Juin 232018
 

Ecrit par l’autrice indienne Shrabani Basu. Publié aux éditions Presses de la Cité le 21 septembre 2017.


Résumé

« Je l’apprécie tellement. Il est si bon, doux et compréhensif… il m’apporte un réel réconfort. » C’est en ces termes que la reine Victoria parla d’Abdul Karim, un Indien de confession musulmane qui fut son confident et son professeur d’urdu durant les dernières années de son règne. En moins d’un an, ce greffier adjoint de la prison d’Agra, âgé de vingt-quatre ans et fraîchement débarqué en Angleterre pour être serviteur lors du jubilé d’or de la reine, devint l’un des hommes les plus puissants de la Cour britannique. La relation intense et controversée qu’ils entretinrent manqua de déclencher une révolte au sein du Palais royal. Abdul n’en resta pas moins aux côtés de la monarque, jusqu’à la fin, usant notamment de son influence lors des premiers mouvements d’indépendance des colonies.
Soigneusement documenté et rédigé dans un style romanesque, ce livre aborde une période méconnue de la vie de la reine Victoria : une amitié extraordinaire et une histoire d’amour inoubliable. »


L’avis de Caïtelhor

Je remercie sincèrement les Éditions « Presses de la Cité » pour le partage de ce superbe roman CONFIDENT ROYAL de Shrabani Basu. Elle est née à Calcutta, diplômée et férue d’histoire, je crois même qu’elle est tombée dedans très jeune, car Victoria et Abdul est son premier livre publié en France et c’est une pépite de recherche, de documentation, un régal ! D’ailleurs? comme tous ses écrits, ce roman ne déroge pas à la règle et trouvera le lien entre l’Inde et la Grande-Bretagne.

Le roman est différent du film que j’ai regardé avec plaisir. Lorsqu’on ouvre ce livre, on y trouve la carte de l’Inde au XIXe siècle avec ses territoires britanniques et la carte de Grande-Bretagne avec ses palais royaux. Ensuite, il y a l’arbre généalogique de la Reine Victoria et puis la liste de tous les personnages que l’on va rencontrer au fil de la lecture. Au milieu, plusieurs photos dont un portrait magnifique de la Reine pour son jubilé de diamant, la tombe du Munshi à Agra, le château de Balmoral et des écrits de la Reine dANS son cahier d’hindoustani. C’est important de le signaler, car c’est très enrichissant, très instructif. En ce qui me concerne, j’ai visionné le film en premier et j’ai trouvé que c’était préférable, car on met déjà les noms sur les personnages (et ils sont nombreux !), on situe l’action et les lieux entre l’Inde et la Grande-Bretagne. À ce stade on est fin prêt pour se plonger dans la lecture de cette histoire sentimentale bien particulière.

Le style d’écrit de l’autrice est extrêmement précis et recherché, elle signe ce roman par sa griffe d’historienne (quand on sait que presque toute la correspondance entre les deux protagonistes a été brûlée, pas simple !) et on se laisse emporter par la magie de l’Inde, l’austérité des pierres des châteaux anglais et la cour récalcitrante qui ne comprendra rien au lien intense qui unira jusqu’à sa mort la Reine Victoria et Abdul Karim 24 ans, son Munshi adoré. Elle dira de celui-ci :

 «  Je l’apprécie tellement. Il est si bon, doux et compréhensif… Il m’apporte un tel réconfort. »

«Karim s’agenouille sur le tapis de prière. Les premiers rayons frappent le Taj Mahal, l’inondant d’une lueur chatoyante. À l’arrière-plan murmurent les eaux paisibles de la Yamuna. Un peu en amont se tient l’imposant fort d’Agra, un monument massif de grès rouge qu’a fait bâtir au XVIe siècle l’empereur Akbarabad. Agra est la capitale de l’Empire Moghol. »

Karim est greffier adjoint à la prison d’Agra. Il est choisi pour aller à Londres pour offrir à la Reine un nouveau cadeau provenant des Indes. En effet, elle est tombée sous le charme des tapis tissés par les prisonniers et choisis par Abdul. Lors du Jubilé d’Or de la Reine Victoria (50 ans de règne !), il y aura un grand banquet à Windsor. Abdul et un autre indien Mohammed Buksh devront servir la Reine lors de ses repas. Le premier regard… lui qui n’a pas le droit de porter son regard sur Elle…

« Lorsqu’il se redresse, le jeune Karim croise furtivement le regard de Victoria. Soudain, elle sent s’évaporer toute la fatigue de la matinée. »

La Reine n’est pas la seule à être conquise ! Je suis sous le charme autant qu’elle et je continue ma lecture avec plaisir. Mais chaque médaille a son revers et si les journaux s’arrachent les moindres faits et gestes du Munshi, tous le détestent à la Cour. Tous l’envient, le critiquent, le dénigrent. Ses enfants le détestent tout autant ainsi que Reid, le médecin fidèle de la Reine. Celle-ci les accuse de racisme, son fils de méchant et d’égoïste. Sa loyauté envers son Munshi est sans faille, mais lorsqu’il découvre la haine qu’il génère autour de lui, il tombe malade. Il a compris qu’à la mort de la Reine, les siens seront sans pitié.

« Ce que n’ont jamais compris les proches de la Reine, c’est que Victoria était une romantique invétérée. »

Il va devenir son mentor, comme avant lui, John Brown celui qui réussit à « dérider » la Reine après la mort d’Albert. Elle avait 42 ans, mais celui-ci meurt à son tour à Windsor en 1883 et elle sera une nouvelle fois anéantie par la douleur. Avec Abdoul c’est autre chose. C’est la pièce manquante, la dernière au puzzle de sa vie. Il ne la quittera plus. Il devient son « Munshi » le 11 août 1888 et reçoit le titre de « Munshi Hafiz Abdoul Karim »… et ne servira plus jamais à table ! Le Munshi connaît alors une ascension fulgurante, il est secrétaire particulier, érudit et précepteur d’hindoustani. Pour la Reine, c’est une explosion de saveurs nouvelles, de senteurs, de couleurs de l’Inde. Il lui prépare des mets et elle en redemande. Elle passe des heures à étudier la langue. C’est une immersion totale dans la culture, la politique, la religion, le pays d’Abdoul qui lui décrit Agra et le Taj Mahal. Il lui lit l’histoire du Shah Jahan et de sa Reine Mumtaz Mahal morte en couches. Fou de chagrin le Shah Jahan fera élever l’illustre mausolée au nom de l’amour éternel.

22 janvier 1901. « Toute la journée, l’ange de la mort a plané au-dessus d’Osborne House, rapportera le Times. On croyait presque entendre le battement de ses ailes. Mais à six heures et demie, ses ailes se sont refermées et la Reine a trouvé le repos éternel ». Elle est morte dans les bras de son homme de confiance James Reid et la main du Kaiser dans la sienne.

Le Munshi sera « convoqué » en dernier, mais au moins pût-il passer un instant seul près d’elle. Cette nuit-là, il pleura en silence et pria pour celle qui fût bien plus que la Reine d’Angleterre ou l’Impératrice des Indes. C’était son amie, sa mère, son modèle. Dès le lendemain il sera jeté dehors avec sa famille. Toute la correspondance entre lui et la Reine sera brûlée comme tout le reste d’ailleurs. Même après sa mort, survenue huit ans plus tard (il était âgé de 46 ans), sa famille sera persécutée, menacée. La veuve du Munshi sera obligée de céder les dernières lettres qui n’avaient qu’une grande valeur sentimentale pour elle et qu’elle ne pût conserver.

Pour celles et ceux qui comme moi ont adoré le film, c’est le livre à lire pour continuer la magie de cette belle histoire vraie de surcroît entre une grande Reine et un Indien musulman. On va au-delà des sentiments, on découvre les complots, l’envers du décor qui n’est pas en faveur du Munshi avant et après sa mort. Merci Shrabani Basu, c’est une belle lecture qui rend hommage à une grande dame. Personnellement je garde l’image d’une femme qui même à son âge avait le droit d’avoir des coups de cœur et Abdul Karim fut, je pense son plus beau.

Shrabani Basu

 Leave a Reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

(obligatoire)

(obligatoire)

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.