Ecrit par l’auteur algérien Boualem Sansal. Publié aux éditions Gallimard le 20 août 2015

Livre reçu grâce aux Match de la Rentrée Littéraire sur Priceminister ! #MRL15 #PriceMinister

12496247_10208834540161846_6699146402528120080_o

Résumé

« L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, «délégué» de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions.
Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion…
Boualem Sansal s’est imposé comme une des voix majeures de la littérature contemporaine. Au fil d’un récit débridé, plein d’innocence goguenarde, d’inventions cocasses ou inquiétantes, il s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties. »

Mon avis

 LIVRE I

Ati, notre personnage principal est en passe de revenir dans sa ville natale, Qodsabad, capitale de l’Abistan. Il était en effet depuis deux longues années dans un sanatorium dans la montagne de l’Ouad, une contrée déserte et reculée de toute forme de civilisation. Ce qui marque le plus ce premier chapitre c’est sa prise de conscience. En effet, il entend des rumeurs concernant une « frontière » qui remettrait en doute la toute puissance de cet état totalitaire. Les abistanais ne seraient-ils donc pas seuls ? Existerait-il un pays voisin où les habitants seraient libres de penser et d’agir selon leur conscience et non selon la religion ? Ati se pose beaucoup de questions et son voyage initiatique de retour en compagnie de Nas, un enquêteur de l’administration des archives, ne fera que renforcer ses doutes.

« La route interdite!…. la frontière !… Quelle frontière, quelle route interdite ? Notre monde n’est-il pas la totalité du monde ? Ne sommes-nous pas chez nous partout, par la grâce de Yölah et d’Abi ? Qu’a-t-on besoin de bornes ? Qui y comprend quelque chose ? »

Ce long chapitre, nous décrit l’Abistan et la religion qui régie ce pays. Leur Dieu s’appelle Yölah et leur messie : le « délégué » est Abi. Il apparaît clairement que l’Abistan est un pays arabe, les coutumes, traditions et les décors dans lequel nous plonge ce récit est assez précis pour que l’on s’imagine de quel type de pays il s’agit.

S’agissant de Nas :

« C’est son regard qui attira celui d’Ati, c’était le regard d’un homme qui, comme lui, avait fait la perturbante découverte que la religion peut se bâtir sur le contraire de la vérité et devenir de ce fait la gardienne acharnée du mensonge originel. »

LIVRE II

Ce chapitre se concentre beaucoup plus sur les règles qui règnent sur cette société totalitaire. Un passage traite des Civiques : « des comités de vigilance formés par des citoyens ». Ces regroupements sont présents pour dénoncer son voisin, des Civiques de tout et n’importe quoi existent et font régner une terreur sans nom sur les populations : Civiques des moeurs, Civiques anti-oisiveté… On est beaucoup dans l’excès, dans un régime totalitaire certes mais exagéré. Tout comme dans 1084 de Georges Orwell, la liberté d’expression n’existe plus mais ici on ne s’inspire pas d’un régime stalinien ou hitlérien, non on s’inspire d’une religion proche de l’Islam et je n’ai absolument pas apprécié la comparaison.

L’auteur évoque également la langue officielle de l’Abistan, une langue monosyllabique et concise, ou la majorité du vocabulaire à été supprimée pour que les habitants ne développe aucune pensée rebelle.

J’ai trouvé ce chapitre plus intéressant mais toujours aussi dégradant envers cette forme d’Islam. Certains diront qu’il pourrait s’agir de n’importe quelle religion je ne suis pas d’accord, il faut bien lire le roman et on devine que le christianisme n’a rien à voir là-dedans!

LIVRE III

Le récit à vraiment commencé à me perdre ici. Ati se découvre un acolyte : Koa. Ensemble ils discutent et en viennent aux même conclusions : Yölah est une invention pour aider le gouvernement à contrôler les populations. Avant Yölah les populations étaient libres, les découvertes de Nas l’attestent, il y a un ailleurs. Les deux amis décident donc de se rendre discrètement dans l’Abigouv, retrouver Nas, est-il encore vivant ? Le voyage est long et pénible, ils découvrent peu à peu une réalité qui les effraient. D’autant que leur sécurité est désormais très compromise maintenent qu’ils ont quitté clandestinement leur ville. Il est très dangereux de poser des questions et de remettre en cause un fait tel que la Religion. Le récit commence à être vraiment long à partir de là, autant le début nous apprend tous les codes de ce régime totalitaire, maintenant il s’agit seulement d’une course-poursuite où se mêlent beaucoup de personnages et d’intrigues.

LIVRE IV

De nouveaux personnages font leur apparition. La vie d’Ati est de plus en plus en danger, il n’a plus qu’un seul objectif : trouver la Frontière et s’enfuir. Ils sera condamné à mort si les autorités l’attrapent. Il sait désormais quelle vérité se cache derrière le texte sacré du Gkabul. Malgré la plume de l’auteur qui est vraiment sublime, franchement j’ai vraiment été perdue dans cette fin de récit. J’ai relu certains passages plusieurs fois, on se mélange les pinceaux avec les tous les noms qui font leur apparition, on ne sait plus trop qui est qui et j’ai horreur de cela.

« Ils convinrent honnêtement que le grand malheur de l’Abistan était le Gkabul : il offrait à l’humanité la soumission à l’ignorance sanctifiée comme réponse à la violence intrinsèque du vide, et, poussant la servitude jusqu’à la négation de soi, l’autodestruction pure et simple, il lui refusait la révolte comme moyen de s’inventer un monde à sa mesure, qui à tout le moins viendrait la préserver de la folie ambiante. La religion, c’est vraiment un remède qui tue. »

EPILOGUE

L’épilogue est constitué d’articles de presse (fictifs bien sur) et donne à ce roman d’anticipation toute la crédibilité qui lui est du. J’ai trouvé la fin adéquate pour ce récit, ni trop peu et pas assez d’informations je pense que c’est la fin que le lecteur attend. Pour conclure avec ce roman je dirais que l’auteur nous offre une version de l’Islam vraiment triste et dangereuse. Je sais que ce n’est en aucun cas ce qu’il cherche à nous prouver, lui-même étant algérien, dans plusieurs interviews il affirme son amour pour son pays natale. L’islamophobie gagne beaucoup de terrain de France, faute à la triste actualité, je ne pense pas que d’offrir un roman tel que celui-ci au lecteur offre de l’espoir, au contraire. De plus, l’écriture est tout de même complexe, malgré de jolis passages il y a tout de même beaucoup de lourdeur dans la narration qui rendent les pages indigestes.

Je suis heureuse d’avoir découvert ce roman de la rentrée littéraire et heureuse de découvrir un nouvel auteur avec un récit original. Mais je ne le recommanderais pas à tout le monde il faut vraiment le prendre au second degré si on ne veut pas tomber dans la paranoïa.

2_coeurs

Boualem Sansal