Ecrit par l’auteure israélienne Ayelet Gundar-Goshen. Publié aux éditions Presses de La Cité le 25 août 2016.

Un grand merci aux éditions Presses de la Cité pour cette magnifique découverte !

Résumé

« 1939. Zeev Feinberg et Yacoov Markovitch quittent leur petit village de Palestine, direction l’Allemagne, où ils ont pour mission d’épouser de jeunes Juives afin de les sauver des griffes des nazis. De retour chez eux, ils leur redonneront leur liberté en divorçant. Mais si Zeev a bien l’intention de retrouver la femme qu’il aime et son enivrant parfum d’orange, Yacoov, lui, ne tient pas à laisser partir Bella, « la plus belle femme qu’il ait vue de sa vie ». Cette dernière est pourtant déterminée à s’en séparer… »

Mon avis

J’ai reçu ce roman en service de presse, par surprise dans la boite aux lettres et j’en remercie très chaleureusement les éditions Presses de la Cité. D’un premier abord je ne me serais pas intéressée à cet ouvrage, à cause malheureusement de la couverture qui ne m’inspirait pas du tout. Puis le résumé m’a charmé, l’auteure est israélienne et nous narre une histoire qui se déroule en Palestine en 1939, époque de la création de l’Etat d’Israël. La pays conté est le genre de dépaysement que j’apprécie beaucoup et les faits historiques qui tissent la trame de fond : le mariage de jeunes juives d’Allemagne à de jeunes Palestinien, en vue de leur liberté, a suffit à me convaincre.

L’intrigue se déroule donc dans un décors hors de nos frontières, un décors de guerre, triste, cruel mais aussi très romanesque. L’auteure fait l’éloge des petits villages, des agriculteurs et du goût exquis de leurs oranges et leurs pêches. Elle nous narre le quotidien de ces villageois, de la curiosité des femmes, de l’infidélité des uns et des autres, de la solitude des épouses lorsque les maris partent en guerre et des rires et pleurs des bébés qui rythment ce quotidien sous une forte chaleur.

Trois couples sont mis en avant. Yacoov et Bella Markovitch forment le couple le plus mal assorti et le plus triste. Lui, attise notre pitié et notre colère car au retour d’Allemagne il refuse d’accorder le divorce à sa femme pour la libérer. Elle est en effet la femme « la plus belle qu’il ait jamais vu de sa vie ». Elle fuira sans qu’il ne la rattrape mais reviendra enceinte car il dispose d’un logement convenable pour un enfant. Il acceptera le bébé et l’élèvera comme le sien, tout, pourvu qu’elle reste sous son toit. Leur maison sera désertée de toute chaleur, le regard froid de Bella pour son époux ne faiblira jamais. Elle le haïra profondément chaque jour passé dans son sillage. Malgré les épreuves, malgré le quotidien, malgré son amour pour elle.

Le deuxième couple, est le plus émouvant. Zeev et Sonia Feinberg. Malgré le désir de plaire à toutes les femmes, Zeev n’aura d’yeux que pour Sonia. Une femme forte et déterminée, indépendante et fière. Les infidélités de l’un comme de l’autre ne terniront pas cet indéfectible amour qui arrachera au lecteur des soupirs d’aise et de compassion, malgré l’intrusion d’une troisième personne dans le cercle de leur amour : Efraïm, le Numéro deux de l’Organisation, chargé des plans de guerre.

Enfin le troisième couple est un peu en marge des deux autres, il s’agit de Rachel et Abraham Mandelbaum. Des voisins qui auront à un moment ou un autre une influence notable sur les habitant du village.

Nous suivons ces personnages au travers de la guerre, au travers de leurs amours et du destin de leur pays. C’est une fresque magistrale et magnifique qui nous immerge dans des contrées tantôt arides, tantôt verdoyantes. En mer ou sur terre, les destins tragiques des protagonistes nous incitent à tourner les pages, avant, pendant et après la guerre. Avant, pendant et après la naissance des enfants qui ponctueront de notes drôles et émouvantes leur quotidien.

J’ai réellement été happée et envoûtée par la plume poétique de cette auteure que j’ai pris grand plaisir à découvrir. Auteure que je vous conseille vivement si vous aimez ce genre de romans contemporains.

Un somptueux coup de cœur pour un somptueux roman.

5_coeurs

L’avis de Caïtelhor

Je reste dans un premier temps stupéfaite, car je lis que l’autrice, dont c’est le premier roman, est partie d’un fait authentique qui s’est déroulé en 1939. C’est une histoire folle ou bien une fable amusante (vu le contexte) à chacun de voir !

Je ressens cette histoire aigre douce d’un point de vue surtout nostalgique. Comme on la lit à la troisième personne, j’ai plus eu l’impression d’observer les personnages que de m’identifier à eux. L’autrice a une jolie plume vivante et chacun des protagonistes a son rôle propre, accrochant jusqu’au dénouement. J’ai trouvé quelques lenteurs malgré tout au début vite oubliées au fil des pages. La dernière partie m’a beaucoup émue lorsqu’on se trouve face au destin de leurs enfants, Zvi, Yaïr et Naama. La boucle est bouclée.

C’est un roman « rubik’cube », multiples personnages, multiples époques, multiples facettes et un joli lot de rebondissements ! Malgré le contexte en temps de guerre, on retient plutôt les histoires de couple où se mêlent l’amour, la haine et la douleur.

L’histoire met en situation deux hommes. Zeev Feinberg séducteur moustachu et son acolyte Yaacov Markovitch, homme terne et sans ambition sont envoyés par le chef de leur organisation clandestine en Allemagne. Le but, épouser de jeunes juives et les ramener dans leur pays la Palestine afin de les sauver de la cruauté nazie. L’opération ne comporte aucun risque et la vie de chacun reprendra normalement son cours après leur divorce respectif ; Zeev retrouvera sa chérie Sonia et l’épousera immédiatement et Yaacov retournera à sa vie insipide. Sauf que Bella Zeigerman, l’élue de ce dernier, lui apparaît comme « la plus belle fille qu’il ait jamais vue ! » Il tombe raide dingue de celle-ci au premier regard et il va prendre la plus importante décision de toute sa vie : NON ! Il ne divorcera pas ! Il ne divorcera jamais ! Ni les menaces, ni les pleurs, ni les fugues de Bella ne l’atteindront, il acceptera tout, même l’enfant qu’elle porte. Au contraire, la prison se refermera (par amour) sur Bella qui le rejettera toute sa vie.

« Pour être honnête, les jolies femmes ne manquaient pas autour de lui : Rachel qui se lamentait sur ses fils, Esther qui sauvait son peuple, Yaël aux seins dressés qui brandissait la tête de Sisera. Mais une femme en chair et en os, avec du sang et non de l’encre dans les veines, une telle femme ne s’était pas approchée de lui depuis fort longtemps. »

On va suivre leur cheminement dans la vie semée d’embûches et de désespoir. À leur côté se greffent Sonia, Zeev et Efraïm numéro 2 de l’Organisation et élément perturbateur de leur amour ainsi que Rachel et Abraham le boucher. Chacun tient un rôle dans la vie de l’autre. On retient une chose aussi tout au long de ce joli roman, le parfum d’orange et de pêche qui se mélange et qui se passe d’une génération à l’autre.

J’ai vraiment apprécié ce roman, car les personnages sont attachants, l’autrice les met dans des situations parfois cocasses (je pense à Sonia face à la mer vociférant après son homme !). La toile se tisse entre les trois couples et des liens indéfectibles se tissent. On est donc obligé d’avancer dans l’histoire pour connaître leur devenir. Bella et sa haine féroce face à Yaacov le naïf, Rachel et Abraham Mandelbaum le mari cocu(fié) qui aimerait tant utiliser son couteau sur le mari de Sonia pour se venger ! Oui, tout se trame sur fond de guerre mais on ne retient pas trop cette époque terrible, je dirais (c’est mon propre avis) qu’elle sert plutôt à planter le décor. C’est une belle histoire à travers deux générations puisqu’on a le plaisir de suivre l’évolution des enfants Naama et Yaïr Feinberg et Zvi Markovitch, bien vu !

Ayelet Gundar-Goshen