Ecrit par l’auteur Pacal Manoukian. Publié aux éditions Don Quichotte le 05 janvier 2017.

Merci aux éditions « Don Quichotte » ainsi qu’à Pascal Manoukian pour le partage de ce livre « Ce que tient ta main droite t’appartient », tellement réaliste et malheureusement tant d’actualité en 2016. C’est mon premier coup de cœur de l’année 2017. Caïtelhor


Résumé

« « Si ce soir-là Charlotte n était pas sortie dîner entre filles, si ce jour-là Karim n était pas allé à la mosquée, jamais elle n aurait déchiré sa robe, jamais il ne serait parti en Syrie. Ils promèneraient leur fille dans les allées du parc. Il lui achèterait des livres qu elle laisserait traîner sur la table de nuit. Chaque jour elle serait plus belle. Chaque jour ils seraient plus amoureux. Ils boiraient du Sancerre au bonheur de leurs 30 ans, danseraient sur Christine and the Queens. La vie ne tient parfois qu à un bas filé… »

Le miracle n arrivera pas : cette nuit-là, Karim perd tout. Son désir de vengeance va le mener jusqu aux ruines d Alep, au coeur de la machine à embrigader de Daech. Là où se cachent les monstres, mais aussi les centaines d égarés qui ont fait le mauvais choix pour de mauvaises raisons. Là où il faudra lutter pour ne pas ressembler aux bourreaux.
Un voyage réaliste au pays mal connu de l embrigadement et de toutes »


L’avis de Caïtelhor

Quelque part dans Paris, des terrasses de café où des personnes viennent y passer un bon moment. Moment de partage pour ces trois copines heureuses. Elles viennent d’ailleurs fêter la Vie, celle d’un enfant à naître. Comme Chanchal le bangladais, ce marchand de fleurs, un peu dans l’illégalité, qui se faufile de table en table pour vendre lui aussi sa part de bonheur en bouquet tout en évitant les képis. Et puis Karim, le futur papa qui se presse, il est en retard pour rejoindre sa Belle, sa Charlotte la mère de son futur bébé. Mais de l’autre côté du trottoir, face à Charlotte se tient Aurélien. Aurélien le kamikaze qui s’est maquillé les yeux et même parfumé pour être présentable lorsqu’il va se présenter devant Son Créateur. Car aujourd’hui il s’apprête à commettre l’acte suprême à ses yeux qui n’est autre qu’un crime ignoble contre l’humanité, il va commettre un attentat, son ultime attentat qui se soldera par 18 morts et 42 blessés ; pour Charlotte, son bébé et ses 2 amies, c’est fini. Les fleurs du marchand sont tachées de sang, éparpillées et déchirées, l’odeur de la poudre et du sang, voilà ce qu’il reste à la terrasse du café.

Karim restera seul, désespéré et va faire de sa vie Son Ultime Bataille. Remonter la filière djihadiste pour retrouver au cœur de la Syrie, dans les ruines d’Alep, le recruteur de ces fous d’Allah, pouvoir le regarder dans les yeux et lui couper la tête au risque d’y perdre la sienne. Lui aussi est prêt. Il n’a plus rien à perdre. Une question le hante à chaque instant « Comment la vie a-t-elle pu les mettre sur des orbites si différentes ? Qui s’est trompé de bouton en envoyant le chrétien (Aurélien)  vers Daech et l’arabe (lui-même) vers Charlotte ?

J’ai craqué pour l’ombre de cette femme remplie d’amour naissant sur fond de désert représentée en couverture. Puis, j’ai lu le résumé, comment ne pas être sensible à ces quelques lignes qui nous projettent aux mêmes terrasses de café de Paris et d’ailleurs dans la vraie vie. La vie d’un côté, la mort de l’autre et aujourd’hui une kalash entre les deux. Triste monde.

Alors j’ai lu ce « roman-réalité » avec respect, peut-être pour rendre hommage à toutes les victimes de ces barbares. On ne peut pas rester indifférent mais que faire ? Personnellement, en lisant et en chroniquant ce livre (comme j’ai pu en chroniquer quelques uns sur le même thème), j’espère donner envie à d’autres personnes de le lire et de le partager encore et encore. « Ce que ta main droite tient t’appartient » explique le parcours d’un homme traumatisé par le décès de sa petite sœur. Indirectement, il est la cause de cette mort. Aurélien va alors basculer dans le radicalisme un peu à contre cœur, car il va tomber sur les personnes qu’il ne fallait pas croiser. Qui ne vont plus le lâcher, de jour comme de nuit, ils vont l’affamer, l’empêcher de dormir. Il va rejoindre le clan des barbus dans une salle de sport où il en ressortira vidé. Plus de plaisir, il passera son temps libre à recopier des sourates entières, visionner des vidéos d’horreur et de massacres. On ne le plaint pas, évidemment, mais on peut comprendre en tant que parents que ça peut arriver, même à nos enfants.

Ce livre est choquant car on vit le parcours d’Aurélien. J’ai eu envie de lui dire, stop, arrête, la vie peut être belle aussi, aide les autres au lieu de vouloir les tuer.  Malheureusement on suit sa route qui va détruire celle de Charlotte, de Chanchal et de tant d’autres. Aurélien se fera exploser.

Reste Karim, à son tour, blessé de la vie, comme Aurélien. Leur différence est que Karim ne sera pas manipulé, il va choisir son destin. L’auteur nous fait vivre son parcours pour entrer en contact avec les recruteurs de Daech. Chemin qui mènera Karim jusqu’au cœur d’Alep avec d’autres jeunes qui eux pensent trouver là bas la solution à tous leurs problèmes. Leur but ? Quitter la « Dar al koufr » Karim pensera « C’est comme ces pièges à guêpes en entonnoir. Elles y rentrent et ne savent plus en sortir. » Vrai.

Pascal Manoukian est journaliste. Au-delà de l’histoire de son roman tragique, ses écrits m’ont transporté. Son vécu de grand reporter, sa plume philosophique et littéraire, m’a fait survoler les villes  de Molenbeek en Belgique jusqu’à Alep en Syrie avec un réel plaisir. Beaucoup de descriptions, d’anecdotes dont je raffole et qui se conjuguent parfaitement dans le roman. Très beau mélange. J’apprends la définition de Molenbeek : « du potager de Bruxelles jusqu’à Molenbeek la marocaine ». Mais aussi Gaziantep « Comme une putain, elle s’est laissé prendre au long de son histoire par le monde entier ». Ou la Syrie « On peut tout prendre sans payer ; là-bas, tout ce que tiens ta main droite t’appartient, la vie comme la mort. »

Je survole Alep, Raqqa, la ville « Mari » et son histoire fantastique. La mort de Massoud, le lion de Panshir et la signification du califat des Abassides.

Merci pour ce partage intellectuel intense, j’ai adoré vous lire. Je partage une dernière phrase qui me touche profondément « Pourquoi fallait-il que les enfants finissent toujours par se sentir trop à l’étroit dans ceux de leurs parents ? Pourquoi fallait-il qu’ils terminent toujours par jouer les judas ? ».