Roman écrit par l’auteur allemand Harald Gilbers. Publié aux éditions KERO le 19 mars 2015

Je remercie chaleureusement cette maison d’édition pour ce partenariat !

Résumé

« Berlin, été 1944. De jeunes femmes sont retrouvées mortes, nues et mutilées, devant des monuments aux morts de la Première Guerre mondiale. Contre toute attente, le SS-Hauptsturmführer Vogler fait appel à Richard Oppenheimer, l’ancien enquêteur star. Pourtant Oppenheimer est juif et donc officiellement interdit d’exercer… Tiraillé entre son quotidien misérable dans une  » maison juive  » et le confort que lui offre son nouveau statut, Oppenheimer est de plus en plus inquiet. Tous les indices pointent vers un assassin appartenant à l’élite nazie, si Oppenheimer échoue, son destin est scellé. Mais n’est-il pas encore plus dangereux de démasquer le coupable ? Pendant les derniers jours du Reich, les tensions sont à leur comble… Lauréat du prestigieux prix littéraire Glauser du meilleur premier roman policier en Allemagne. »

Mon avis

L’auteur a effectué de grandes recherches pour ce roman et cela s’en ressent. On voit Berlin, telle qu’elle était pendant la guerre : détruite par les bombes des alliés, on l’a voit pleurer ses propres citoyens. C’est très courageux d’écrire un roman de ce genre là, avec un point de vue interne. Peu d’éléments historiques sur l’envers du décors du Reich nous ont été appris à l’école, l’auteur a su ici, nous offrir une nouvelle version du nazisme. Germania est la ville rêvée d’Hitler et de son parti, une ville indestructible et pérenne aux couleurs de leurs idéaux. Malheureusement, ce n’est pas encore le cas. Ici nous évoluons dans une ville qui sent la cendre, une ville voilée par la poussière d’immeubles détruits. Quand je parle de l’envers du décors, je parle surtout de tous ceux qui désapprouvaient Hitler, même dans son propre camps. On a rarement affaire à ce type d’idée et j’ai été ravie qu’on en parle enfin! Non, ses sbires ne l’adulaient pas tous! Sa place était la plus convoitée et l’intérieur du Reich ne se composait que de jalousie, de convoitise… Le peuple également, a préféré sauver sa peau plutôt que de montrer au grand jour son désaccord. Tout ceux qui étaient contre Hitler était mort, on comprend la résignation des citoyens.

C’est dans ce décors là qu’évoluent nos personnages. Richard Oppenheimer est un ancien commissaire, radié pour cause de juiverie. Ayant déjà eu affaire à des psychopathes dangereux, il va être appelé à travailler avec le SS-Hauptsturmführer Vogler. Ces deux là n’ont rien pour s’entendre mais malgré tous les préjugés, vont réussir à travailler ensemble ou presque ! Cette relation bien que déroutante, est également affectée par les non-dits et par les secrets. Ils sont à la poursuite d’un homme qui kidnappe, séquestre et massacre de jeunes femmes qu’il juge de petite vertus. C’est un cerveau malade qui prend comme cause du malheur du pays : les prostitués. Il mutile ainsi leurs organes génitaux et dépose leur cadavre face à des monuments commémoratifs de la première guerre mondiale. L’enquête est malgré tout un peu longue, il m’a manqué quelques éléments perturbateurs pour la relancer et me donner l’envie d’en lire davantage. Les autres personnages qui gravitent autour d’Oppenheimer sont également très attachants, notamment Hilde que j’ai beaucoup aimé. Pour lui comme pour ses proches c’est au quotidien une question de vie ou de mort, la menace de la déportation est toujours extrêmement présente.

C’est un excellent roman si l’on considère l’approfondissement de son contexte historique. La plume de l’auteur est également fluide et à portée de chaque lecteur. Cependant, si je prend l’intrigue telle quelle, elle est un peu monotone. J’ai beaucoup pensé au roman de Michel Moatti – Blackout Baby, qui raconte aussi la poursuite d’un psychopathe à cette même période mais à Londres. Lire ces deux romans en parallèle c’est une magnifique expérience : nous avons les deux points de vue des deux pays ! Cependant, dans Blackout Baby nous avons le point de vue du meurtrier, nous voyons à travers les lignes comment il agit. Dans Germania, nous n’avons aucun détail sordide et on ne mesure pas toute l’horreur de la situation, c’est dommage !

Je le recommande quand même vivement, c’est un auteur à suivre !

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