Roman écrit par l’auteur Olivier Dorchamps. Publié aux éditions Finitude le 22 août 2019


Résumé

« « Le Maroc, c’est un pays dont j’ai hérité un prénom que je passe ma vie à épeler et un bronzage permanent qui supporte mal l’hiver à Paris, surtout quand il s’agissait de trouver un petit boulot pour payer mes études. »
Marwan et ses deux frères ne comprennent pas. Mais ­pourquoi leur père, garagiste à Clichy, souhaitait-il être enterré à Casablanca ? Comme si le chagrin ne suffisait pas. Pourquoi leur imposer ça. C’est Marwan qui ira. C’est lui qui accompagnera le cercueil dans l’avion, tandis que le reste de la famille ­arrivera par la route. Et c’est à lui que sa grand-mère, dernier lien avec ce pays qu’il connaît mal, racontera toute l’histoire. L’incroyable histoire.
« Ceux que je suis » est un roman plein de pudeur et de délicatesse, dont la subtilité se révèle à travers des scènes à la justesse toujours irréprochable. »


L’avis de Caïtelhor

Merci aux Éditions FINITUDE de m’avoir permis de découvrir ce roman infiniment humain et écrit avec une authenticité surprenante. Je suis encore sous le choc des mots tant ils résonnent le « vécu ». J’ai fait quelques recherches sur cet auteur « tout neuf. Olivier Dorchamps est franco-britannique, il a grandi à Paris et vit à Londres. « Ceux que je suis » est son premier roman. À la fin de ma lecture, je pensais trouver chez cet auteur des origines au-delà de la Méditerranée, car son histoire c’est autant de clichés réalistes qui font sourire et réfléchir à la fois. Pour des raisons personnelles j’ai été très émue et j’ai accompagné Tarek, ce père de famille humble vers sa dernière demeure. Sa volonté était d’être enterré dans sa terre natale, celle de ses ancêtres, celle qui l’a vu naître. J’ai fait ce cheminement spirituel auprès de Marwan et Kabic et j’ai compris toute l’importance de ce dernier geste. J’ai ressenti beaucoup d’émotion, car l’auteur fait passer une telle explosion de sentiments. L’incompréhension des fils, leur colère face à cette décision soudaine avec en prime l’obligation de retourner au pays pour se recueillir sur la tombe de leur père. Eux qui n’aiment ni le Maroc ni Casa, eux qui ont toujours été considérés comme des étrangers là-bas… En plus de la douleur, ils devront en subir les contraintes, c’est trop ! Marwan fera le voyage en avion selon le souhait du défunt, et Kabic, l’ami fidèle de celui-ci l’accompagnera. La mère Khadija et les deux frères Ali et Foued feront le trajet en voiture.

L’histoire a pour socle cet homme Kabic lié depuis son enfance au grand-père des fils Mansouri. C’est le fil conducteur qui va guider Marwan jusqu’à Mi Lalla sa grand-mère. Cette vieille femme en deuil de son propre fils, celui — qui est plein de honte pour sa famille avait décidé de tout quitter pour la France — va raconter à Marwan l’histoire de ses origines. Car la vie de la famille Mansouri est fondée sur un mensonge pire même La « hchouma » s’est abattue sur Mi Lilla dans sa jeunesse et les deux générations qui ont suivi en ont subi les conséquences.

L’auteur est subtile, car il prépare Marwan… et le lecteur (trice) à cette rencontre exceptionnelle. Il nous fait patienter puisque la rencontre avec la grand-mère n’intervient qu’en deuxième partie du roman. Il retrace par le biais de Kabic l’enfance de son ami et grand-père du jeune homme, mais reste évasif et on comprend qu’il ne dit pas tout, enfin pas l’essentiel. Puis il nous fait découvrir Casablanca, on déambule au côté de Marwan dans les rues où son père Tarek a foulé le sol. Rencontre avec les anciens amis de son père, des mots, des photos, des échanges et Marwan peu à peu va pouvoir faire le deuil d’un père qui demeurait une énigme… Tant de point d’ombre…

Il va entendre le message de Kabic et comprendre qu’il n’est pas un étranger au Maroc :

« Le Maroc de ton père, le mien, celui de ta mère ou de Mi Lalla ne sera jamais le tien. Le tien, c’est à toi de le trouver. C’est ce que voulait dire ton père. »

Car, dira Kabic : « Nos traditions sont anciennes et très mélangées : Arabes, Berbères, Turques, Espagnoles, Françaises. C’est ça le Maroc ! »

– « Peut-être que c’est ce que voulait dire mon père quand il me répétait que le Maroc ce n’était pas ce que je pensais », conclura Marwan.

Puis accompagnée d’un thé à la menthe, Mi Lalla se confesse à Marwan. Elle lui raconte tout, son enfance, son traumatisme et toutes les conséquences dramatiques qui ont suivi. Elle veut qu’il sache et qu’il transmette à ses frères. Plus de mensonge, plus de non-dits. Que ses petits-fils soient en paix avec eux-mêmes et surtout qu’ils reviennent au Maroc sereins.

Quarante jours après le décès de leur père, les trois frères reprendront tous ensemble l’avion pour se recueillir sur la tombe de leur père.

Je vous laisse au plaisir de cette lecture avec ses personnages, tous sans exception, tellement attachants et très émouvants. On comprend parfaitement le dilemme des uns et des autres. Les causes sont multiples, le déracinement, les origines et les rapports humains d’une famille divisée par la Méditerranée. J’ai eu envie de modifier le titre.

« Maroc, ceux que je suis »

Un immense coup de cœur pour moi !

Olivier Dorchamps