Ecrit par l’auteur et théologien français Jean-Yves Leloup. Publié aux éditions Presses du Châtelet le 18 mai 2016.

Un grand merci à Babelio et aux Presses du Châtelet pour le partage de ce livre que j’ai lu avec beaucoup de bonheur.

Résumé

« Début des années 90. Mohammed, un jeune Marocain, affirme avoir reçu d’Allah la mission de détruire la chapelle Sixtine et de purifier Rome de tous les « idolâtres ». Alerté par la soeur du terroriste, Jean-Yves Leloup, entre en relation avec lui pour le convaincre de renoncer à son projet. Il est alors pris en otage par le jeune homme, ceint d’explosifs, décidé à aller jusqu’au bout… Mais la police n’est pas loin. Dialogue entre un djihadiste et un philosophe, ce récit est fondé sur une histoire vraie. Il pose des questions fondamentales sur l’inspiration et l’interprétation du Coran ; mais aussi sur le nihilisme et les perversions narcissiques animant les prétendus « religieux » qui, au nom de Dieu, expriment leur haine et leur ressentiment. Il nous avertit encore de ce qui peut arriver quand l’iconoclasme et le gout du néant l’emportent sur le respect et la mémoire des monuments qui éclairent de leur diversité notre humanité une et précairement « civilisée ». »

L’avis de Caïtelhor

C’est une histoire vraie, un échange entre un philosophe-otage et un djihadiste-kamikase qui au nom d’Allah, veut détruire la chapelle Sixtine, ses fresques impies et tous ceux qui les idolâtrent. Un dialogue, contre toute attente, aura lieu.  Propos  chrétiens et musulmans pour une éternelle question : comment interpréter le  Saint Coran.  Mais peut-on réellement dialoguer avec un kamikase ?  Comme le dit  Jean-Yves Leloup « Ce que j’avais appris en psychologie et dans mes études ne me semblait pas vraiment utile et applicable dans la situation présente… » Le ton est donné…

Ce Récit m’a interpelé. La raison est simple, au vue des tourmentes très violentes qui traversent en particulier notre pays, je me suis demandé « qui » pouvait avoir le cran ou la folie d’affronter un tel individu au péril de sa vie ? C’est Jean-Yves Leloup, qui de moine dominicain, deviendra prêtre orthodoxe. C’est un Docteur en philosophie, en psychologie et en théologie. Issue d’un milieu athée, il se convertira après une expérience de la vie qui l’a laissé cliniquement mort.

Hérétique pour certains, infatigable marcheur surtout, ces « fragments d’une itinérance » (tiré de son récit autobiographique) pourraient nous apprendre (je le cite) comme les confessions de saint Augustin  «  un art de vivre par temps de catastrophe »

118 pages, lues en deux soirées. On en sort pas indemne. J’assiste à un affrontement verbal incroyable, le bien et le mal réuni pour un débat qui sera fatal au final pour l’un ou l’autre ou les deux. La plume de Jean Yves Leloup est digne à mes yeux de son être intérieur. Elle sera guidée par son cœur, par sa foi, par son amour du prochain, tout au long de ce dialogue terrible. Il n’essaiera pas de convaincre ou de juger son interlocuteur.

Va alors s’amorcer un dialogue par l’intermédiaire de citations  de personnages marquants et de versets du Saint Coran. Pour Leloup, Abd-el-kader le philosophe ou Rabi’a al-adwiyya, (première grande voie du soufisme) dirigent les femmes et les hommes vers le  jihad majeur qui prône la PAIX, l’amour de Dieu pour Lui seul et non par crainte de son enfer, ni par désir de son paradis. Pour le djihadiste  qui citera Maître Eckhart (théologien) , Netchaïev (révolutionnaire – Tu dois être prêt à tuer sans pitié) et Hassan El Banna (grand-père de Tariq Ramadan et fondateur des Frères Musulmans), son enseignement est que toute chose en dehors d’Allah n’est qu’illusion et que toutes les illusions doivent être détruites.

Hors le contexte brûlant et d’actualité de ce livre, j’avoue que l’écriture de Jean Yves Leloup m’a hypnotisée. Mais il est vrai que personnellement (et je ne suis pas la seule) je me positionne évidemment dans un jihad majeur prônant avant tout la paix et le respect. Je n’ai ressenti aucune pression, aucun désir de séduction de la part de l’auteur pour imposer d’éventuelles idées ou positions (religieuses surtout ici) mais un apaisement  et une compréhension  des textes cités et l’envie même d’approfondir ce débat. Mais le djihadiste nous ramène vite à « sa » réalité, celle de n’obéir qu’aux inspirations d’Allah, et que rien ni personne ne l’arrêtera dans son geste, comme tout bon musulman pieux. Il ira jusqu’au bout de son geste mais pas comme il le souhaitait car le philosophe malgré tout aura eu le dernier mot … enfin à sa manière je crois.

La seconde partie de ce livre est consacrée à une série de questions posées à Jean Yves Leloup. « Que faire face à la violence » Débat très philosophique que j’ai adoré et où je me suis retrouvée aussi. Je me permets à nouveau de citer ses mots :

« Le mot qui nous rassemble est conscience   plutôt que Dieu, Vie, Amour, mais en réalité, il n’en est pas séparé puisqu’il s’agit d’une Conscience de la Vie et de ce qui lui donne à chaque instant d’être ce qu’elle est ».

 Oui, chacun de nous est unique, chacun à sa propre conscience, ses propres motivations et  ses propres objectifs. Ange ou démon, c’est à nous seul de choisir. En notre âme et conscience.

Malgré un sujet tellement grave et présent dans chacun de nous, je recommande le livre de Mr Leloup pour ses mots apaisants et qui rassemblent. Il n’est pas le seul à prôner la paix et le vivre ensemble, nous devrions les écouter plus attentivement.

Merci de m’avoir fait profiter de cette lecture que je recommande vivement.

« Sache que le paradis, auquel parviendront dans la vie future ceux qui y sont destinés, est déjà sous tes yeux, aujourd’hui. Tu t’y trouves dès à présent, mais tu ne le sais pas… »

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Jean-Yves Leloup