Roman écrit par l’autrice Mary Lynn Bracht. Publié aux éditions Robert Laffont le 1er février 2018.


Résumé

« Sur l’île de Jeju, au sud de la Corée, Hana et sa petite soeur Emi appartiennent à la communauté haenyeo, au sein de laquelle ce sont les femmes qui font vivre leur famille en pêchant en apnée. Un jour, alors qu’Hana est en mer, elle aperçoit un soldat japonais sur la plage qui se dirige vers Emi. Aux deux filles on a maintes fois répété de ne jamais se retrouver seules avec un soldat. Craignant pour sa soeur, Hana rejoint le rivage aussi vite qu’elle le peut et se laisse enlever à sa place. Elle devient alors, comme des milliers d’autres Coréennes, une femme de réconfort en Mandchourie. »


L’avis de Caïtelhor

 

Ile de Jeju, sud de la Corée 1943, Hana devient officiellement Haenyéo au côté de sa mère et de toutes les femmes qui vont plonger en apnée et pêcher pour faire vivre leur famille. Dans les eaux profondes, elle coupe comme sa mère le lui a appris, des abalones accrochés sur les roches au fond de la mer. Hana a seize ans et lorsqu’elle émerge de l’eau son point d’ancrage est sa petite sœur Emi neuf ans qui l’attend cachée à l’abri des regards d’éventuels prédateurs. Elle est tout pour Hana qui a juré à sa mère de veiller sur elle toute sa vie, elle a tant désiré cette petite sœur. Ce jour-là, elle aperçoit un soldat japonais qui s’approche de l’endroit où est dissimulée Emi. Hana va tout tenter pour faire diversion, sortir de l’eau au plus vite pour que le soldat ne voit qu’elle et qu’Emi ne tombe pas entre ses griffes. C’est Hana qui est enlevée, direction la Mandchourie pour servir de « femmes de réconfort » aux soldats avant le combat.

2011 plus de soixante ans plus tard, Emi, malgré ses douleurs et son âge plonge toujours, là elle ne ressent plus rien, elle est libre comme l’air ou comme un poisson dans l’eau. Sa fille, son fils et son petit-fils vivent à Séoul. Ils se rencontrent une fois par an et c’est bien ainsi, chacun préférant les souvenirs que la présence réelle. Pourtant Emi s’apprête à leur rendre visite, car elle doit leur confesser la culpabilité qui la ronge, la honte qui l’habite depuis ce jour-là… jour maudit où sa sœur tant aimée s’est sacrifiée pour elle. Son esprit est comme son corps, usé, aussi les souvenirs refont surface au galop la piétinent et inondent sa solitude de douleur et de regret. Mais avant elle veut se rendre à la manifestation devant l’ambassade du Japon, car cette année c’est « mille mercredis » à la mémoire des « femmes de réconfort ». C’est la troisième fois qu’elle s’y rend avec un seul espoir : retrouver sa sœur.

Mon avis :

L’autrice Mary-Lynn Bracht dont c’est le premier roman met la barre haute en choisissant de nous raconter l’histoire de ces sœurs inséparables Hana et Emi. Elle nous livre deux profils psychologiques incroyables. On navigue de l’une à l’autre sans se perdre dans le récit. Tout est savamment dosé afin de donner au lecteur (trice) l’envie de découvrir la suite de l’histoire. M-L Bracht distille des informations au compte-goutte juste ce qu’il faut pour n’avoir qu’une envie… avancer dans le roman. Sa plume est pleine de tendresse pour ses deux héroïnes, on ressent une retenue dans ses écrits, une pudeur qu’on partage, car le contexte est tellement dramatique. Je suis reconnaissante à l’autrice d’aimer à ce point ces deux femmes. Hana, Emi… deux destins, deux vies de douleur. Hana dont la souffrance physique est inouïe, je retiens mon souffle et mes larmes, j’aimerais tant panser ses plaies, la bercer comme une petite sœur. Emi, une douleur psychologique intense, la honte qui l’habite et la perturbera toute sa vie, je suis avec elle à chaque instant, le jour pour la faire avancer, la nuit pour chasser ses cauchemars. L’autrice maîtrise chaque situation et a ce pouvoir malgré la noirceur de son roman de garder le suspens autour des deux femmes, et jusque-là fin on espère, on veut y croire…

C’est un roman puissant en émotion, douloureux. Hana m’a fait revivre le film « la dernière passion du Christ » où la violence monte crescendo où notre cœur se brise à chaque coup reçu. Alors au fil des pages, je criais intérieurement « assez ! ». J’ai espéré jusque-là fin une étincelle, un espoir qui semble possible puisque l’autrice elle-même signale en « postface » qu’elle ne supportait pas de laisser sombrer Hana ni que Emi soit rongé par sa honte. C’est une communion parfaite entre M-L Bracht, ces deux femmes attachantes… et moi.

Mon plus :

Personnellement, j’ai découvert grâce à cette histoire l’existence des « Haenyéo » ces femmes de la mer qui pêchent en plongeant en apnée. Elles sont capables de retenir leur souffle pendant plus de deux minutes à une profondeur d’environ vingt mètres. C’est une tradition ancestrale qui existe encore de nos jours et qui permet aux femmes de se nourrir, de gagner de l’argent et de ne dépendre de personne. Elles vivent en communion avec l’océan malgré tous ses dangers.

Je ne connaissais pas non plus ces « femmes de réconfort », jeunes femmes coréennes kidnappées, vendues comme esclaves sexuelles à l’armée japonaise, leur histoire dramatique, la statue de la paix érigée en leur honneur. Tout mon respect à Mme Kim Hak-Sun pour avoir osé dénoncer cette barbarie.

Merci pour cette magnifique lecture.