Sep 252017
 

Ecrit par l’auteure et journaliste pour Libération Hala KODMANI. Publié le 09 mars 2017 aux éditions Des Équateurs

Merci aux éditions DES EQUATEURS pour m’avoir permis de lire ce roman


Résumé

« C’est une enquête foudroyante : l’histoire de Nissan Ibrahim, syrienne, musulmane et résistante dans une ville devenue « la capitale du diable ». Née à Raqqa, professeur de philosophie, Nissan nous livre sur Facebook son journal de bord et son combat pendant 4 années de dictature meurtrière. Que signifie être une femme en Syrie entre 2011 et 2015? À quoi ressemble la vie au temps des décapitations, des tortures, des bombardements ? Les posts de Nissan racontent la tragédie syrienne, la lutte d’un peuple contre deux machines de mort : le régime de Bachar Al-Assad et l’État islamique. Ce dernier n’a pas apprécié. En janvier 2016, Daech annonçait qu’elle avait été « exécutée ». Elle avait 30 ans. 
C’est une histoire édifiante. Un journal digne de celui d’Anne Franck exhumé et raconté par Hala Kodmani. On y découvre une jeune femme stupéfiante, pleine d’humour, de peurs, de rêves et d’espoir pour son peuple et son pays. Nissan est devenue un symbole : celui d’une Antigone dans une Syrie déchirée. »


L’avis de Caïtelhor

C’est l’histoire de Nissan Ibrahim, jeune femme raqqaouie. Elle est professeure de philosophie  et va se retrouver à écrire une chronique sur la vie quotidienne d’une ville, sa ville, devenue « la capitale du shaytan ». Elle écrira des posts entre 2011 et 2015, parfois très espacés les uns des autres sur l’enfer syrien, la lutte de tout un peuple contre deux machines de guerre, l’armée de Bachar Al-Assad et l’État Islamique. Lutte inégale, lutte désespérée. Nissan est repérée par l’EI qui proclamera son exécution en janvier 2016. Nissan avait 30 ans. Elle sort de l’anonymat à titre posthume et on découvre une jeune femme qui aime la vie, qui a des rêves, qui cite Sartre et Platon, qui gardera l’espoir et la foi pour son peuple et son pays. Ce n’est pas pour rien qu’elle est devenue un symbole : l’Antigone d’une Syrie à feu et à sang, une Antigone qui va au bout de son destin, elle anticipe sa fin tragique. « Daech coupe ma tête mais pas ma dignité », « J’ai rêvé de devenir martyr »

L’auteure, Ala Kodmani va rassembler ses posts qui constituent le synopsis du livre et le compléter par son travail d’enquête pour nous faire vivre au plus près, toutes les persécutions que subit ce peuple désespéré et seul au monde.

            «  Nissan Ibrahim a creusé sa tombe et écrit quelques mots d’épitaphe puis elle a planté énergiquement la pelle pour poursuivre le chemin de la révolution, la voie de la dignité, le chemin des martyrs (30 décembre 2011) »

 Elle nous fait vivre le soulèvement du printemps 2012 , Nissan derrière son clavier et les Raqqaouis se joignant aux anti-Assad pour chasser quelques mois plus tard l’armée régulière. Nissan est folle de joie et l’effervescence gagne toute la ville. Les espoirs de Nissan s’effondrent en même temps que les hommes noirs, ces djihadistes obscurantistes qui s’infiltrent peu à peu dans les rues, partout, pour imposer leur loi barbare et les syriens vont devoir se soumettre, il n’y a plus d’espoir. On revit le premier post de Nissan qui nous plonge en février 1982 lors du massacre perpétré dans cette ville des bords de l’Oronte, entre Damas et Raqqa.

       « Pendant deux à trois semaines, les quartiers de la ville ont été envahis par les chars et totalement détruits, Rue après rue, maison après maison, les soldats ont fusillé des familles entières et fait disparaître leurs corps dans des charniers, La tuerie s’est déroulée à huit clos, Les lignes téléphoniques ont été coupées, comme toutes les routes conduisant à la ville »

Dans les 147 pages de ce livre, l’auteure ne rend pas seulement hommage à Nissan mais à une ville et à tout un peuple. Rien ne laissait présager que cette petite ville qu’est Raqqa puisse devenir la capitale proclamée de l’État Islamique. On ressent l’attachement profond d’Hala Kodmani pour Raqqa, pour elle Raqqa est aussi l’héroïne du livre. Mots percutants, décapitations, tortures, bombardements aériens ; Nissan a tout vu et tout vécu. L’auteure va nous les faire vivre aussi, comment rester insensible ? Bien sûr on repense au journal d’Anne Frank, seule devant son cahier et sa mort en 1945, tant d’années ont passé, plus de 70 ans et rien n’a changé. Un clavier remplace une plume, un écran d’ordinateur le cahier d’écolier mais une nouvelle jeune femme va mourir à cause de la politique, du pouvoir, de la religion, de l’argent… Surtout de la bêtise humaine.

La plume de l’auteure est tranchante et ne fait pas de cadeau mais que de nostalgie entre ses lignes. Y a-t-il encore un espoir ou le monde n’est-il plus que désillusion ?

Ce livre est un témoignage, un cri de désespoir qu’il faut entendre. Merci à  Hala Kodmani et à tous ces auteurs qui se battent, qui témoignent parfois au risque de leur propre vie. Merci pour ce partage du fond du cœur.


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Hala Kodmani

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