Jan 192018
 

Ecrit par de Nadia El Bouga et Victoria Gairin. Publié aux éditions Grasset le 13 septembre 2017.

Un grand merci aux éditions Grasset pour leur confiance.


Résumé

« « Je ne suis pas un objet. Mais chaque mardi, à la radio, je parle sans tabou de sexualité, de fantasmes et d’orgasme. Je suis pratiquante et je porte le voile. J’intrigue, j’interroge, je dérange parfois. Si un objet voilé non identifié peut réconcilier l’Islam avec sa vraie nature, alors oui, je veux bien être cet objet-là. »
Nadia El Bouga est l’une des rares sexologues françaises et musulmanes. Dans son cabinet défilent des femmes et des hommes de tous milieux, de toutes cultures et de toutes confessions. Ce qui les réunit ? Le poids de la tradition, des interdits prétendument religieux et la cruelle absence d’éducation sexuelle…
A l’hôpital, où elle a exercé pendant dix ans en tant que sage-femme, le constat est le même : la sexualité est un tabou. A quarante ans, cette mère de deux enfants, qui porte le voile et revendique son attachement à la République et à la laïcité, représente un Islam éclairé, féministe et humaniste. Fille d’immigrés marocains, elle raconte l’histoire d’une jeunesse et d’une réussite française.
Des villages de l’Atlas aux sex-shops parisiens, des étés au bled à la nuit de Cologne, elle démonte un par un les clichés. Pourquoi les musulmanes sont-elles aujourd’hui maltraitées ? Comment plusieurs siècles d’exégèse masculine du Coran ont-ils placé les femmes sous tutelle? Avec son mari, lui aussi féministe, Nadia El Bouga a entrepris de retraduire le livre sacré et de dénoncer ces hadiths rédigés à nulle autre fin que celle de soumettre. Oui, le Prophète eut des femmes, oui les musulmanes de son époque parlaient de sexualité et oui, le Coran parle de désir, de plaisir et d’érotisme. »


L’avis de Caïtelhor

Nadia El Bouga est une sociologue clinicienne diplômée d’un cursus médical et universitaire. Son plus, en tant que sexologue, est d’être française et musulmane. D’ailleurs, dans son cabinet sont assis côte à côte femmes et hommes (la plupart de confession musulmane) dont peu importe leur culture ou leur milieu. Ils et elles sont là pour les mêmes raisons : leur sexualité. Car le problème se pose et Nadia El Bouga est là pour essayer de le résoudre ou du moins, aider à faire tomber certains tabous car on ne parle pas sexualité ni dans la famille, ni à l’école, ni avec son mari. Ça ne se fait pas.

Nadia va plus loin dans la prise en charge de ses patients. Elle s’appuie sur une notion de santé sexuelle reposant sur l’harmonisation d’un point de vue émotionnel, psychique, social, culturel et spirituel. C’est une approche « holistique » de la santé. Ne sachant pas ce que signifiait ce mot en voici la définition pour le cas où… « On considère chaque personne dans SA globalité. Le mot « holistique » est dérivé du grec « holes » qui signifie tout entier« .

Nadia El Bouga parle à la radio BEUR FM, tous les mardis, de la sexualité bien sûr : orgasme, point G, éjaculation précoce, point P, tout y passe et ça passe même bien ! Pourtant, elle est pratiquante … et porte le voile. On l’a même surnommée « OVNI » ou Objet Voilé Non Identifié ». Elle a exercé le métier de sage-femme pendant 10 ans à l’hôpital , a été confrontée à la pudeur des femmes qui préfèrent rire en détournant leur regard pour ne pas montrer leur gêne, et là aussi le constat est amer : oui, la sexualité est tabou.

Mon avis :

Le livre est vraiment bien structuré, on ne s’ennuie pas, on s’instruit aussi. Elle y raconte son parcours de fille d’émigrés marocains, sa réussite française, elle dira « Je suis fière d’être française. Je suis pour la démocratie ». Son combat, redonner aux femmes toute leur féminité, leur faire goûter le plaisir de la vie, du désir, de l’orgasme. J’aime beaucoup la façon dont elle appréhende ses patients et la manière dont elle les regarde s’approprier le « fameux » canapé. Les confidences qu’elle recueille comme «Je ne me sens pas femme, je suis fermée comme une porte blindée. ». La conviction de Nadia quand elle dit « Il faut réhumaniser la sexualité, c’est une urgence. »

Elle se souvient de son enfance en France et de son père qui l’attendait l’après-midi après l’école avec sa question «Kesse d’aitaye?», « Un verre de thé ? » en arabe. Sa mère qui peu à peu s’élève grâce à sa patronne, une aristocrate belge et à la mère de celle-ci, qui lui apprendront à lire, à écrire, à parler ! Elle étudie les textes sacrés dans lesquelles il n’est pas question de « hchouma » (honte) mais comment le faire admettre ? Et ces croyances, ces guérisseurs sans aucune compétence… et sans scrupule, la honte qui bloque toutes ces femmes qui n’arrivent pas à avoir des relations sexuelles satisfaisantes voire aucune relation du tout ! L’ignorance de leur propre corps et de celui de leur conjoint. On a tout dans ce roman, et j’aurais aimé que Nadia développe encore plus ses entretiens avec ses patientes, qu’elle nous fasse aller plus loin encore dans son approche, ses analyses et ses conclusions. Comment peut-on arriver à «déverrouiller» ces corps emprisonnés depuis l’enfance, voire la naissance puisqu’on naît avec un handicap majeur : celui d’être une «femme». Il faudrait peut-être qu’elle fasse une analyse des mères et des filles en même temps…

 « TQAF » au Maroc, « TAFSIH » en tunisie, c’est le rituel du « cadenassage »… surprenant, déroutant, d’un autre temps mais ça existe.

 Voici un roman très enrichissant d’anecdotes amusantes ou dérangeantes dans un contexte actuel et très intime. Challenge réussi pour un sujet difficile. A lire et à partager sans modération !

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