Ecrit par l’auteur Karim Berrouka. Publié aux éditions Actu SF le 15 mars 2018.

Merci à ma maman pour ce cadeau d’anniversaire !


Résumé

« Qu’est-ce qui est vert, pèse 120 000 tonnes, pue la vase, n’a pas vu le ciel bleu depuis quarante siècles et s’apprête à dévaster le monde ? Ingrid n’en a aucune idée. Et elle s’en fout. Autant dire que lorsque des hurluberlus lui annoncent qu’elle est le Centre du pentacle et que la résurrection de Cthulhu est proche, ça la laisse de marbre. Jusqu’à ce que les entités cosmiques frappent à sa porte… « 


Mon avis

Avec ce roman, j’ai fait la connaissance d’Ingrid. De prime abord, c’est une jeune femme à l’aise avec ce qu’elle est : une trentenaire intérimaire qui jongle avec plusieurs petits boulots pour faire face à la vie parisienne. Elle couche, mais sans se compliquer la vie avec une histoire durable. La seule relation qu’elle prend plaisir à entretenir est celle qu’elle vit avec sa meilleure amie Lisa, peintre de renom qui ne comprend pas trop son propre succès. Bref, une fille attachante, mais sans plus. Jusqu’à ce que…

Une histoire de pentacle… 

Jusqu’à ce qu’un type étrange l’aborde dans le métro et commence, non pas à lui conter fleurette, mais plutôt des histoires rocambolesques de pentacle… Un mot qui lui rappelle vaguement quelque chose… En effet, son ex, un peu timbré lui aussi, lui jetait des sorts étranges pendant qu’elle dormait… Il faut dire que tout ce qui touche de près ou de loin le mysticisme, Ingrid n’y comprend rien, et elle s’en fou.

Mais ces histoires ne s’avèrent pas être de simples boniments. Le monde est sur le point d’imploser et Ingrid se retrouve bien malgré elle, emportée dans cette frénésie poulpesque.

Car Chtulhu est sur le point de renaître et de détruire l’humanité telle qu’on la connaît. Oui, rien que ça.

Le lecteur va alors découvrir cinq factions, chacune correspondant à une branche du fameux pentacle. Et Ingrid deviendra la voix ultime de leur interrogation commune : faut-il libérer ou anéantir Chtulhu ?

Quelques mots sur les factions, dont les Dieux apparaissent dans l’œuvre de Lovecraft :

Yog-Sothoth : « Le tout en un et un en tout », apparu pour la première fois dans le roman L’affaire Charles Dexter Ward

Azathoth, surnommé le « Sultan des Démons » ou « Le Chaos nucléaire »nouvelle éponyme écrite en 1922 et publiée en 1938.

Dagon, dieu poisson, c’est un « Grand Ancien » apparu pour la première fois dans la nouvelle éponyme publiée en 1917. Il prend consistance dans Le cauchemar d’Innsmouth, nouvelle parue en 1931. Karim Berrouka fait dans son œuvre de nombreux clins d’œil au peuple hybride d’Innsmouth ainsi qu’à leur secte « L’Ordre ésotérique de Dagon ».

Shub-Niggurath, surnommé « La chèvre noire des bois aux mille chevreaux ». Créature apparue en 1929 dans la nouvelle L’abomination de Dunwich puis en 1931 dans Celui qui chuchotait dans les ténèbres. Karim Berrouka a créé autour de cette créature un univers lubrique osé et totalement déjanté ! Une véritable réappropriation de ce monstre nébuleux rarement décrit dans l’œuvre de Lovecraft.

Nyarlathotep, le « Chaos rampant », apparu dans le poème éponyme en 1920.

Religion ? Vous avez dit Religion ?

Karim Berrouka fait planer bon nombre de mystères dans cette intrigue grâce aux différents interlocuteurs d’Ingrid. Il possède une écriture visuelle plus que bienvenue, car parfois la portée onirique du roman est poussée loin, mieux vaut s’accrocher à la lecture de certaines diatribes. Pour ma part, j’ai pris grand plaisir à réfléchir en même temps que notre héroïne sur les discours des factions qu’elle-même jugeait parfois imbuvables. L’auteur fait preuve d’autodérision envers sa propre plume avec cette anti-héroïne et c’est assez jouissif !

Il pointe également du doigt un thème fondamental : la religion est ses extrêmes. Ici, la religion choisie n’existe pas, elle représente toutes les religions du monde et aucune à la fois. Son essence est bien sûr puisée dans l’univers lovecraftien, qu’il vaut mieux connaître un peu pour pouvoir s’approprier pleinement ce roman. Ici les adorateurs de ces divinités nous embarquent dans un délire cosmique que je ne suis pas près d’oublier !

Celle qui n’avait pas peur de Chtulhu est un roman hybride lui aussi. Une jolie pépite que tous les adorateurs de Chtulhu sauront apprécier à sa juste valeur.