Août 252018
 

Écrit par l’auteur algérien Yasmina Khadra, entretien avec Catherine Lalanne. Publié aux éditions Bayard le 04 avril 2018.


Résumé

 » Yasmina Khadra avait déjà évoqué dans des livres son passé, notamment en 2001 dans l’Écrivain ou l’année suivante dans L’imposture des mots (Julliard), mais ici pour la première fois il accepte de raconter les détails de ses origines, de son engagement dans l’armée et ce qu’il a vécu et vu des horreurs de cette guerre contre le terrorisme en Algérie. Il se confie à Catherine Lalanne en 6 longs chapitres passionnants :
1. les origines de sa famille ;
2. son engagement dans l’armée et sa vocation d’écrivain ;
3. La compagnie des femmes ;
4. sa vision de l’islam ;
5. son appartenance double aux deux rives de la Méditerranée et
une lettre émouvante adressée aux enfants algériens et français.
Jamais Yasmina Khadra n’avait parlé et écrit aussi librement sur son rapport au féminin, à l’islam, ni n’avait directement évoqué la situation de la jeunesse algérienne et française. »


L’avis de Caïtelhor

Je ne sais pas comment remercier « LES ÉDITIONS BAYARD » – L’Atelier de l’Enfance – pour le partage de ce magnifique livre de Yasmina Khadra. Cet auteur incomparable (à mes yeux), se décline dans ma bibliothèque sous toutes ses formes, broché, poche, BD et c’est à chaque fois le même plaisir de le lire. Et cette fois-ci fut la meilleure, car j’ai enfin trouvé la réponse à une question que je me pose depuis longtemps au fil de mes lectures qui m’entraînent irrémédiablement à franchir de la méditerranée.

Khadra explique son titre ainsi : « Depuis ma plus tendre enfance ce que le hasard me tend d’une main, il me le confisque de l’autre… »

C’est un livre particulier et différent de tous les autres puisqu’il s’agit d’un entretien avec Catherine Lalanne, journaliste et rédactrice en chef à l’hebdomadaire Pèlerin. Est-ce une autobiographie ? Un documentaire ? Je vais le lire plutôt comme un journal intime à deux voix tout en simplicité et avec tellement d’humilité. Y. Khadra se dévoile comme jamais il ne l’avait fait et ça fait du bien aux lecteurs (trices) qui l’aiment. On va faire le chemin avec lui, découvrir son enfance qui s’achève brusquement à neuf ans lorsque son père le fait intégrer une école militaire « l’école des cadets », absolument pas faite pour les enfants. Il en parle dans « L’écrivain » et déjà fait de la résistance avec sa feuille et son stylo. Il ne cessera jamais d’écrire, s’enfermera dans sa « bulle littéraire », il en fera son échappatoire, sa quête. Il parle de l’armée et de sa vie militaire, des positions qu’il défend qui l’obligeront à signer ses livres par un pseudo et non Mohammed Moulessehoul ; de ses succès littéraires souvent mouvementés ; il parle aussi de l’amour et donc de sa femme avec tellement de pudeur et de respect que notre gorge se serre d’émotion, mais aussi des épreuves et de la religion : « Savoir pardonner pour vivre heureux et sans rancune ».

J’ai du mal à trouver les mots justes pour exprimer tout le bonheur que j’ai ressenti en lisant non, en me délectant de chaque mot, chaque phrase ; j’ai ce ressenti lorsque je me plonge dans la littérature arabe, je l’ai souvent formulé lors de mes chroniques. On vit la passion des mots et de la phrase qui n’est pas seulement une simple phrase. C’est LA phrase : celle-ci est un univers plein de couleurs, d’amour. Elle chante et vous enchante. Elle pleure et vous émeut au plus profond de votre être. Ce livre intense de Yasmina Khadra va plus loin, il touche votre âme, il a touché la mienne et m’a apporté une réponse. Longtemps j’ai cherché le fil conducteur qui unit la littérature française à la plume arabe. Voici une magnifique réponse de Y. Khadra :

« Entre la langue française et moi, il y a une grande histoire d’amour, un coup de foudre que rien ne pourra jamais atteindre, encore moins éteindre. »

Il dit aussi :

« Ce qui se passe entre la langue française et moi relève du fantasme. Je ne me trouve pas face à une forme d’expression, mais face à un être vivant (…) une interlocutrice attentive, ma jumelle éclairée, mon assistante. »

Alors, me direz-vous, à qui est destinée une telle lecture ? La réponse est simple. À tous les amoureux de la langue française, de cette langue poétique, chantante et attachante. Je n’ai pas à convaincre les fidèles lecteurs de l’auteur, car ils ont tout compris depuis longtemps. Pour quelqu’un qui n’a jamais lu Khadra, un conseil commencez par cet opus. Même s’il ne se définit pas comme tel (je ne voulais plus devenir poète en arabe, mais romancier en français), nous sommes face à un poète du XXIe siècle. Quelle aisance, quelle finesse et quel amour lorsqu’il parle de sujets tels que ses pays de cœur l’Algérie et la France, de la religion, de la musique, des enfants et de l’humour (belle leçon à appliquer pour beaucoup d’entre nous !). Ses phrases sont ponctuées de métaphores pleines d’émotions qu’on reçoit comme des déclarations ou des échanges d’amitié. Ça fait du bien.

Il réussit à faire passer une leçon de vie au travers de sa propre existence si compliquée. Deux livres m’ont provoqué jusqu’à ce jour un tel émoi intérieur. Le premier fut « Le livre de la vie » de Martin Gray – L’autre, quand on l’aime, est un univers qu’on n’a jamais fini d’explorer. Il est l’eau qui désaltère et la soif qui donne le désir de boire. – Le second incontournable, je pense, est « le Prophète » de Khalid Gibran. – Quand tu aimes, tu ne saurais dire : » Dieu repose dans mon cœur », mais plutôt :  « Je repose dans le cœur de Dieu ». Et ne crois pas pouvoir diriger le cours de l’amour, car c’est lui, s’il t’en trouve digne, qui te dirigera. –

Vient le dernier chapitre dédié à la femme de sa vie Amal. Là on comprend tout. Je repense à deux mots de mon amoureux « Nahno Wahed » qui signifie « on est un », voilà la force de ce couple hors norme et lorsque Amal nous explique l’origine du nom d’auteur de son mari, il n’y a plus d’équivoque possible : « Tu m’as donné ton nom pour la vie, je te donne le mien pour la postérité ».   

Au fil de mes lectures en général, j’aime noter des expressions, cocher des pages qui me semblent importantes ou qui me correspondent. Même si je ne trouve qu’un seul mot « particulier » j’en suis heureuse. Ici j’ai noté tellement de propos, coché tellement de pages… voyez vous-mêmes… et laissez-vous tenter, vous ne serez pas déçus.

Je dédie cette dernière citation à Camille-Marianne, elle se reconnaîtra. With all my love. L.A.

                                    « Faire de chaque livre que je lis un tapis volant

                              Et de chaque livre que j’écris une conviction heureuse. »

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