Jan 242018
 

Ecrit par Adel et Hadil El Hussein, avec la contribution de Célia Mercier. Publié aux éditions Flammarion le 10 janvier 2018.

Je remercie du fond du coeur les Editions Flammarion pour leur confiance et pour le partage de ce roman d’une sincérité époustouflante et tellement émouvante.


Résumé

« «Nous partons demain aux premières lueurs de l’aube. Le passeur nous a donné rendez-vous à 3 heures du matin. Il viendra nous chercher à l’entrée du camp où nous vivons. Nous partons pour un long voyage.»
En 2011, la guerre civile éclate en Syrie. Pris dans une spirale de violence qui les dépasse, des milliers de citoyens fuient leur pays. Parmi eux, Adel et Hadil, deux Kurdes.
Le couple se rencontre sur les routes de l’exil. Menacés par l’État islamique et son cortège d’horreur, ils veulent rejoindre l’Europe malgré l’incertitude. Simplement parce qu’ils veulent vivre. Accompagnés du petit frère d’Adel, ils se lancent dans un périple rythmé par la peur, la faim et l’épuisement. Ils atteindront finalement la France, où il leur faudra encore trouver leur place.
À travers leur histoire singulière, et pourtant universelle, Adel et Hadil nous racontent le déchirement du départ. Un récit sincère, profondément humain, qui nous bouleverse et nous interpelle. »


L’avis de Caïtelhor

15 mars 2011, la guerre éclate en Syrie. Une guerre civile destructrice qui continue à faire rage. A la base, que voulait le peuple syrien ? Juste un peu plus de démocratie. Il ne faut pas oublier que les révolutions en Tunisie et en Egypte avaient donné l’exemple et beaucoup influencé ce pays opprimé. Des milliers de citoyens vont fuir leur pays. Fuir juste pour vivre, fuir en sachant que tous n’arriveront pas à destination, qu’ils devront affronter la faim, la peur, l’épuisement et pire encore. Ils veulent rejoindre l’Europe mais restent plein d’angoisse et d’incertitude. Seront ils acceptés ? Détestés ? Rejetés ? Arriveront-ils jusque là ? Nul ne sait mais mieux vaut l’incertitude à la mort. C’est le sort de Hadil, jeune fille de 15 ans, Adel son mari de 23 ans et le petit frère de celui-ci.

Adel est originaire de Set Zaynab près de Damas. Il est Kurde et Maktoum. Cela signifie qu’il n’a aucune existence politique et civique officielle, il n’a pas le droit à l’éducation, il est apatride. En un mot il n’est PERSONNE. Qui peut vivre ainsi ?? Il sait que « le gouvernement empêche les Kurdes de réaliser leurs rêves », alors « pourquoi rester ici puisqu’il n’a pas d’existence ? ». Il commence à manifester et est identifié par des agents du régime. En danger, il choisit de fuir en direction du Kurdistan Irakien.

Au nord du pays où a grandi Hadid, même scénario. Née en 2000, elle est plus jeune et ne vit pas les événements, ni la révolution de 2004 de la même manière. Pourtant, la famille fuit la région de Qamishlo où les tensions grondent, où les émeutes se succèdent. Ils s’installent à Damas. Quand Hadil a 12 ans, la guerre civile est à leur porte. Les enlèvements de jeunes filles se multiplient, les explosions de voitures piégées aussi. Cette fois-ci, la famille quitte le pays.

On va vivre leur périple ensemble, on a plus envie de les quitter, c’est pourquoi j’ai lu ce livre en quelques soirées. On est là lorsqu’ils se rencontrent sur le camp de Domiz au Kurdistan Irakien où des milliers de Kurdes syriens sont entassés dans des tentes de fortune. Notre jeune couple est désemparé devant l’ampleur de la misère qui y règne mais « au moins, ici, nous ne mourrons pas sous les bombes, seule la pluie tombe du ciel ici ». Ils se marient sobrement dans la peur car l’E.I n’est qu’à deux heures du camp et les révélations de leurs exactions et de leurs atrocités arrivent jusqu’à eux. A nouveau, il faut partir et quitter le pays. C’est le moment, car Angela Merkel ouvre les portes de l’Allemagne. Mais Hadil a peur, Adel aussi, mais ils n’ont plus le choix. Hadil a devant les yeux la photo du petit Aylan Kerdi, mort sur la plage. Elle a peur de mourir noyé, les passeurs sont tellement véreux.

Dans la tourmente de leur voyage forcé, j’ai ressenti beaucoup d’émotions. Leur histoire va plus loin, elle est celle de tous les réfugiés et il ne faut pas oublier qu’ils sont tous des victimes. Ce n’est pas un roman voyeuriste, l’écriture est incisive mais honnête. Au travers de ces deux jeunes gens, c’est toute l’histoire de la Syrie depuis 2011 et la journaliste Célia Mercier a tout compris. Avant d’entreprendre la lecture, on découvre une carte de la région car elle est vaste et tout au long du récit on retrouve des notes explicatives non négligeables. Hadid, Adel et son frère ne veulent pas qu’on pleure sur leur sort, ils veulent juste avoir une chance de vivre libre.

Le 11 novembre 2015, ils arrivent en France et le parcours du combattant ne fait que commencer, la barrière de la langue est un très grand handicap. Ha ! La communication !

A la banque postale à Corbeil, pour ouvrir un compte bancaire à Adel. Il manque la date de mariage, mais comment communiquer ? « Je me suis tourné vers mon ami marocain. Je lui ai traduit en espagnol le souhait de la banquière. Il l’a communiqué en arabe à Adel qui lui a donné l’info. Il ne me restait plus qu’à la recevoir en espagnol pour la servir en français à la dame qui sur son écran à rempli la case correspondante. Ca l’a fait rire et nous aussi ! »

Pourtant sur leur chemin de misère, un couple de retraité Charles et Elizabeth Condamines membres de l’association d’aide aux réfugiés de la ville, va leur venir en aide. Quelle belle leçon d’humanité, de solidarité et d’entraide ! Considérer « l’autre » juste comme son « semblable », le respecter et ne pas le juger. Lui faire confiance. Je veux rester sur cet aspect positif de l’être humain et qu’on réfléchisse sur cette phrase lourde de sens :

 « Le communautarisme si souvent dénoncé est plus souvent qu’on ne le dit une réaction à l’attitude de la société d’accueil. C’est toujours entre deux mondes que la partie se joue ».

Ma lecture se termine par une note très positive avec la naissance de la petite Bérivan. Tout un symbole d’espoir et de re-naissance pour Hadil, Adel et son frère.

Une pensée pour le petit Aylan, retrouvé décédé sur une plage

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