au Québec, belle terre agricole et rurale. Nous découvrons Céline, fille aînée d’une grande fratrie comme beaucoup de familles à cette époque. Amoureuse et sur le point de se marier elle se rend compte qu’elle est enceinte. De plus, avoir un enfant signifie en temps de guerre que son amoureux Jérome ne partira pas loin d’elle…Mais ça ne se fait pas, que vont dire les gens ? Le père sera intraitable, la mère s’incline pour d’autres raisons plus personnelles ; elle ne veut pas que sa fille ait le même sort qu’elle, femme épuisée par tant de grossesses souvent non désirées. Céline partira à Québec où elle accouchera et donnera son enfant en adoption. C’est là qu’elle rencontrera Rolande, 13 ans, violée chaque jeudi par un père alcoolique.  Si la première n’acceptera jamais qu’on lui ait pris son enfant, Rolande ne veut pas de sa progéniture qui lui rappelle tant de douleur.

Voilà la condition des femmes à cette époque-là. La loi du silence, la peur des racontars, la peur d’être montrée du doigt. La femme doit courber l’échine et accepter la loi du plus fort, celle de son mari…et celle de l’homme en général.

Pourtant, on ne va pas tomber dans le pathétique, au contraire. On découvre l’autre facette de la femme en général, ici par le biais de Céline et Rolande. Déterminées dans leurs quêtes, fragiles mais fortes à la fois, et  dans le cas de Céline : ne faire les choses que par amour de l’autre, tout en respectant ses choix propres  et son optique de vie : vivre. Comme le lui a bien enseigné sa tante adorée Gisèle.

               «  Ben, Céline, c’est astheure que ta vie commence, ma belle. Ta vraie vie de femme, faut pas laisser les regrets v’nir gâcher ton plaisir. Garde tous les souvenirs ben précieusement dans ton cœur, pis fonce drète en avant de toi, ya rien que d’même qu’on peut être heureux. »

L’auteure a une plume  adroite, respectueuse de ses personnages, j’ai eu l’impression qu’elle en prenait soin, qu’elle avait peur de les blesser ! Elle augmente cette sensibilité en employant des expressions typiques de la parlure beauceronne lorsque les situations sont particulièrement tendues et difficiles à vivre. Excellente initiative  qui donne encore plus de valeur et d’authenticité au roman.

Je me suis intéressée à la biographie de Louise Tremblay-D’Essiambre et je n’ai pas été déçue. La manière dont elle se décrit correspond à sa façon d’écrire (à mon humble avis, bien sur).

 «  Je ne connais rien de plus difficile que de parler de soi. J’ai toujours peur d’exagérer. Dans un sens ou dans l’autre ! (…) La passion des mots s’est glissée en moi comme l’air est vital, comme l’eau qui désaltère, comme le soleil nous réchauffe. (…) La fascination des mots, l’envoûtement des images qu’ils font naître, l’appel des émotions qu’ils éveillent m’ont apporté une joie que je ne saurais décrire. ». Quelle sensibilité !

Pour toutes ces raisons, j’ai lu ce roman avec un réel plaisir. J’attends la suite de l’histoire de Céline avec impatience, j’espère qu’elle va trouver la sérénité, l’amour et surtout sa place dans la vie, celle qui lui est due, celle qui est due à toutes les femmes.

A lire et à offrir…pour la fête des mères par exemple !

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Louise Tremblay d’Essiambre