Ecrit par l’autrice Sonia Mabrouk. Publié aux éditions Plon le 3 mai 2018.


Résumé

« Victimes ou bombes à retardement ? Qui sont les  » lionceaux  » de Daech? 
À l’heure où la France fait face au retour de ses djihadistes, Lena, journaliste engagée accepte une enquête brûlante sur les enfants embrigadés par l’organisation terroriste. Entre reportage et quête mystique, la jeune femme voit ses croyances s’effacer au risque de se perdre. 

Un numéro de téléphone peut-il tout bouleverser ? En composant celui d’Amra, une ex-djihadiste, Lena, journaliste parisienne, éprouve un étrange pressentiment. Cette femme, elle le sent, elle le sait, va occuper une place importante dans sa vie. Après cet appel, rien ne sera plus comme avant. Ses certitudes, son existence rangée, son rapport à Dieu, tout volera en éclats. 
Paris, parc de la Butte-du-Chapeau-Rouge. Les deux femmes s’observent, se jaugent avant l’inévitable et violente confrontation. Dans un huis clos oppressant, chacune essaie de déstabiliser l’autre. Jusqu’où osera aller Lena pour mener son enquête et découvrir le secret d’Amra ? Et qui est cet homme, Pierre Malafraie, qui lui a proposé un reportage sur ce sujet hautement sensible ? Veut-on l’aider ou la manipuler ? 
De Raqqa à Paris, en passant par Gaziantep en Turquie, plongez dans une intrigue contemporaine sur fond de lutte contre le terrorisme, de religion, de retour des djihadistes en France. »


L’avis de Caïtelhor

ASHBAL ou Le roman des lionceaux du califat

Merci aux Éditions Plon pour l’envoi de ce roman que j’ai reçu avec un immense plaisir. Sonia Mabrouk, je la connais et en lisant la 4e page, la première ligne a retenu toute mon attention :

« Un numéro de téléphone peut-il tout bouleverser ? »

En effet, je retrouve presque mot pour mot la phrase que j’avais pu lire dans son précédent livre (ce n’est pas un reproche !) «Le monde ne tourne pas rond, ma petite fille ». Là aussi tout a commencé par un simple coup de fil : – il faut que je te parle Sonia – ou l’échange (vrai) entre Sonia et sa grand-mère, deux générations de femmes séparées par la Méditerranée. Questions brûlantes sur l’Islam, les femmes, la laïcité…, magnifique.

J’avais été emporté par l’écriture philosophique de l’autrice. J’espère retrouver l’émotion et la réflexion perçues dans ce premier livre. Elle dégage tant de sensibilité, tant d’espoir et d’amour pour l’humanité. N’a-t-elle pas écrit :

« Au bout du chemin, malgré le chagrin et la colère, il y a toujours la lumière. »

Sonia Mabrouk est une journaliste franco-tunisienne. Elle anime depuis 2017 « Les voix de l’info » sur CNEWS.

Léna, journaliste parisienne, est à un tournant de sa vie. Rien ne va plus. Professionnellement, elle est dans le creux de la vague. Six jours après avoir remis sa dernière enquête à son journal, elle est toujours sans nouvelle de son chef jusqu’à ce p*** de mail qui arrive… pour lui annoncer qu’elle est virée. Ses enquêtes ne plaisent plus, l’aventure s’arrête.

Terminé, comme son histoire d’amour avec Gabriel qui bat de l’aile. Celui-ci arrive dans l’entre-fait très excité par l’annonce qu’il s’apprête à faire à Léna. Il est promu Président Directeur du Musée : une consécration pour lui qu’il veut partager avec elle jusqu’au moment où il se rend compte qu’elle a picolé comme une malade. La preuve il brandit sous son nez une bouteille de vin qu’il sort de sous le canapé. Fou de rage, ne voulant rien entendre, il la plaque là et s’enferme dans leur chambre. « Il aura bien sa place dans ce foutu musée, la première place même comme momie ! » fulmine-t-elle.

« Parfois elle imagine qu’il a été congelé des siècles auparavant puis momentanément ravivé pour hanter la période actuelle ! »

Restée seule, Léna repense alors à cet inconnu qui l’a abordée au « Typique » ce bistrot où généralement rien ne se passe. Après l’avoir fraîchement congédié ce jour-là, elle s’apercevait que ses notes avaient été déplacées sur la table et découvrait deux phrases écrites sur la serviette en papier. Il lui fixait un rendez-vous une semaine plus tard, même endroit, même heure. Au point où elle en est, sa décision est vite prise. Elle ira.

La voici donc face à Pierre Malafraie, producteur de TV qui lui propose « le reportage du siècle » et la notoriété qui va avec. Trop beau pour être vrai, pense-t-elle. Pourquoi elle ? Est-ce un piège ? Et qui est ce Malafraie ? Tant de zones d’ombre subsistent. Son challenge est de convaincre Amra, ex-djihadiste de se laisser filmer sur une longue période en mode « Je suis sortie de l’enfer, je suis guérie ». Gros plan sur une reconversion réussie !

La plume de Sonia Mabrouk monte en puissance certainement parce que ce sujet brûlant d’actualité lui tient à cœur. La première partie fût ponctuée de légèreté et d’humour tant sur la situation professionnelle, qu’amoureuse de Léna. L’autrice nous fait bien ressentir que la crise de ce couple est grave, mais que la jeune femme s’en remettra. Mais cette nouvelle mission que Malafraie lui propose la titille, l’emporte mentalement vers les pires territoires à feu et à sang qu’elle connaît si bien. L’investigation c’est sa vie, sa motivation première et lorsqu’elle rencontre Amra elle est loin de s’imaginer ce qui l’attend.

Sonia Mabrouk ponctue certains chapitres par quelques phrases en italiques et on comprend qu’un petit enfant est retenu dans une région où le drapeau noir islamique trône en maître. C’est Zaïm ou « le chef ». C’est le fils d’Amra resté en Syrie qu’elle n’a pas pu enlever aux griffes de ces monstres.

Sonia Mabrouk

L’enquête de Léna bascule et prend un virage à 360 ° à cette annonce. Cette enquête devient son combat et une promesse qu’elle fait à Amra de lui ramener son enfant en France à n’importe quel prix même au prix de sa vie.

On comprend bien qu’à l’histoire racontée se mêle le véritable calvaire de ceux qu’on nomme ASHBAL ou LES LIONCEAUX DU CALIFAT. L’autrice nous fait ressentir tous les sentiments qui habitent les deux protagonistes. L’amour comme la haine. La résignation d’Amra et l’énergie excessive de la journaliste. Mais aussi tant de doutes qui assaillent Léna. Tous les médias en parlent, mettent en garde contre le retour de ces enfants sur le sol français. Est-il sans risque pour les années à venir ? Mais alors doit-on les sauver et leur donner une chance ou les abandonner à leur triste sort ? Un véritable dilemme pour Léna, que l’autrice entretient jusqu’à la dernière page par le biais d’images émouvantes, mais tellement réalistes :

« Est-il possible d’être enterré vivant puis déterré dans la même soirée ? Est-il possible de passer de l’obscurité la plus tragique à une lumière plus éclatante en une fraction de seconde ? »

Je ne dévoilerai pas la fin de ce superbe roman poignant. J’ai eu le même ressenti que l’autrice lorsque j’ai refermé le livre et je suis en accord avec elle sur le choix de Léna et la contradiction de sa dernière pensée. Et si ? Et si ?