Témoignage de Sophie Kasiki. Publié aux éditions Robert Laffont le 01 janvier 2016.

Un grand merci aux éditions Robert Laffont pour cette lecture

Résumé

« Sophie Kasiki est éducatrice en banlieue parisienne quand trois garçons qu’elle connaît quittent la France pour faire le djihad en Syrie, laissant leurs familles dévastées. Très vite, ceux qu’elle appelle « les gamins » reprennent contact avec elle. Sophie espère les convaincre de rentrer, mais c’est l’inverse qui va se produire.
En plein questionnement personnel, cherchant à donner un sens à sa vie, Sophie se laisse envoûter malgré elle par leur discours politique. Et, après seulement quelques mois de conversations quotidiennes, elle prend l’incroyable décision de partir pour Rakka, capitale de l’Etat Islamique. Elle emmène avec elle son fils de quatre ans.
Là, Sophie, bénévole à la maternité, découvre la ville vitrine de l’El, cosmopolite – on vient de tous les pays pour servir le califat – et sous contrôle étroit des djihadistes. Elle ouvre progressivement les yeux : Daech est une armée d’occupation, les Syriens tremblent et les gamins qu’elle a connus sont désormais des moudjahidine fanatiques et dangereux qui vont les séquestrer, elle et son fils, dès qu’elle manifestera son opposition.
Dans un pays où les femmes n’ont même pas le droit de marcher dans la rue sans leur tuteur légal, Sophie, armée de l’amour inconditionnel de son mari resté en France, va affronter tous les dangers pour sauver son fils et le ramener à la maison… »

L’avis de Caïelhor

C’est l’histoire d’une française Sophie Kasiki partie  faire son djihad en Syrie, c’est-à-dire,  « aider » d’autres femmes dans le besoin. Elle sera donc bénévole dans une maternité. Sophie a trente ans, catholique pratiquante de Kinshasa, mariée et maman d’un petit garçon. Elle travaille comme éducatrice en banlieue  parisienne.

Sophie traine son mal être depuis le décès de sa maman alors qu’elle n’a que 8 ans. Déracinée, elle vivra désormais à Paris chez sa sœur et son beau frère qui lui assureront une vie malgré tout heureuse et aimante.

Elle se convertie à l’islam en secret, est très proche des jeunes de son quartier qu’elle « aime » comme une grande sœur, jusqu’au jour où trois d’entre eux partent en Syrie combattre. Elle les connait bien et devant le désarroi de leur famille, elle va devenir leur interlocutrice dans le but de les faire comprendre tout le mal qu’ils font à leur entourage et surtout  pour qu’ils reviennent chez eux.

Rapidement, elle va se laisser envoûter par leurs discours  savamment orchestrés. Pas de haine, pas de menaces, elle n’est plus leur confidente, ils deviennent ses confidents. Elle leur raconte sa conversion, sa vie tellement simple et tellement banale, son couple… sa tristesse. Des semaines de conversation et elle décide de se lancer dans l’humanitaire : à Rakka. Elle pourra compter sur eux, les trois gamins, comme ils ont pu compter sur elle à Paris. Son fils partira avec elle, il n’y a pas de danger.

Voilà, le ton est donné, bien d’actualité. Les premières pages ne m’attirent pas plus que ça, et puis on se laisse prendre … au piège aussi.  Rien à voir avec tout ce qu’on peut lire sur le sujet ou sur les témoignages larmoyants.  L’approche de ces trois garçons pour prendre la jeune femme dans leur filet  est basique. Pas de menaces ni d’intimidation. Que des « Si tu venais…tu comprendrais mieux… » « Viens  en vacances un mois pour voir… » « On a tellement besoin de mains pour nous aider… » Aucune parole déplacée, il la laisse prendre sa décision. C’est une bonne manipulation sur un être à la dérive, sans repères.

Elle l’analyse très bien quand elle dit : « Comme une plante carnivore guide l’insecte jusqu’à son cœur avant de l’y emprisonner, les garçons ont gommé toutes les aspérités du chemin et je n’ai qu’à faire le premier pas pour glisser, irrémédiablement, jusqu’à eux… »

Elle part avec son fils, convaincue de faire le bon choix,  quoique…

Elle découvrira la vie  au sein  de la capitale de l’Etat Islamique. Les Syriens ont peur, tremblent, se cachent, les femmes ne se déplacent pas sans leur tuteur, et ceux qu’elle appelle les « garçons » sont des moudjahidines fanatiques et dangereux.

On est touché par le livre mais on ne tombe pas dans le pathos car il n’y a pas de voyeurisme ni d’excès.  On s’approche un peu d’un documentaire qui ne veut pas choquer son public mais qui explique une des manières d’approche de ces personnes qui sont prêtes à tout pour prendre des personnes dans leur filet. C’est émouvant mais en aucun cas racoleur.

Pour celles et ceux qui apprécient ce genre de lecture ou dans le besoin d’informations, je le recommanderais vivement. Personnellement, en le refermant je me suis posée la question : « cette jeune femme trouvera-t-elle un jour la paix et la sérénité ? Continuera-t-elle à porter son mal être et sa tristesse ? Pouvons-nous l’aider ? »

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Sophie Kasiki

Sophie Kasiki