Ecrit par l’auteure française Yvonne Lambert. Publié aux éditions Les Cigognes de l’Espoir le 01 avril 2016.

Un grand merci à Livraddict et à l’association Les Cigognes de l’Espoir pour cette lecture

Résumé

« Le jour s’est abattu sur nous sans crier gare, les tours de verre reflétaient la lumière crue des néons. La voix de Doumé a retenti : – Salut, les crevettes ! Bien dormi ? J’étais ébloui, mécontent d’avoir été tiré du sommeil. J’ai grogné, bâillé, me suis étiré. J’étais toujours en vie. Comme c’était bon ! Suivi de L’Immense, Doumé a inspecté ses ouailles. Quand il est arrivé jusqu’à nous, il a dit : – Allez, mes lascars, c’est le grand jour pour vous ! C’est vous qui partez les premiers. Mon coeur a fait des bonds. J’ai cogné contre la vitre pour motiver Lara encore plongée dans le sommeil : – Allez, debout, dépêche-toi, on y va ! Faël avait l’air tout aussi excité que moi. Doumé continuait à passer ses troupes en revue. – Pour tous les autres, conclut-il à l’intention de L’Immense, il y a de la réserve, on attend demain pour voir qui s’en sort le mieux. Et puis il a parlé dans une espèce d’instrument qu’il a collé contre son oreille : – Bonjour ! Venez à onze heures comme convenu. J’en ai trois. J’étais fier comme Artaban. C’était nous que Doumé avait choisis pour partir en premier. On était certainement très au-dessus du lot ! Pas d’hésitation possible avec des gars de notre trempe ! On s’en sortirait forcément bien ! »

Mon avis

L’association Les Cigognes de l’Espoir est une association sans but lucratif qui a pour objectif d’aider les couples infertiles. Pour aborder le sujet de l’accès à la parentalité à plus grande échelle, l’association a décidé de créer un département Edition pour donner la parole aux personnes concernées. Pour que ce sujet, qui est peu traité, soit considéré comme il se doit.

« Près d’un quart des couples ne parvient pas à avoir un enfant après un an de tentatives sans contraception et plus de 10% n’y parviennent toujours pas deux ans après. C’est ce que révèle une étude de l’Inserm parue dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire du 21 février, consacré à l’environnement et l’infertilité. » Le Figaro, 20/02/2012.

Si j’ai choisi de chroniquer ce roman c’est d’abord pour sa couverture qui m’a de suite interpellée ! (©koya979/Fotolia), puis est venu le résumé qui laissait présager un récit vraiment original, drôle et émouvant. L’intrigue m’a touché personnellement, car j’ai donné naissance à ma petite fille il y deux mois et j’ai un petit garçon de trois ans. Mes enfants sont ma raison d’être et constater le parcours de certains couples pour avoir un bébé m’émeut beaucoup. Je trouve cela évident de faire connaître davantage ces problèmes et les solutions qui existent pour les résoudre. 

Ce roman commence donc dans une salle remplie d’éprouvettes et de possibles bébés. Doumé est l’expert chargé d’implanter les embryons et leur parle comme à de vraies petites personnes. Yvonne Lambert a ici fait le choix de donner une consistance à ces petits êtres alors à un stade précaire de cellules. Elle leur a donné la faculté de penser et des membres pour se mouvoir. Elle nous a créé un monde de science-fiction où les protagonistes principaux sont de futurs bébés.

Nous vivons cette histoire en suivant le point de vue de ces embryons, de l’éprouvette jusque dans le petit cocon de notre utérus prêt à accueillir le développement du bébé. Nous avons ainsi les réponses aux questions qu’ils se posent de façon simple à comprendre pour ceux qui, comme moi, ignorent tout de ce combat. Des notes d’humour rendent ce récit plus facile à assimiler, j’ai beaucoup aimé la façon dont est abordé la congélation : une banquise où il fait trop froid et où il n’y a rien à manger. Ces micros-héros sont attachants, tout comme Doumé et le couple Lhori/Vertic.

Si mon avis n’est cependant pas très positif c’est parce que, malgré le thème original et l’émotion que l’auteure nous fait parvenir à travers ses mots, j’ai eu beaucoup de mal à m’imaginer le monde qu’elle nous raconte. Je ne connais pas grand chose des laboratoires, des éprouvettes et de la façon dont sont conservés, ou non, les embryons. Les descriptions ne m’ont pas aidé à comprendre cet univers malheureusement, et au contraire, parfois j’ai été un peu embrouillé.

Malgré ce problème qui a gêné ma progression dans le récit, je recommande ce roman à tous ceux qui sont concernés, ou non, par ce sujet. Mon avis, je le rappelle ne concerne que moi et je ne doute absolument pas que cette histoire trouvera son public. La décision de cette association de faire connaître son combat à travers la littérature est vraiment louable.

2_coeurs

Extrait 

– Le Vieux est
mort ? demandai-je, la voix enrouée par l’émotion.

Il hocha la
tête, le regard lointain.

— Mais…
dis-moi… continuai-je avec hésitation, car je sentais confusément que la
question était délicate. Qu’advient-il de celui d’entre vous qui va trouver le
Graal ? Supposons que ce soit toi. Que vas-tu faire ensuite ?

— D’après nos
croyances, celui qui pénètre dans le Graal commence une nouvelle vie. Une belle
vie, à ce qu’il paraît.

— Ici ?
murmurai-je sans pouvoir dissimuler un soupçon d’inquiétude.

— Ah oui, ici !
Sinon pourquoi crois-tu que nous débarquions chez Lhori ?

— Mais… C’est
que… Nous sommes déjà trois. Et Lhori avait l’air de penser qu’il n’y aurait
pas de place pour tout le monde jusqu’au bout.

Numéro 22 fronça les sourcils, perdu dans une
réflexion d’évidence très intense. De mon côté, je restai silencieux, essayant
de digérer petit à petit cette masse d’informations. Les nains à longue queue
n’étaient donc pas de simples demeurés. Eux aussi avaient un idéal, une part de
rêve, une intelligence. Ils me furent soudain beaucoup plus sympathiques. Mais
que leur vie était cruelle ! Des millions d’appelés, un seul élu, au mieux cinq
jours d’existence… Le ratio était sans pitié. Je sentis une énorme compassion
pour Numéro 22. Lui n’avait pas l’air plus troublé que ça par la dureté de son
sort. Il était formaté pour mener cette vie-là, c’est tout. Mais que se
passerait-il s’il trouvait le Graal ?

Yvonne Lambert