Ecrit par l’auteure marocaine Leïla Slimani. Publié aux éditions Gallimard le 18 août 2016.

Lu à l’occasion du Match de la rentrée littéraire chez Priceminister, #MRL2016. Merci à la marraine Plume de Cajou.

Résumé

« Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame. »

Mon avis

« Le bébé est mort. Il a suffit de quelques secondes »

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Louise est une femme solitaire. Elle a eu un mari égoïste, qui l’a rabaissé, humilié. Elle ne vivait que pour des mouchards, n’avait pas une profession digne de lui. Ils avaient une fille. Une jeune femme qui a prit la poudre d’escampette, qui a fui cette mère qui la trouvait trop grosse, trop insolente. Louise, depuis la mort de son mari est seule.

Elle est pourtant jolie. Elle est fine et gracile, a des ongles toujours manucurés et vernis. Elle a la noblesse des nurses anglaises, les cheveux blonds toujours attachés dans un chignon.

Louise donne de l’amour aux enfants, elle veille sur eux et en fait toujours plus que ce que ses fonctions incluent. Elle lave, repasse, change les lits, elle fait la cuisine et prépare les goûters d’anniversaire. Les enfants l’adorent, elle est toujours disponible, et les parents ne peuvent pas se passer d’elle.

Lorsque Myriam et son mari la recrute, ils pensent avoir décroché la nounou parfaite. Ils appellent ses anciens employeurs qui ont eu du mal à se séparer d’elle. Chez Myriam, Louise est comparée à Mary Poppins. La maison sent toujours bons, les enfants sont toujours ravis. Elle les emmène au parc, leur prépare des dîners qu’ils ne boudent plus à terminer, elle joue avec eux comme si elle-aussi était une enfant de leur âge. Myriam est ravie de reprendre son travail d’avocate qui lui prend beaucoup de temps et son époux est ravi de voir sa maison si bien entretenue et de constater le bonheur de son épouse.

Mais Louise s’incruste.

« Quand elle est rentrée chez elle, en début d’après-midi, elle a failli pousser un cri. Elle ne reconnaissait plus son propre appartement. Le salon était littéralement, transformé, dégoulinant de paillettes, de ballons, de guirlandes en papier. Mais surtout, le canapé avait été enlevé pour permettre aux enfants de jouer. Et même la table en chêne, si lourde qu’ils ne l’avaient jamais changée de place depuis leur arrivée, avait été déplacée de l’autre côté de la pièce.

Mais qui a bougé ces meubles ? C’est Paul qui vous a aidée ?

Non répond Louise. J’ai fait cela toute seule »

Peu à peu Louise prend conscience que les enfants grandissent. Mila va déjà à l’école et Adam fera prochainement sa première rentrée scolaire. Alors Louise ne sera plus indispensable. Elle espère qu’une prochaine grossesse sera bientôt en route, Paul et Myriam ne sont-ils pas heureux avec elle ? De plus, Louise a des dettes, un propriétaire qui la harcèle car elle a des impayés. Que va-t-elle devenir s’ils ne veulent plus d’elle ? Louise est incapable de se projeter dans une nouvelle famille, elle se considère parfois comme un membre de cette famille-là. Elle ne peut pas concevoir d’être mise à la porte. Alors peu à peu elle en veut aux enfants, elle leur en veut de grandir et une haine silencieuse s’installe dans le trio qu’elle forme avec les deux petits.

«  »Arrête Louise, tu m’étouffes. » L’enfant essaie de se dégager de cette étreinte, elle remue, donne des coups de pieds mais la nounou la tient fermement. Elle colle ses lèvres contre l’oreille de Mila et elle lui dit, d’une voix calme et glacée : « Ne t’éloigne plus jamais, tu m’entends ? Tu veux que quelqu’un te vole ? Un méchant monsieur ? La prochaine fois, c’est ce qui arrivera » Tu auras beau crier et pleurer, personne ne viendra. Est-ce que tu sais ce qu’il te fera ? Non ? Tu ne sais pas ? Il t’emmènera, il te cachera et te gardera pour lui tout seul et tu ne reverra plus jamais tes parents. » »

Le personnage de Louise est dérangeant, on ressent son mal-être, sa solitude qui lui pèse chaque fois qu’elle rentre dans son appartement. Elle ressasse les souvenirs de sa fille et de son mari. Elle prend conscience de son échec, de cette vie ratée. Sa seule consolation c’est son travail, alors elle vient de plus en plus tôt chez Myriam et Paul et part de plus en plus tard. Et son obsession pour une nouvelle grossesse l’étreint avec force.

« Elle le veut comme elle a rarement voulu, au point d’avoir mal, au point d’être capable d’étouffer, de brûler, d’anéantir tout ce qui se tient entre elle et la satisfaction de son désir »

Nous avons au fil des chapitres, les points de vue de différents personnages qui s’entrecoupent. celui du mari, de la fille mais aussi celui de l’enquêtrice et le point de vue du dernier enfant que Louise a gardé avant d’être embauchée chez Myriam et Paul. Cet enfant maintenant adolescent a toujours su en son fort intérieur qu’au départ de Louise il avait échappé à quelque chose, malgré le fait qu’il l’appréciait beaucoup.

Louise est un personnage tourmenté. Malade. Il est cependant difficile pour le lecteur de s’émouvoir de sa vie et de s’épancher sur ses problèmes. Leïla Slimani distille au gré de son récit des passages qui démontrent la folie grandissante de Louise. Ses obsessions la rendent paranoïaque et dépressive. Des pensées noires où elle se voit passer les doigts autour du cou du petit garçon accaparent son esprit.

« Il faut quel quelqu’un meure. Il faut que quelqu’un meure pour que nous soyons heureux. »

Difficile d’attribuer un coup de cœur pour un récit aussi dérangeant, malgré tout, j’ai eu beaucoup de mal a reposer ce livre. On sait dès le début jusqu’où va la mener sa folie. Mais on se demande comment elle en arrive à ce stade ultime. Et l’auteure a magnifiquement exploité la psychologie de son personnage.

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Leïla Slimani

Leïla Slimani