Oct 252018
 

Ecrit par l’autrice syrienne Leila Nachawati. Publié aux éditions Presses de la Cité, le 26 avril 2018.


Résumé

« Sarah, hispano-syrienne, vit dans l’angoisse : elle est sans nouvelles du père de sa petite Sham depuis qu’il a été enlevé dans la banlieue de Damas, sans doute par l’armée de Bachar el-Assad. Elle décide de raconter son année 2011. L’année où fut conçue Sham, l’année où le monde arabe se réveilla – l’année où tout commença. Une façon pour Sarah de continuer à garder espoir… En retraçant les trajectoires de Mazen, syro-palestinien, la conservatrice Wafa, qui attend le prince charmant, Hussein, chiite, Rudayna, virtuose du luth dont la famille est proche du régime, Osama, reporter idéaliste, Sarah nous embarque dans le quotidien des jeunes Damascènes, entre aspiration d’ouverture et condamnation à la fermeture. Et brosse le portrait d’un pays aux multiples couleurs, aux innombrables parfums et à la culture millénaire dont aucun dictateur ne pourra museler l’âme romanesque. »


L’avis de Caïtelhor

Merci PRESSES DE LA CITE à nouveau pour l’envoi de ce superbe livre à la couverture magnifique qui me rappelle la photo d’un film libanais « Et maintenant on va où ? », le CD m’a accompagné tout au long de ma lecture. Merci pour votre confiance.

Notre héroïne Sarah est hispano-syrienne comme l’autrice d’ailleurs, elle-même née à Saint-Jacques de Compostelle. L’image de Leïla Nachawati ne m’a pas quittée au fil de ma lecture, ma Sarah sera Leïla, aussi belle.

Sarah va vivre depuis Madrid la révolution syrienne. Elle vit dans l’angoisse, seule avec sa petite Sham. Elle est sans nouvelle d’Osama son amour et père de sa fille. Elle éprouve le besoin, le désir impérieux de raconter l’histoire de leur rencontre, trois ans auparavant, l’année de tous les espoirs : 2011 l’année où le monde arabe se réveilla. Osama… Habité par la révolution… « Je mettrai tout ce que j’ai appris au service de la révolution, parce que si la révolution ne triomphe pas, il n’y aura pas d’avenir. Quand la révolution sera finie… Ce jour-là, je pourrai tout te donner. – Osama a parlé d’une traite, il avait peur que j’essaie de le dissuader, mais je ne le fis pas…j’étais déjà enceinte, mais je n’en savais rien. »

L’avis de Caïtelhor :

C’est un roman, qui dès le début qui prend une ampleur un peu déconcertante, car il nous confronte à une multitude de personnages tous très différents les uns des autres, l’autrice leur consacre un chapitre à chacun en faisant de Sarah le fil conducteur. Il y a Rudayna la conservatrice, instigatrice de la campagne contre les « crimes d’honneur » ; Wafa petite souris qu’on dit sans défense qui cédera aux avances de Walid après avoir signé le kitab. Celui-ci lui reprochera « la facilité avec laquelle tu t’es donnée n’est pas à ton honneur non plus.» Ils déchireront ensemble le même livret qui les unissait quelques semaines auparavant. C’est avec Mazen syro-palestinien, ami de Walid que Wafa se rapprochera plus tard. Hussein qui se proclame athée, à la fin tragique ; Yamal le don Juan et Osama bien sûr.

Autant de personnages que d’idées, de lignes de vie, de destinée, s’accordant ou pas, mais tous ayant le même objectif, le même idéal : « donner un peu d’eux-mêmes pour leur révolution ». Faire marche arrière est désormais impossible, inconcevable.

«Rêver à la possibilité d’un retour en arrière est un piège, car c’est partir du principe que l’on avait le choix. Or on ne l’avait pas. C’est aussi manque de respect à Ghiath Matar et à tous ceux qui comme lui ont fait un pas en avant pour le bien de tous.» (Matar est le leader du mouvement non violent syrien offrant des fleurs et des bouteilles d’eau aux forces armées. Il est arrêté et torturé à mort en septembre 2011. On le retrouve dans le livre « les passeurs de livres de Daraya » de Delphine Minoui.

On a l’impression que l’autrice actionne un projecteur et fait défiler la vie de ces jeunes gens, diapo après diapo. Scène de vie quotidienne, de politique, scènes de violence inouïe dans les prisons qui n’épargnent ni les femmes ni les hommes. Les plus « chanceux » meurent, les autres survivent mais n’en sortiront jamais indemnes, leur traumatisme sera à vie. Mais on découvre aussi la Syrie d’avant, la mosquée des Omeyyades, le port antique Ras Shamra, les minarets de pierre qui arrachent des larmes à Mélissa lorsqu’elle lève les yeux pour les découvrir. J’apprends qu’on appelle ce vertige presque douloureux pour quelqu’un d’autre que soi-même qui le voit pour une première fois le « syndrome de Stendhal. »

Je pense qu’il faut être aguerri pour lire un tel roman. Il est imprégné d’histoire, d’une multitude d’informations allant de Mohamed Bouazizi en Tunisie puis en Égypte ; de l’Irak de Saddam au World Trade Center à New York. Et bien sûr en Syrie avec les villes telles que Homs, Hama, Alep, Raqqa… La plume de Leïla Nachawati est, malgré le contexte difficile très abordable mais il faut être concentré pour ne pas perdre le fil de l’histoire. On ne lit pas un roman d’amour habituel pourtant l’histoire de Sarah et Osama est tellement belle dans cet univers hors norme que j’ai ressenti un réel coup de cœur pour ces deux protagonistes et la fin, que je ne dévoilerai pas… m’a arraché une larme.

Leila Nachawati

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