Juil 302018
 

Ecrit par l’autrice iranienne Nazanin Afshin-Jam. Publié aux éditions City, le 14 mars 2018.

« N’abandonne jamais. Sois vivante jusqu’au bout ! »


Résumé

« Nazanin a seulement 10 ans lorsqu’un homme ls’en prend à elle et la viole. La fillette n’en parle à personne car en Iran, une femme violée n’est pas victime, mais coupable. Quelques années plus tard, le cauchemar recommence, mais cette fois-ci Nazanin se défend et poignarde son agresseur.
La jeune fille est alors emprisonnée. Dans les geôles de la République islamique, elle vit l’enfer. Battue par les gardes qui la considèrent comme une prostituée, elle subit une parodie de procès. Finalement, l’adolescente est condamnée à mort pour avoir simplement tenté de se défendre.
À des milliers de kilomètres de l’Iran, une Canadienne entend parler de la condamnation. Ancienne finaliste Miss Monde, elle décide de s’engager pour sauver la vie de Nazanin. Dans ce combat contre la barbarie d’un régime qui légitime les exécutions d’enfants, elle va tout mettre en oeuvre pour faire triompher la justice.
Une voix pour défendre toutes les femmes victimes de barbarie. » 


L’avis de Caïtelhor

Merci aux Éditions City pour le partage de ce livre que j’avais très envie de lire. L’Iran et la condition des femmes. Vaste débat ! Et pourtant se souvient-on qu’avant la révolution de 1979 sous le règne du dernier Shah, c’était un pays moderne, le plus libéral du Moyen-Orient. Après la révolution, le rial, devise de l’Iran se déprécie, le pouvoir d’achat chute et la population en subit le contre coup de plein fouet. Suivront l’application du Coran et de la Sharia… On connaît l’Iran d’aujourd’hui.

On sait quelle place occupe le sexe féminin dans ce pays. Aucune, car elles sont coupables d’avance : elles sont coupables à la naissance parce qu’elles naissent filles. Et puis elles sont coupables, même si elles sont les victimes parce qu’elles sont des femmes. Peu importe les circonstances, l’âge, les causes et les motifs. Le couperet tombe et la sentence est sans appel. Elles sont condamnées à mort ou à la lapidation. Les prisons sont encombrées aussi de jeunes filles dénoncées à tort par leurs propres mères, une manière de les mettre à l’abri d’un monde extérieur tellement hostile.

Après avoir lu le résumé qui m’intéressait énormément car il s’agit de la cause des femmes, j’avoue m’être posé la question : « Comment sera structuré ce livre ? » Je lis que cette petite fille a été violée très jeune et que la seconde fois elle se défend et poignarde son agresseur, elle risque la peine de mort. Nazanin est mineure à l’époque des faits. Très loin de là au Canada, une ancienne finaliste Miss Monde en entend parler et va tout faire pour tenter de la sauver. Son prénom ? Nazanin, simple coïncidence. Je me suis demandé si Nazanin (la miss) écrivait ce livre à titre personnel, un peu pour faire parler d’elle (pour redorer son blason de Miss ?) ou pour vraiment aider cette enfant qui n’a commis qu’une seule faute, celle d’être de sexe féminin.

Nazanin Afshin-Jam a coécrit cette histoire vraie avec Susan McClelland et c’est un petit chef-d’œuvre. C’est d’une plume humble, généreuse et sans voyeurisme que ces deux femmes nous transportent en Iran. Mais auparavant, l’autrice revient sur cette année 2003, où elle est attendue à Hong-Kong pour participer au concours Miss Monde. D’une écriture sans prétention, mais évidemment pleine de bonheur malgré tout d’obtenir la seconde place elle raconte son parcours, des anecdotes, la vie de paillette et de strass. À partir de ce titre, elle participe à beaucoup d’œuvres caritatives, elle est sollicitée chaque jour, des centaines de mails l’attendent dans sa boîte et peu à peu, elle n’éprouve plus la même joie à y répondre. Elle se démoralise devant tant de prières car elle est impuissante, elle ne peut pas satisfaire tous ces gens anonymes qui l’implorent. Et puis, d’origine iranienne, ayant fui le pays avec sa famille, elle reçoit aussi des menaces, les femmes l’acclament, mais les hommes détestent que leurs femmes s’affichent ainsi. Elle veut faire quelque chose de concret, mais comment ? Jusqu’à ce mail lui racontant qu’une fillette attend son exécution dans les couloirs de la mort en Iran.

L’autrice va se poser une question : « comment peut-elle mettre sa notoriété au service de cette jeune fille ? » Le combat s’annonce rude car elle sait qu’elle est toute petite face au gouvernement de Téhéran, rien à voir avec des fonds qu’on récolte pour des orphelins ou autre catastrophe naturelle ! Puis Nazanin (la Miss) s’efface pour nous faire découvrir l’univers de la petite Nazanin Fatehi de sa naissance en 1998 (sa mère et son père Habib voulaient un garçon !). Une vie rude sans amour. Son père blessé par balle restera handicapé et c’est sa mère qui rapporte l’argent à la maison. Pas pour longtemps, car le père ayant une autre femme, une autre famille, prend tout l’argent de Maryam pour les nourrir. Il fume le taryak, boit et bat Nazanin et les autres quand il revient. Et puis le viol dont elle est victime, à qui peut-elle en parler (elle a 10 ans), elle sait le sort qui lui est réservé il faut bien laver l’honneur de la famille ! Elle se taira.

Je suis très émue tout au long de ma lecture. L’autrice dégage tellement de compassion, de recul d’elle-même pour qu’on puisse se mettre à sa place comme un spectateur pour comprendre la mentalité de ce pays qu’est l’Iran, la difficulté d’être une petite Nazanin même à des milliers de kilomètres de là. La nouvelle agression dont est victime Nazanin survient quelques années plus tard, mais elle se défend et veut défendre son amie. C’est fini, elle est condamnée fin de l’histoire. Mineure ou pas, où est la différence, une femme ne vaut rien.

Du jour où Nazanin (la Miss) eût vent de cette tragique affaire, elle va mettre tout en œuvre comme si sa vie en dépendait. Elle n’oublie pas qu’elle vient de là-bas, son père lui a raconté leur vie d’avant. Alors, elle agit : pétitions, contacts avec des femmes très influentes comme Rania de Jordanie ou Benazir Bhutto et de généreux donateurs, les médias locaux pour atteindre ensuite une couverture médiatique la plus importante possible. Il faut mettre en avant les droits de la personne sans que ça tourne à la version politique. C’est captivant et toujours ce côté de la personnalité de Nazanin (la Miss) qui s’investit dans une cause quasiment perdue d’avance avec respect, humilité et amour. Quelle leçon !!!

Jusqu’à sa libération, elle sera là, dans l’ombre. Elle vit la libération de Nazanin un soir à Téhéran, elle-même étant à Vancouver un matin.

« Nazanin apparut finalement vêtue d’une robe noire et la tête recouverte d’un foulard de la même couleur. »

Je laisse aux futur(e)s lecteurs (trices) les dernières pages à découvrir, intimes et émouvantes. Merci, Nazanin, de montrer au monde qu’une Miss peut être belle et souriante, mais aussi pleine d’humanité, intelligente et remplie d’amour pour son prochain.

Nazanin Afshin-Jam, Miss World Canada, 2003

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