Août 022018
 

Ecrit par l’autrice Léa Frédeval. Réédité aux éditions Bayard le 23 mai 2018.

Un grand merci à la maison d’édition pour cette découverte. 


Résumé

« Elle a 22 ans, habite Paris et fait partie d’une jeunesse abonnée aux petits boulots depuis longtemps pour financer ses études, puis pour faire face au chômage une fois que celles-ci touchent à leur fin. Léa Frévedal ne prétend pas être représentative de l’ensemble de cette génération que l’on a pu appeler « Y » tant elle semble branchée en permanence, mais d’une catégorie bien réelle pour autant. Elle revendique surtout la spécificité de cette jeunesse par rapport à ceux qui la précèdent et qui selon elle, en ignorent presque tout, tellement ils tentent de la rapprocher de leur propres expériences.Car le monde a changé, et sans doute cette génération est la première à « galérer » sans pouvoir forcément nourrir l’illusion d’un avenir meilleur, obligée à une lucidité que lui impose les parents, les professeurs comme les médias.Ce livre, écrit avec les mots de cette jeunesse écorchée, souvent drôle, souvent triste aussi, voudrait donner une autre image que celle d’un groupe de jeunes naïfs et insouciants. Il voudrait que soit reconnue la difficulté singulière d’être jeune dans un monde en crise. Il voudrait enfin faire remarquer l’élan, l’énergie, la créativité qui existe malgré tout et fera le monde de demain. »


Mon avis

J’ai accepté de lire ce témoignage, très gentiment proposé par la maison d’édition, malgré que ce type de récit ne m’interpelle habituellement pas. J’aime beaucoup sortir de mes sentiers battus pour découvrir d’autres genres et ce fut une jolie surprise.

Léa Frédeval écrivait des billets dans un blog sur son quotidien d’étudiante en galère. Ses milliers de vues lui ont valus d’être repérée par la maison d’édition Bayard qui lui a proposé d’en faire un recueil. Elle a alors eu la chance de pouvoir s’exprimer, de faire connaitre les situations complexes qu’elle vivait au quotidien. Passé la joie immense, il y a aussi eu l’angoisse de capter un lecteur, le projet était beaucoup plus ambitieux qu’un blog ! mais elle a relevé le défi avec brio.

 » Il n’est pas non plus précisé qu’à partir du moment où la vie nous rend autonome (que l’on soir prêt ou non), il n’y a plus rien  entre elle et nous. Plus de filtre, plus de bouclier, plus de pare-brise. […] C’est ainsi que l’on comprend que le monde n’est pas là pour nous soutenir. Non, il est là pour nous éprouver. »

Dans cette autobiographie, elle nous fait part de son vécu d’étudiante parisienne lambda, contrainte de cumuler différents boulots sous-payés pour financer son logement et sa ration quotidienne pour survivre. Ce témoignage se découpe en plusieurs chapitres courts que l’on peut laisse puis reprendre facilement.

J’ai beaucoup apprécié sa plume, nerveuse, qui va droit au but. Elle ne passe pas par quatre chemins pour nous emmener à notre destination. Ses mots percutent et font réfléchir. J’ai relevé de nombreuses citations qui m’ont marquée, car elles sont proches de ce que je pense ou pensais lorsque j’étais moi-même étudiante.

Cependant, je me suis retrouvée dans son discours à peu de reprises. J’ai vécu trois années d’études post-bac à Rennes, mais j’étais boursière. Fait non négligeable ne serait-ce que pour le logement ! Mais au moins, je mangeais correctement et pouvais rentrer en train chez moi chaque week-end. Ma bourse ne servait qu’à ça. À côté de ça, durant trois ans j’ai travaillé dans un fast-food chaque weekend et à chaque vacance scolaire. Durant trois ans je n’ai quasiment pas eu de semaine de vacances et autant vous dire qu’avec les examens, c’était éreintant ! Mais j’ai tout de même extrêmement bien vécu ces années-là. Ma paye n’était destinée qu’à mes loisirs donc je n’ai pas eu à me plaindre même si ça ne volait pas haut.

« Cela étant dit, nous avons une foi inébranlable en la débrouille. On galère oui, mais on reste heureux. On trouve des feintes, on se démerde et on se sert les coudes. Nos coudes de pauvres qui, eux, restent gratuits. Comme le fantasme, le rêve, l’humour et la solidarité. »

J’ai trouvé que la morosité de ses expériences professionnelles était un peu exagérée. Moi non plus je n’avais pas beaucoup d’argent avec mon job, mais je n’étais pas « sous-payée », un taux horaire au SMIC et avec peu d’heures, mais nombreux sont les adultes au SMIC également… J’ai personnellement pris beaucoup de plaisir avec mes collègues et me suis fait de bons amis. Léa Frédeval m’a donné l’impression que le monde du travail en étant étudiante était une vraie misère. Moi je n’ai eu que des patrons sympas à cette époque-là et aucun manque de considération de leur part. J’espère que les adolescents n’iront pas chercher du boulot à reculons en lisant son histoire, car vraiment, c’est quelque chose de très formateur aussi de travailler le plus tôt possible. Le monde du travail ne fait pas de quartier c’est vrai donc mieux vaut se prémunir rapidement !

Par ailleurs, j’ai aussi trouvé qu’elle se reposait beaucoup sur le triste climat économique de notre pays. Personnellement je n’ai jamais considéré mon statut d’étudiante comme un frein pour évoluer dans la société. Je ne me suis jamais considérée au bas de l’échelle parce qu’« étudiante ». Au contraire, j’avais plutôt la sensation que l’avenir était entre mes mains et c’était grisant ! Peut-être ne suis-je pas objective parce que j’avais une bourse et un logement peu excessif ! Mais sur la longueur du roman, j’ai trouvé ça un tantinet trop facile d’accuser les autres non-stop de sa propre galère.

« J’aime à croire que l’alcool nous offre la possibilité d’être autre. Pas toujours quelqu’un de meilleur. Rarement quelqu’un de raisonnable. Souvent celui que nous ne pouvons, ne voulons être. Un soir j’ai accouché de mon double maléfique : Toufik. […] Quand Toufik survient, c’est que j’en ai ma claque d’être celle que je suis. »

D’autant qu’elle dépeint une jeunesse qui n’est pas celle de tout le monde. Ici tout y passe, les soirées, l’alcool, le sexe, la drogue… Forcément c’est compliqué de concilier boulot et études en se couchant ivre morte tous les quatre matins… D’autant que tout ça, ça coûte des sous aussi donc ne pas trop se plaindre de ne manger que des pâtes et d’aller s’habiller aux puces… mas bon, chacun ses priorités !

Même si j’ai beaucoup aimé sa plume, ce qui est pour moi le plus important, je n’ai pas trouvé que la jeunesse qu’elle décrit est la plus représentative de notre société. A lire tout de même pour tenter de comprendre ses contemporains 😀

« Pense aux derniers mots de Mufasa : « N’oublie pas qui tu es ». Sauve toi sans écraser les autres. Sois confiant parce que tu n’as que ça. Autorise-toi à rêver, profite de la moindre des épiphanies, du moindre des instants heureux que tu te donnes à vivre. Agis pour toi et personne d’autre parce que n’oublie jamais une chose : la seule personne avec qui tu vivras toute ta vie, c’est toi. »

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