Récit écrit par Tariq Ramadan, publié aux éditions Presses du Châtelet le 11 septembre 2019. 


Résumé

«  Depuis le 20  octobre 2017, date de la première plainte déposée contre moi, un ouragan s’est abattu sur ma vie. Un impitoyable déluge médiatique.
Ce livre n’est pas un plaidoyer pour ma défense. Il apporte des réponses à des questions essentielles  : pourquoi les plaignantes ont-elles menti  ? Pourquoi la présomption d’innocence n’a-t-elle compté pour rien  ? Y a-t-il une explication politique à la façon dont mon dossier a été géré et instruit  ? Je m’attache ici à réunir des éléments qui ont été omis, négligés ou tronqués.
Je propose aussi une réflexion sur l’état de la société française, le fonctionnement de la justice, le système carcéral et la puissance des médias. 
Neuf mois et demi de prison  : cette expérience douloureuse m’a permis de me livrer à un examen de conscience et de regarder en face ma vie, mon passé, mes erreurs et mes espérances. Elle ne remet pas en cause le message spirituel, humaniste et universel que je porte depuis tant d’années.
Voici le récit, simple et sincère, d’une longue épreuve et d’une renaissance.  »


L’avis de Caïtelhor 

Je remercie infiniment les Éditions « Presses du Châtelet » pour l’envoi du livre de Tariq Ramadan.

J’avoue avoir été très curieuse de découvrir « la vérité » de Mr Ramadan. En effet, je suis son actualité, ses conférences depuis plusieurs années. J’ai d’ailleurs chroniqué un de ses ouvrages il y a quelques mois.

C’est un verset du Coran que Mr Ramadan a cité — un jour — qui m’a interpellé et qui a transformé la manière d’appréhender la vie.

« Il y a dans la création des Cieux et de la Terre et dans la succession de la nuit et du jour des signes pour ceux qui sont doués d’intelligence ».

Coran 3:190

Je n’ai plus jamais regardé un coucher de soleil ou un quartier de lune de la même façon. J’ai su que les paroles que j’allais être amené à lire ou écouter allaient à tout jamais embellir mon univers spirituel. J’ai posé des mots sur des émotions profondes qui m’enveloppaient et que je ne parvenais pas à définir et à exprimer.

Cet avant-propos n’est pas un moyen de me « justifier » d’apprécier les paroles de Mr Ramadan (je ne suis pas la seule). Je ne suis pas « sous l’emprise intellectuelle de… » et pour ceux qui auraient un doute alors je consens, mais je rajouterai être aussi sous l’emprise philosophique de Khalil Gibran de Paulo Coelho ou Jean d’Ormesson ; sous l’emprise poétique de Victor Hugo ou d’Émile Zola que je vénère et encore sous l’emprise scientifique d’Albert Einstein ce génie… et plus encore. Il est de ces personnages qui ont le pouvoir des mots et le maniement de la langue française comme personne. Et il faudrait s’en priver ? Pourquoi ?

Car l’enseignement qu’on en tire est « la transmission du message » et non «l’héritage de la personne » — je cite Mr Ramadan. On en tire un enseignement, du plaisir, un ressenti. On met des mots sur nos émotions (comme j’ai pu le dire plus haut) et ça fait du bien.

La conjoncture étant plutôt à couteau tiré je précise que ma chronique n’est pas une plaidoirie pour ou contre l’auteur (ni d’ailleurs pour ou contre les plaignantes même si l’on apprend que la créatrice de # BalanceTonPorc a finalement été condamnée pour diffamation contre l’homme qu’elle accusait de harcèlement). J’estime simplement que Mr Ramadan a le droit à la parole, de se défendre et qu’on a le droit aussi de lire son livre pour se forger une opinion. Mais les problèmes commencent ! Où trouver ce livre ? J’apprends que la FNAC laisse libre cours à ses relais pour présenter l’ouvrage… qui se trouve aux abonnés absents ! Sommes-nous au Moyen-Âge ? Les angles des pages sont-ils imbibés de poison ? En fait pas du tout, mais à cause du nom d’une des plaignantes (lu dans tous les médias mainstream) qui figure dans le livre.

Ce livre est édifiant. Écrit d’une plume à la portée de tous (tes), c’est un témoignage ouvert, simple. C’est aussi une confession intime. Après une campagne médiatique exceptionnelle contre ce « présumé coupable » on va enfin pouvoir entendre la version d’un homme « présumé innocent » à ce jour.

« Il n’y a pas de justice sans présomption d’innocence et sans secret de l’instruction… »

Comment est perçu Mr Ramadan ?

Avant #MeToo on est face au « petit-fils de… » à la personnalité controversée, manipulateur, prônant la charia, la lapidation et le moratoire.

Après # MeToo… idem… et on le rajoute à la liste violeur pervers, prédateur sexuel et « se prend pour » Dreyfus.

Est-ce une affaire plus politique qu’une affaire de mœurs ? Mr Ramadan réfute l’aspect « Viol » d’où ce livre où il apporte des réponses à des questions primordiales telles que sa présomption d’innocence inexistante ou les mensonges des plaignantes, etc. L’auteur explique la manière dont les médias ont parlé à sa place, ont exposé des faits hors contexte voire des preuves sans preuve.

Mr Ramadan explique comment l’instruction a été menée par les juges qui ont ignoré les conclusions de la brigade criminelle, des faits concrets qui ne correspondent pas à leurs attentes. Il décrit son incarcération et le sentiment de déshumanisation que subissent les détenus en général. Son isolement total pendant 46 jours depuis sa garde à vue (aucune visite, aucun courrier) l’hostilité qu’il ressent, beaucoup de haine aussi, car il le sait :

« L’opportunité est belle : même si, à terme, je puis être innocenté, il faut que j’en sorte détruit, abîmé, ostracisé et seul. »

C’est un témoignage pudique, intime aussi qui ne cherche pas à émouvoir le lecteur. On ne choisit pas un camp à la fin du livre. Mr Ramadan confesse ses fautes, ses mensonges et s’en excuse auprès de la communauté musulmane, mais aussi auprès de ses lecteurs (de tout horizon) et de ceux qui le suivent sur les réseaux sociaux. C’est d’une plume personnelle pleine d’émotion lorsqu’il s’adresse à sa famille pour leur demander pardon, pardon d’avoir menti. Il aborde évidemment le côté spirituel de l’épreuve qu’il traverse et les comptes qu’il devra rendre à son Créateur.

« Mes fragilités ne donnent en aucun cas raison à mes torts et à mes fautes. »

Début septembre, Mr Ramadan a été reçu par Jean-Jacques Bourdin (sous le feu de la critique après…). J’ai suivi avec attention cet entretien, car je désirais entendre Mr Ramadan présenter des excuses verbales envers la communauté (globale), des personnes qui l’apprécient. J’ai retenu un fait sur lequel Mr Bourdin a beaucoup insisté (les médias aussi). Fait nouveau qui s’ajoute à ceux qui décrivent aujourd’hui encore l’auteur lors de ses interviews : la charia, la lapidation, on y rajoute donc : la comparaison de l’auteur avec Dreyfus. Il est nécessaire de lire cet ouvrage pour comprendre que Mr Ramadan ne se compare pas à cet homme. Il compare deux climats et non deux personnes. C’est à dire d’un côté la France antisémite d’hier et la France islamophobe d’aujourd’hui. Mais je pense (avis personnel) que ce sujet déplaît donc on le déforme pour ne pas en parler.

En conclusion, je dirais que je suis plutôt satisfaite du contenu du livre. Je ne cautionne pas évidemment les mensonges dont se repend Mr Ramadan, mais là n’est pas le sujet. Qui sommes-nous d’ailleurs pour juger ? Il devra répondre de ses actes toute sa vie face au Créateur et face à sa famille ; sa peine est assez lourde.

En prison, je récitais souvent les deux derniers versets de la sourate Luqman : « Nulle âme ne sait sur quel sera son lot demain ; nulle âme ne sait sur quelle terre elle mourra. » Nous sommes bien peu de chose.

Je termine sur des paroles pleines de sagesse qui m’émeuvent à chaque fois :

« Tous les jours de sa vie, de dire, de murmurer et de répéter à ceux que l’on aime qu’on les aime. La vie est fragile. »