Ecrit par l’auteur français Simon Liberati. Publié aux éditions Grasset le 17 août 2016.

Résumé

« « En 1969, j’avais neuf ans. La famille Manson est entrée avec fracas dans mon imaginaire. J’ai grandi avec l’image de trois filles de 20 ans défiant les tribunaux américains, une croix sanglante gravée sur le front. Des droguées… voilà ce qu’on disait d’elles, des droguées qui avaient commis des crimes monstrueux sous l’emprise d’un gourou qu’elles prenaient pour Jésus-Christ. Plus tard, j’ai écrit cette histoire le plus simplement possible pour exorciser mes terreurs enfantines et j’ai revécu seconde par seconde le martyr de Sharon Tate. »
Los Angeles, 8 août 1969 : Charles Manson, dit Charlie, fanatise une bande de hippies, improbable « famille » que soudent drogue, sexe, rock’n roll et vénération fanatique envers le gourou. Téléguidés par Manson, trois filles et un garçon sont chargés d’une attaque, la première du grand chambardement qui sauvera le monde. La nuit même, sur les hauteurs de Los Angeles, les zombies défoncés tuent cinq fois. La sublime Sharon Tate, épouse de Roman Polanski enceinte de huit mois, est laissée pour morte après seize coups de baïonnette. Une des filles, Susan, dite Sadie, inscrit avec le sang de la star le mot PIG sur le mur de la villa avant de rejoindre le ranch qui abrite la Famille.
Au petit matin, le pays pétrifié découvre la scène sanglante sur ses écrans de télévision. Associées en un flash ultra violent, l’utopie hippie et l’opulence hollywoodienne s’anéantissent en un morbide reflet de l’Amérique. Crime crapuleux, vengeance d’un rocker raté, satanisme, combinaisons politiques, Black Panthers… Le crime garde une part de mystère.
En trois actes d’un hyper réalisme halluciné, Simon Liberati accompagne au plus près les California girls et peint en western psychédélique un des faits divers les plus fantasmés des cinquante dernières années. Ces 36 heures signent la fin de l’innocence. »

Mon avis

Ce roman retrace les trois derniers jours précédant les sordides meurtres qui ont eu lieu dans la villa Polanski le 08 août 1969.

L’auteur revient sur le ranch de George Spahn qui abrite la « famille Manson ». Endroit de dépravation où se mêlent Cow-boy et Hippies. Tous se côtoient malgré leurs différents. En échange d’un lieu pour abriter sa troupe, Charles Manson offre ses filles, des soirées d’orgie et de la drogue. Parmi tous ces colocataires, seuls les Satans, un groupe de motard, ne sont pas les bienvenues auprès de Charlie.

Dans ce chaos de sexe et de rock’n’roll, Charles Manson voue une haine féroce envers les Black Panthers. C’est un homme fanatique, persuadé que la guerre est imminente et que naîtrait de celle-ci un monde idéal, le « Helter Skelter » qui signifie le chaos (traduit par « pèle-mêle » ou »désordre« ). Son souhait est de commettre, par le biais de ses enfants, un crime atroce, qu’il pourrait faire associer aux Black Panthers qu’il déteste tant afin de faire monter les tensions raciales. Sa cible est la demeure du producteur de musique Terry Melcher qui l’a farouchement éconduit du monde musical. Ayant déjà été en repérage de cette maison avec son acolyte Tex Watson, c’est ce dernier qu’il désigne avec trois autre femmes pour frapper fort la communauté hollywoodienne : Sadie, Katie et Linda. Et plus tard pour un deuxième assaut, deux autres figures se joindront à eux : Leslie et Clem.

Simon Liberati nous contes ces deux nuits en véritable professionnel de la question, les détails sont dérangeants et le manque d’état d’âme des protagonistes est choquant. Seule Linda aura des remords et cherchera à s’absoudre par la suite de ces deux nuits d’horreur. La demeure de Terry Melcher ayant été louée au couple Polanski, c’est notamment sa femme, Sharon Tate, qui est au cœur du récit. Enceinte de huit mois, elle subira de multiples coups de baïonnette, dernière victime des cinq personnes présentes cette nuit-là dans le domaine.

L’auteur, bien informé sur son sujet nous apporte de véritables anecdotes au détour des pages. Sur ce que les « Sorcières de Manson » ou Manson lui-même ont déclaré au tribunal, sur ce qu’ils ont pu devenir, notamment Sadie (Susan Watkins). Nous n’en savons pas davantage sur les personnages, sur leur vie passée. Seul le présent compte, c’est la philosophie de Manson, ne vivre que pour le présent. Le roman retrace trois jours, mais l’auteur nous apporte tout ce que nous devons savoir. En 342 pages, nous comprenons ce lien étrange et malsain qui lie les filles à leur gourou. Même les policiers et les personnes présentes au tribunal auraient admis avoir baissé les yeux lorsque cet homme prit la parole après ces meurtres.

J’ai vraiment trouvé l’intrigue passionnante et la plume de l’auteur encore plus. J’ai été happé par ce récit tout comme j’ai été happé par celui de Emma Cline avec The Girls. Ces deux romans se font écho sur l’un des faits d’actualité les plus fort de l’année 1969 et qui contribuera à la fin du mouvement hippie.

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