Roman entre le thriller et l’enquête historique écrit par le journaliste français Michel Moatti. Publié en France aux Editions HC le 24 janvier 2013 et aux Editions Poche le 9 janvier 2014.

« Journaliste pendant seize ans, en particulier comme correspondant pour l’agence britannique Reuter’s, il a vécu à Londres au début des années 1990.

« Retour à Whitechapel » (2013) est le fruit d’une recherche de près de trois années dans les archives victoriennes et dans différentes bibliothèques historiques.  » Babelio

Résumé

« Automne 1941, Amelia Pritlowe est infirmière au London Hospital et tente de survivre aux bombardements de l’armée allemande. Lorsqu’elle reçoit la lettre posthume de son père, elle n’imagine pas qu’elle va devoir affronter un cataclysme personnel tout aussi dévastateur. Sa mère n’est pas morte d’une maladie pulmonaire comme elle l’a toujours cru. Sa mère, Mary Jane Kelly, a été la dernière victime de Jack l’Éventreur. Elle avait deux ans.? ? Mue par une incommensurable soif de vengeance, l’infirmière va se lancer dans une traque acharnée. Elle intègre anonymement la société savante d’experts « ripperologues », la Filebox Society, et va reprendre l’enquête depuis le début, étudiant et répertoriant tous les éléments qui ont touché de près ou de loin chacune des victimes de Jack l’Éventreur. Plongeant ainsi dans les bas-fonds de l’East End victorien, revivant le calvaire de ces femmes qui vendaient leur âme et leur corps pour quelques heures de sommeil, elle va reconstituer les dernières semaines de la vie de sa mère, suivre toutes les pistes et accepter tous les sacrifices pour retrouver celui qui reste encore aujourd’hui une énigme.? « Pourquoi ni la police de l’époque, ni les enquêteurs qui ont suivi l’affaire depuis plus d’un siècle n’ont jamais identifié Jack l’Éventreur ? Parce qu’ils cherchaient un homme correspondant à un a priori social ou allégorique. “Jack” n’était pas un médecin fou, ni un membre de l’aristocratie victorienne ou un haut personnage de la cour d’Angleterre. Il était simplement dans la place, tout près de ses victimes, invisible à force d’être là. »

Mon avis

« Monstre… Pourriture. J’irai gratter au fond de ta tombe avec mes ongles… Je vais te trouver, où que tu sois sous la terre… Je vais te trouver et te brûler les yeux. Je vais casser ce qui reste de tes os… Je descendrai dans ta fosse avec un maillet de bois et je frapperai jusqu’à faire éclater ton crâne… »

Michel Moatti a réussi un coup de maître dans ce premier roman. Il a créé un personnage de fiction Amélia Pritlowe, fille de la défunte Mary Jeanette Kelly dernière victime connue de Jack L’éventreur. Par le biais de ce personnage il va mener l’enquête, qu’il a lui-même mené pendants trois années à Londres. Ce mélange de fiction sur une trame historique permet au lecteur de lire agréablement ce livre. On ressent très bien à quel point l’auteur à dû être immergé par toute cette histoire, la passion et l’énergie qu’il a dépensé pour nous offrir ce roman et c’est vraiment réussi.

Toute son analyse est basée sur des faits réels tels que des rapports d’autopsies, des rapports d’enquêtes de police, des témoignages authentiques, des photographies… Telles sont ces sources pour recréer tout cet univers Londonien du XIXème siècle. Il s’est également basé sur des cartographies de l’époque pour situer chaque lieu et sa configuration de l’époque.

Nous avons donc ce Londres victorien et en parallèle les années 1940 alors que le pays était en guerre contre l’Allemagne. C’est dans ce décors qu’évolue notre héroïne, infirmière au London Hospital.

Au centre du livre, l’auteur nous offre un petit cahier de ses notes personnelles, de textes et photos de l’époque. Tout en finesse évidemment, il n’y a pas de photos trop horribles heureusement ! Mais le livre par contre est aussi cru que le tueur pouvait l’être. On est également plongé dans cet univers morbide, ce qui donne à ce roman toute sa crédibilité. Impossible d’évoquer ce sujet sans basculer dans l’horreur.

Ce qui m’a également plu c’est sa vision personnelle de cette histoire et de l’identité de l’assassin. Il s’éloigne des autres versions qui mettaient en avant la théorie du complot de la Reine (Cf : From Hell, film de Albert & Allen Hughes avec Johnny Depp ou le roman de Patricia Cornwell : Jack l’éventreur, affaire classée). Ici, l’assassin apparaît sous un autre jour, sous un nouvel angle, plus crédible et moins fantasmé.

Vraiment une enquête passionnante ! Je lirais donc la suite des aventures d’Amélia Pritlowe dans le second livre de cet auteur : Blackout baby sortit en octobre 2014.

« La sauvagerie de ses crimes, le caractère fulgurant de sa « carrière » – il n’a officiellement sévi que quelques mois, d’août à novembre 1888, laissant derrière lui cinq victimes – l’énigme intacte de son identité font de cet être réel un mythe. »

17/20 pour tous les noms de rues, de quartiers et de lieus où l’on s’y perd un peu !

Photo de l’enquête de police – Mary Jeannette Kelly

Portrait robot de Jack l’Eventreur © Broadcast on Five (UK)/Copyright of Atlantic Productions

Walter Richard Sickert – « La hollandaise »