Fév 272018
 

Ecrit par l’auteur Rod Nordland. Publié aux éditions Tallandier le 11 mai 2017.

Un immense merci aux Editions « TALLANDIER » pour le partage de cette magnifique histoire d’Ali et Zakia.


Résumé

« Tout les sépare. Leur religion, la loi afghane, leur tribu, leurs familles. Pourtant, pour Zakia, la sunnite, et Ali, le chiite, il est impossible de vivre l’un sans l’autre. Ils ont grandi ensemble dans la province de Bâmiyân mais lorsque l’amitié s’est muée en amour, les murs se sont dressés. Ceux de l’honneur et des traditions dictant le refus des pères à leur mariage. Alors les deux amants vont s’enfuir.
Une incroyable épopée commence à travers les montagnes de l’Hindou Kouch jusqu’à Kaboul, en passant par le Tadjikistan. Le père et les frères de Zakia à leurs trousses, Ali et Zakia braveront les menaces de mort, avec pour seuls alliés l’avocate d’une ONG, un journaliste américain passionné par cette histoire et surtout leur inébranlable détermination.

Comme la Prix Nobel Malala s’est mobilisée pour l’éducation des filles au Pakistan, Zakia et Ali sont devenus les symboles de la liberté et de l’espoir pour la jeunesse afghane. Une histoire palpitante et exemplaire, un hymne à l’amour et au combat pour le droit des femmes dans une région hautement chaotique. »


L’avis de Caïtelhor

Ali est chiite, d’ethnie hazara.

Zakia est sunnite, d’ethnie tadjike.

Tout les sépare. La famille, la religion, la loi afghane.

Ils ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre. « Lorsqu’il a cessé de la voir, de voir son beau visage, Ali a cru mourir. » ; »Ma vie n’avait plus de sens » se rappelle-t-il. »

      Quelle est la vie de Zakia et d’Ali dans leur famille ? Zakia est battue par ses neufs frères et sœurs. Son père refuse le mariage. Elle trouvera refuge, dans un premier temps, dans la famille d’Ali qui lui aussi subit la violence de ses frères. Elle sera obligée de partir pour rejoindre l’annexe locale du ministère pour les femmes. Cet organisme est là pour éviter aux jeunes femmes de se faire tuer par leur famille. Mais Ali la rejoint et ils choisissent la fuite. Tels Tristan et Iseult, ils se font le serment que si l’un d’eux meurt, l’autre mourra aussi, c’est leur destin.

       Le 21 mars 2014, ils fuient la région de Bâmiyân car Zakia a surpris une conversation entre son père et ses frères. Ils veulent la supprimer en l’emmenant dans la montagne… On n’est pas sans penser à la petite chèvre de Mr Seguin, version afghane… Quelle tristesse. Bien sûr, il faut se mettre en situation (enfin il faut essayer nous occidentaux) mais c’est aussi pour ça qu’il faut lire de telles histoires, pour comprendre enfin, pour apprendre la vie, la vraie vie de ces pays. Pourquoi ? Pour appréhender peut-être différemment les migrants qui quittent des situations de guerre, de famille, de religion alors que bon nombre d’entre eux veulent juste vivre dignement et en paix… Dans le cas de Zakia, c’est l’honneur de toute la famille qui est en jeu. Et ce que les hommes du clan s’apprêtent à faire n’est autre qu’un « crime d’honneur ». Ils n’ont pas le choix sinon c’est leur famille toute entière qui sera bannie de la communauté, à jamais.

    « C’est réellement tragique, mais la plupart des familles pensent de la sorte. Dès lors que les membres féminins de leur clan sont réputés avoir commis un méfait, au lieu de perdre la face devant la communauté, ils préfèrent les tuer ».

         En Mars 2014, Rod Nordland part à leur recherche et trouve nos deux fugitifs avant la police, avant la famille. Il va les exfiltrer jusque dans Kaboul mais ce n’est là que le début de leur longue et périlleuse cavale. Ils deviennent les symboles de la liberté et de l’espoir dans un pays où 4 ans plus tard, la situation est toujours à feu et à sang : Janvier 2018 trois attentats meurtriers la même semaine. Samedi 20 janvier, une ambulance piégée au centre de Kaboul : 103 morts 235 blessés. Dimanche 21 janvier, attaque à l’hôtel intercontinental de Kaboul : 25 morts 41 étrangers secourus. Mercredi 24 janvier les locaux de « Save the Children » à Jalalabad pris pour cible : 3 morts 27 blessés.

          C’est ça l’Afghanistan.

          Alors ? Qu’est ce que l’histoire de Zakia et d’Ali dans ce chaos ? Une banale histoire d’amour direz-vous sauf que là-bas on risque la mort. C’est la plume de Rod Nordland, envoyé spécial du New York au moyen orient, qui nous guide. Il sait de quoi il parle puisqu’il a passé plus de trois ans à la tête du grand quotidien de Kaboul. C’est grâce à lui, à une avocate d’une ONG, d’associations et un miraculeux donateur que nos deux amoureux parviendront à quitter leur pays. Respect à de telles personnes. C’est un roman bouleversant, extrêmement bien écrit, bien dosé et très instructif. On retrouve beaucoup de poésie et de poètes cités, des personnages d’histoires d’amour comme la leur, je pense à Shirin et Farhad. Les sonneries du portable d’Ali chaque fois différentes. Une en particulier du poète persan du XIIIe siècle Saadi Shirazi fasciné par les rossignols : « L’amour est ce que fait le rossignol pour le bien de la fleur, endurant les centaines de cruauté qui émanent de ses épines ».

      On peut se permettre dans un tel roman, puisqu’on connaît le dénouement (heureux de surcroît!) de se laisser emporter dans les champs de Surkhdar près de Bâmiyân. Je découvre en suivant la fuite de Zakia et Ali les deux Bouddhas hauts de 55 et 38 mètres. Vénérés par la population, ils furent comme bien d’autres monuments sacrés, détruits. C’est le mollah Omar, chef des Talibans qui ordonna leur destruction en 2001 à coup d’explosif.  

 Je traverse avec eux les montagnes de l’Hindou Kouch jusqu’à Kaboul en passant par le Tadjikistan. Outre leur calvaire, ils fuient la faim, la peur, le froid et la mort. L’auteur arrive à nous émerveiller (enfin moi en tout cas!) par les villes, les montagnes, les frontières qu’ils franchissent et la population hostile ou pas qu’ils rencontrent. On vit avec eux la naissance de leur petite fille neuf mois après leur fuite, toute petite et toute faible. « C’est la plus belle preuve que nous sommes mariés et maintenant ni le peuple afghan ni la nation ne peuvent rien contre nous. Nous l’avons notre preuve. »

      On débarque ensemble en mai 2016 à New York où personne ne les attend et où ils vont à nouveau se sentir seuls au monde et la peur au ventre. Mais leur bonne étoile les suivra jusqu’au bout et c’est un bénévole (encore), Jean Nihoul qui les prendra en charge. Il leur faudra attendre deux ans pour obtenir le droit d’asile.

      Merci de m’avoir fait découvrir cette histoire magnifique, c’est mon coup de cœur du mois. Je souhaite une longue et belle vie à Zakia, Ali et à leur jolie petite fille Ruqia.

Rob Nordland

 

 

 

   

 

 

 

 

 

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