Ecrit par l’autrice Madeleine Mansiet Berthaud. Publié aux éditions Presses de la Cité, collection Terre de France le 7 mai 2019.


Résumé

« Une vie, un passé… la belle propriété de la Ténarèze, au cœur du Gers, renferme tant de beaux souvenirs pour Claudia, et de drames aussi. Ce sera son dernier combat : préserver ses murs, contre le projet d’une maison de retraite, contre l’hypothétique révélation de son secret…
Son passé, Claudia croyait l’avoir enfoui à l’abri des grilles du parc de la Ténarèze. Le lierre et le chèvrefeuille tapissent aujourd’hui les murs de cette demeure autrefois la plus belle d’Eauze.
Dans ce village gersois d’origine gallo-romaine, chaque pierre raconte une histoire. Celle de Claudia, née avec le siècle, est marquée par la disparition inexpliquée de son mari Paulin,
quarante-cinq ans plus tôt. Pour une autre, un ailleurs ? Nul ne sait. Depuis, Claudia a perdu son sourire, se terre dans une solitude dont elle a fait un rempart, et vit parmi ses souvenirs : son amour pour Paulin, pourtant si jaloux, leur gîte ouvert aux pèlerins de Compostelle…
Quand, ce jour de septembre 1983, le maire vient lui exposer son projet pour la Ténarèze,
Claudia devine qu’il s’agit d’une expropriation. Que l’on investisse son parc, jamais !
Ce sera son dernier combat : préserver ses murs, son passé, ses secrets… »


L’avis de Caïtelhor

Merci aux Éditions TERRES DE FRANCE grâce à qui je retrouve l’autrice du livre « Les nuits blanches de Léna » que j’avais chroniqué avec plaisir.

J’aime l’écriture de cette autrice qui a le don de nous entraîner et de nous faire rêver tout au long de la lecture. Déjà, la Dame de la Ténarèze m’intrigue et m’invite à la suivre. Je pousse la grille en fer forgé de son domaine qui s’entrouvre dans un grincement typique des vieilles bâtisses laissées à l’abandon. Des herbes folles m’accueillent et caressent mes jambes. Quelques pas plus tard, je découvre son immense demeure délabrée — quel dommage — où seuls lierre et chèvrefeuille ont élu domicile sur l’ensemble de la façade. Un immense figuier majestueux trône dans le parc en véritable maître des lieux.

La propriétaire de la Ténarèze s’appelle Claudia, elle a 83 ans. Elle l’aime depuis toujours. Elle vit seule depuis que son mari Paulin a disparu mystérieusement un beau jour la laissant telle une princesse déchue condamnée à vivre dans son palais jusqu’à sa mort. Il y a cinquante ans déjà, comme le temps passe… Aucun preux chevalier n’est venu la délivrer. Seul son ancien amoureux Corentin (marié — un peu par dépit — à sa meilleure amie Célestine) lui rend visite et l’idolâtre toujours autant.

Autrefois, la bâtisse hébergeait les pèlerins qui suivaient la route de Compostelle. Paulin partageait avec eux tout son temps, les écoutait raconter leurs périples en rêvant de les accompagner comme avant… qu’il ne rencontre Claudia. Mais un beau jour, il disparut de la surface de la terre sans plus jamais donner de ses nouvelles. Il y eut des enquêtes, car les rumeurs enflaient chacun y allant de son point de vue, mais rien n’y fît et Paulin ne réapparut jamais.

Aujourd’hui, Claudia est contrariée. La mairie rode autour du domaine. En effet, Mr le Maire a pour objectif d’y faire une maison de retraite, elle serait vraiment la bienvenue dans cette charmante ville du Gers et puis Claudia y serait relogée dans une dépendance avec tout le confort nécessaire. Mais la vieille femme est bouleversée par ce projet, bien plus que ce qu’elle laisse paraître. Elle est en plein cœur de la tornade et ses jeunes années, son passé lui reviennent avec une violence inouïe. Ses souvenirs reprennent vie avec une telle réalité qu’ils la laissent bien souvent pantelante et en dehors du temps. Grâce au soutien d’Agnès, la petite fille de Célestine, la vieille dame va s’incliner doucement devant ce projet, mais elle a tellement peur…

 « Finalement, on n’enterre rien de ses souvenirs aussi profondément fussent-ils enfouis. Il te faut vivre avec tes erreurs et ton repentir n’y changera rien. »

L’autrice amorce avec une très belle perspicacité et beaucoup de douceur cette transition que vit l’octogénaire entre sa vie actuelle et sa vie d’avant, celle avec Paulin… Ce qui permet au lecteur (trice) de voyager dans les deux époques sans s’égarer, en voici une jolie illustration :

Agnès: – «  J’espère que je ne vous dérange pas.

Claudia — Pas du tout. J’étais partie à la rencontre de la jeune fille que j’étais. Alors, tu arrives à point pour me ramener dans la réalité. »

C’est le roman de Claudia, vieille dame émouvante. On s’émeut pour elle et pour cette vie de recluse qu’elle s’est infligée. L’autrice greffe dans son entourage des protagonistes sympathiques, qui sont les bienvenus et qui apaisent sa souffrance. Beaucoup de délicatesse dans cette histoire que j’ai lue l’espace d’un week-end.

Madeleine Mansiet Berthaud