Ecrit par l’auteure coréenne Yeonmi Park. Publié aux éditions KERO le 25 février 2016.

Je remercie particulièrement cette maison d’édition qui a été l’une des premières à ma faire confiance et dont les parutions me plaisent beaucoup à chaque fois.

Résumé

« Yeonmi a 13 ans, sa courte vie est déjà marquée par le désespoir. Elle n’a qu’une solution : fuir son pays, la Corée du Nord. Elle ne se doute pas que le chemin vers la liberté va l’entraîner en enfer…
Après des années de privations et de harcèlement, par une nuit glaciale, Yeonmi, 13 ans, et sa mère, réussissent à traverser le fleuve Yalu qui marque la frontière entre la Corée du Nord et la Chine. Elles laissent derrière elles leur pays natal et ses horreurs : la faim, la délation constante et surtout une répression impitoyable et le risque permanent d’être exécutées pour la moindre infraction. Mais leur joie n’est que de courte durée. Rien ne les a préparées à ce qui les attend entre les mains des passeurs. Après plusieurs années d’épreuves inhumaines et un périple à travers la Chine et la Mongolie, Yeonmi atteint finalement la Corée du Sud.
À 22 ans, Yeonmi est désormais une combattante : c’est l’une des plus influentes dissidentes nord-coréennes et une activiste reconnue des droits de l’homme. »

Mon avis

L’un des récits les plus émouvant et révoltant que j’ai lu depuis bien longtemps !

C’est avec une grande curiosité que j’ai abordé ce témoignage, je n’en lis que très rarement et tous concernent l’Holocauste généralement. Tout le monde sait que la Corée du Nord abrite l’un des régimes les plus oppressif et dangereux qui soit mais cette certitude repose seulement sur les gros titres que l’on peut parfois lire ici ou là. Jusque là, j’ignorais à quel point le peuple souffrait et dans quelle mesure les violences et les interdictions s’abattaient sur les habitants. J’ai énormément appris sur ce pays grâce à ce témoignage. Il m’a laissé entrevoir un régime totalitaire fou et un peuple soumis et malheureux, le plus révoltant c’est que c’est un pays tellement fermé que même les habitants n’ont pas conscience de tout ce malheur. Très peu d’entre eux nourrissent d’autres rêves que de manger à leur faim. Je parle bien sur des habitants les plus pauvres, mais il s’agit de la majorité de la population. Les gens se rendent compte qu’ils sont exploités seulement lorsqu’ils se retrouvent face à un régime où les droits de l’homme sont respectés. Malheureusement, peu d’entre-eux découvrent ce qui se passe en dehors de leurs frontières.

Le premier tiers de ce roman aborde toutes ces questions. La vie quotidienne d’une famille lambda qui lutte pour sa survie. Yeonmi Park vit avec son père, sa mère et sa grande soeur. Ils ne sont pas les plus pauvres, ils subsistent grâce à un peu de contrebande. Un procédé dangereux mais qui leur assure pendant un temps de quoi se nourrir. Les ennuis apparaissent progressivement dans cette famille, les temps deviennent de plus en plus durs, et les parents ne savent plus comment apporter à leurs enfants ce dont ils ont besoin. Le père est démasqué, tandis que la maman est forcé d’intégrer un camps de travail pour plusieurs mois à cause d’un délit mineur. Les deux sœurs sont ballottées entre leurs parents, entre les membres d’une famille qui ne veulent pas de bouches supplémentaires à nourrir. Elle vivent des moments de bonheur mais la famille en arrive à un point de non-retour où l’avenir n’existe plus. A ce moment plusieurs jeunes filles disparaissent, apparemment elles auraient fui en Chine et auraient été adoptées par des famille en manque d’enfants à cause de la politique de l’enfant unique. Eunmi, la grande sœur est la première à partir avec une amie. Yeonmi et sa mère sont les suivantes.

Le deuxième tiers du livre nous raconte la Chine. Bien loin de qu’elles imaginaient ! Les passeurs sont des violeurs et les familles d’accueil n’existent pas. Seules les femmes entre 18 et 28ans sont autorisées à passer la frontière, heureusement Yeonmi et sa mère ont pu passer tout de même, elles avaient alors 13 ans et 41 ans. La Chine n’ayant pas de programme de protection des immigrés, les jeunes femmes nord-coréennes sont vouées à se marier aux fermiers chinois ou à repartir chez elles. La plupart vivent avec des maris violents qui n’hésitent pas à les violer au premier coup d’œil. Yeonmi et sa mère seront séparées mais dans leur calvaire elles réussiront toujours à trouver des personnes dignes de confiance.

Le troisième tiers du livre raconte leur fuite vers la Mongolie puis la Corée du Sud. Le chemin à parcourir est très long et les embûches et les malheurs toujours présents. Eunmi étant introuvable depuis bientôt cinq années, le moral est dur à conserver. Le papa était arrivé en Chine mais malheureusement décédé quelques mois plus tard d’un cancer généralisé. Yeonmi et sa maman sont tout l’une pour l’autre et arriveront en Corée du Sud ensemble. Mais la route de la liberté, même si elles sont en sécurité est extrêmement compliquée, Yeonmi a un niveau scolaire de CM1 alors qu’elle a quinze ans et aspire à intégrer les meilleures écoles. Il est très difficile pour elles de libérer leurs esprits conditionnés et à penser par elles-mêmes et le travail sur elles prendra beaucoup de temps.

D’après les articles que j’ai pu consulté, Yeonmi vit désormais aux Etats-Unis avec sa mère et sa grande sœur Eunmi qu’elle a retrouvé en Corée du Sud.

J’ai vraiment été émue, le début me paraissait un peu long mais il est nécessaire de comprendre le fonctionnement de ce pays pour comprendre les motivations qui poussent les habitants à le fuir. Je le recommande vivement à tout le monde, c’est un témoignage rare et précieux à remettre à tous les esprits.

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Yeonmi-Park-apres-l-enfer-de-la-Coree-du-Nord

Yeonmi et sa famille dans les années 1990 à Yyesan

Yeonmi et sa famille dans les années 1990 à Yyesan