Sep 102018
 

Ecrit par l’autrice Véronique Olmi Publié aux éditions Albin Michel le 23 août 2017.


Résumé

« Bakhita, née au Darfour au milieu du XIXe siècle, est enlevée par des négriers à l’âge de 7 ans. Revendue sur un marché des esclaves au Soudan, elle passera de maître en maître, et sera rachetée par le consul d’Italie. Placée chez des religieuses, elle demande à y être baptisée puis à devenir soeur. »


L’avis de Caïtelhor

Bakhita, nom donné pour se moquer d’elle quand on sait qu’il signifie « la chanceuse »… Volée à sa maman, à son peuple, à son pays. Que peut-on dire sinon « ASFA » ? Pardon Bakhita.

Voici son histoire :

Darfour 1869, une fillette de 6 ans est enlevée aux siens, à sa maman. Elle subit un tel traumatisme de son corps et de tout son être qu’elle en oubliera le prénom que son père lui avait donné à Olgassa le jour de sa naissance en la présentant à la lune. Elle est victime de la traite des noirs par des négriers musulmans. Véronique Olmi va nous faire marcher dans ses pas, vivre les douleurs de son enlèvement et de son esclavage, elle sera vendue cinq fois, jusqu’à son arrivée en Italie. C’est finalement l’église qui lui ouvrira ses portes et elle deviendra religieuse. Elle n’aura jamais d’enfant, elle ne s’attachera jamais à personne, elle ne possédera rien et elle obéira toute sa vie, car elle l’a décidé seule : « Je ne sors pas, je reste. » La prison est dehors. Être au couvent, c’est être libre. Elle meurt en 1947 après s’être dévouée aux plus démunis tout au long de sa vie. En 2000, Jean Paul II fera d’elle la première sainte noire soudanaise.

J’ai une immense pensée pour Martin Luther King et sa lutte contre l’esclavage, un homme, une femme même combat. Nous avons célébré en avril cette année les 50 ans de la mort de ce grand homme.

Véronique Olmi raconte une histoire, celle de Bakhita, mais aussi de toutes ses sœurs et de tous ses frères noirs d’Afrique qu’on a enlevés, qu’on réduit à l’état de choses, qu’on s’échange ou qu’on donne en cadeau. La plume de l’autrice est subtile et souvent suggestive, mais on ressent toute la cruauté, le malheur autour de cette petite fille sans défense qui ne comprend pas. Les premiers paragraphes du livre sont brefs, sans concession. Comme des flashs qu’on reçoit en pleine figure, on ferme les yeux compulsivement, mais d’autres images arrivent, ça fait mal et les émotions vous envahissent et ne vous quittent plus. La deuxième partie de l’histoire est moins violente, mais l’autrice plonge dans les sentiments refoulés de Bakhita et sa souffrance est aussi palpable intérieurement que ce qu’on a pu vivre dans la première partie de sa vie. Magnifiquement raconté, respect.

J’ai lu les onze premières pages avec les larmes aux yeux. Ce n’est peut-être pas un argument de lecture, mais ce livre dégage tellement d’émotion qu’on ne peut rester indifférent. Bakhita est une toute petite fille noire enlevée sur une route poussiéreuse. Immédiatement j’ai ressenti le besoin de lui tenir la main tout au long de ma lecture comme elle-même l’a si souvent fait. Je repense à la petite Binah à qui elle disait inlassablement pour la rassurer : « Je ne lâche pas ta main ». Sa souffrance devient la mienne, les coups je les reçois aussi. Je l’accompagne jusqu’au 7 décembre 1893 où l’église lui ouvre ses portes. C’est une belle leçon de courage et de bonté. Je ne suis pas prête d’oublier Bakhita.

Que retient-on d’une telle œuvre ? D’une telle vie ?

Bakhita est l’unique raison de lire ce roman. Attachante, courageuse et battante, on se doit de lui rendre hommage. À notre tour, prosternons-nous à « l’orientale » à ses pieds, tête et bras au sol pour lui dire « Asfa », pour lui demander pardon.

Le contexte est terrible : le Darfour avec sa violence et l’esclavage. On se souvient de la série « Racines » de Alex Aley avec Kounta Kinté arraché aux siens dans son village de Djouffouré en Gambie, criant de vérité. Une série puissante et dure, ici on monte d’un cran dans la folie humaine. On assiste impuissant à la descente aux enfers d’une enfant de 7 ans. Difficilement soutenable, mais ne nous voilons pas la face, c’est une histoire vraie.

Et surtout un immense respect à l’autrice pour la syntaxe, la pudeur dans les joies et les peurs de Bakhita. J’ai adoré sa manière de raconter l’univers la jeune femme, je pense à sa surprise lorsqu’elle découvre la petite chapelle romane du cloître ; on y entre avec elle, on respire l’odeur d’encens et on entend le silence, magnifique. Elle nous fait vivre pleins de moments de littérature qui adoucissent le récit ; des descriptions, des instants qui correspondent parfaitement à la personnalité de Bakhita, à lire sans modération.

Véronique Olmi

Bakhita

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