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Bonjour Caroline Fabre-Rousseau et merci de m’accorder cette interview. Aujourd’hui  nous parlerons de votre dernier roman publié aux éditions Chèvre-Feuille Étoilée (05 février 2015) :

Café zébré thé à la menthe.

Aux lecteurs qui ne vous connaissent pas encore, pouvez-vous vous présenter ?

Paul Léautaud disait qu’on ne devrait rien écrire avant 40 ans. J’ai suivi ses conseils… J’ai eu plusieurs métiers, comme les écrivains américains que j’affectionne particulièrement, chasseuse de tête, professeur d’anglais, d’allemand, conseillère linguistique et mère de quatre enfants. Quand mes aînés sont devenus étudiants, j’ai pris la plume et écrit mon premier roman C’était malgré nous, publié en 2012 chez Prisma et aujourd’hui épuisé. Sinon, j’aime beaucoup la musique (je joue du piano et je chante) et j’anime une émission de radio sur RCF intitulée « les likes musicaux » après avoir raconté « Des Vies de jazz » pendant deux ans.

 Votre histoire met en avant des personnages tourmentés et en parallèle, un fait historique concernant le Maroc. Comment cette intrigue est-elle née dans votre esprit avant d’être transposée sur papier ?

J’aime rendre vivants des personnages dont le destin a été marqué par la grande histoire et les relier à notre époque. Pour cela, il me faut des grands-pères au passé trouble… J’ai fait des recherches sur l’histoire du Maroc au moment de l’Indépendance et suis tombée sur une liste de victimes. J’en ai choisi une et lui ai inventé une famille. C’est ainsi qu’est né le roman. Par ailleurs,  les relations entre les musulmans et les Français m’intéressent, j’ai donc choisi de mettre en scène une rencontre banale entre une femme de ménage marocaine et une famille française d’aujourd’hui. Je voulais aussi travailler sur le sentiment d’appartenance à un pays, les différences psychologiques entre les déracinés et les enracinés. Aujourd’hui, j’ai l’impression que les gens sont perdus dans un monde immense et cherchent du sens ailleurs.

 Les sujets abordés dans votre roman par le biais de vos personnages, sont très personnels et très graves : le burn-out, la violence conjugale, l’incapacité de gérer le quotidien… Comment avez-vous orienté vos recherches pour rendre ces sentiments d’angoisse, de peur et de solitude, si palpables ?

Le burn-out frappe partout autour de soi. Il suffit d’ouvrir le journal ou d’interroger son entourage. Et les gens qui craquent en ont honte. Ils mettent du temps à s’en remettre. Je voulais leur rendre hommage, leur donner la parole. Tout le monde connaît des moments de déroute, vous comme moi, mais on est plus ou moins armé pour y faire face. Pourquoi certaines personnes tombent-elles et pas d’autres ? Dans ce roman, j’essaie de mieux définir la typologie des  victimes du burn-out.  Les articles et les analyses que j’ai lus ont confirmé ma conviction qu’il s’agit au fond d’un problème de positionnement vis à vis de l’autorité et de la valeur travail. Quant à la violence conjugale, elle est beaucoup plus répandue qu’on ne le croit, hélas, et elle n’est pas que physique.

 Le Maroc et son histoire : les massacres de Meknès le 23 octobre 1956, tiennent la seconde place de l’intrigue. Pourquoi avoir choisi de relater ces faits ? Quel rapport entretenez-vous avec ce pays pour si bien le décrire ?

D’abord le côté rocambolesque du détournement de l’avion de Ben Bella était on ne peut plus romanesque. Ensuite, il est bon de rappeler qu’une conférence tripartite entre le FLN, le Maroc et la Tunisie nouvellement indépendants avait été organisée à l’initiative de ces deux derniers pour tenter de trouver une solution au conflit ;  malheureusement,  elle n’eut jamais lieu et c’est bien dommage. Enfin, je voulais montrer que seul le pardon permettait la guérison. Ces massacres épouvantables, dont personne ne parle, et pour cause, ont traumatisé bon nombre de familles sur plusieurs générations. Clémence Loiseau en est une victime indirecte. Il y a malheureusement régulièrement des actes de violence, mon roman est d’ailleurs paru deux semaines après les attentats de janvier.  Que deviennent les survivants ? Comment s’en sortent-ils ?  Quant à mon rapport avec le Maroc, vous me flattez, mais je n’y ai jamais vécu. Je suis sensible en revanche aux liens qui existent entre la France et le Maroc, ou plutôt entre ses habitants ; il faut entendre parler ceux qui y ont vécu et ont gardé à tout jamais la nostalgie de ce pays, de son sens de l’hospitalité et du partage… J’avais voyagé au Maroc avec ma famille deux ans avant d’écrire ce roman, il m’a été facile de puiser dans mes souvenirs pour décrire des lieux et des atmosphères.

 J’ai fait découvrir ce roman autour de moi, j’ai eu beaucoup d’échos positifs mais une question a été soulevée : pourquoi les hommes de votre histoire sont-ils autant montrés du doigt par rapport aux femmes ?

Je suis désolée que l’on n’ait retenu que les mauvais côtés des personnages masculins. Il y a aussi Brian, André, Omar, Marc… qui sont plutôt positifs. Quant aux tyrans et aux violents, je ne cesserai de les dénoncer. Ils agissent en toute impunité dans le huis-clos de la famille. On n’en parle pas assez.

 Vous étiez présente au Salon du Livre 2015, vous reverra-t-on là-bas en 2016 ?

Bien sûr, sur le stand des éditions Chèvre-feuille étoilée.

 Je vous remercie chaleureusement pour avoir répondu à ces quelques questions et je vous souhaite une excellente continuation.

Aucune des réponses n’ont été modifiées. Merci de ne pas utiliser le contenu de cet échange sans un accord officiel

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