Août 182016
 

Ecrit par l’auteure algérienne Karima Berger. Publié aux éditions Albin Michel le 03 février 2016.

Résumé

« Quand le vieux El Hadj Ben Amar reçoit une lettre collective de ses trois enfants, tous exilés en France ou au Canada, une sourde colère l’envahit. Lui qui vit à Alger, avec pour seul réconfort son Coran et son jardin, lui qui n’a jamais supporté la corruption et l’inertie de son pays et a cru transmettre aux siens les valeurs morales dont il a hérité, est forcé d’admettre que ses enfants convoitent une seule chose, Mektouba, sa maison, son paradis terrestre. Roman au souffle lyrique et syncopé, Mektouba évoque, à la manière d’un Festen arabe, tous les paradoxes d’une famille éclatée, d’une terre dévastée et d’un héritage impossible »

L’avis de Caïtelhor

Karima Berger est née à Ténès en Algérie. Elle vit et travaille en France depuis 1975. Comme beaucoup d’auteurs (es) maghrébins, Karima Berger fait un savant mélange de nos cultures littéraires. Elle est, à mon avis, tombée dans la potion magique qu’est notre langue française il y a longtemps, comme elle le dit avec tant d’amour par le biais de Ben Amar, le vieil homme de El Mektouba (la Destinée)

« J’ai appris la langue française avec le zèle de l’humilié qui se venge, les vers de Racine ou ceux de Ronsard, je voulais les voler et les dire mieux que mes maîtres, moi le colonisé !  Je suis de ceux qui on connu en premier l’école de Madame la France et l’apprentissage du français fut une jouissance absolue ».

Alger. Le vieux Ben Amar , intellectuel, étudiant le Coran non à des fins idéologiques mais plutôt le poussant à des réflexions  intérieures, vit dans El Mektouba. Sa maison est tout pour lui, c’est son havre de paix et là où reposent tous les souvenirs de sa bien aimée épouse Dalila. Il reçoit une lettre de ses trois enfants, aucun ne vivant  sur son continent.  L’aînée vit en Bretagne, Louisa au Québec, où elle travaille dans l’humanitaire et le fils marié , vit en Sologne et a un fils.  Ils sont tous les trois très inquiets et contre l’idée de leur père, quant au sort de El Mektouba lorsque celui ci ne sera plus de ce monde. En effet, il a décidé de faire don de sa maison adorée aux enfants d’un orphelinat.C’est par l’intermédiaire de sa fille Louisa qu’il est entré en contact avec tous ces enfants Grâce à eux,  il a enfin la joie d’être devenu le grand-père qu’il a toujours souhaité être. Ces petits lui apportent leur amour, leur joie, sans aucune arrière pensée et sans compromis. Ils l’aiment c’est tout ; et puis, ses enfants, ses vrais enfants n’ont rien compris à la vie. Ils sont matérialistes, égoïstes, et profiteurs. Mais lui, ne vivant que dans le désespoir de sa défunte femme et dans sa philosophie de vie, a-t-il essayé de comprendre réellement ses enfants ? Son échec dans la transmission des choses de la vie qu’il a voulu absolument leur enseigner vient il d’eux uniquement ou d’un peu de lui aussi ? Difficile le constat de la vie parfois.

Pour tous les amoureux des lettres, pour les inconditionnels de Ronsard, Racine, Victor Hugo,(cité dans le livre) : « Victor Hugo inspiré par mon prophète. Sa langue s’est faite musulmane, orientale et mystique ».

Il faut lire ce livre. Il faut lire Karima Berger.  Voilà ce qui caractérise ce genre d’écrivains(es). Sa plume est légère, romantique. On vit l’histoire au travers de ses mots, on sourit, on pleure, on s’interroge et on découvre d’autres horizons. C’est une ode à la vie combinant parfaitement la poésie française et la magie de l’Orient Quel bonheur, Karima Berger nous transmet la sagesse des comportements de tous les personnages de son roman, leur donne raison, leur donne tort, ne juge pas nous laisse seul juge. Et puis nous emporte (ce fut mon cas) , nous fait traverser la Méditerranée et nous raconte l’Orient, comme Yaël Hassan avec « Momo, prince des Bleuets », comme Saphia Azzedine avec « Bilquiss » et aussi Renée Andieh avec « Captive ».  Dans toutes ces catégories de lecture, adulte, ado ou jeunesse  le même tourbillon de poésie « mystique » (je reprends ce terme car je n’ai pas trouvé mieux !) nous emporte. Merci, Chokran bezafe bezafe.

Je termine par les mots du vieux Ben Amar, touchants , puisque ce sont les mots de toute sa vie.

«  Sur le tapis que Père avait rapporté de La Mecque et qu’il me légua lorsqu’il ne put prier qu’assis. J’aime qu’il m’étreigne tout entier. Je place mes pieds, mes genoux, mes mains et mon front sur ses traces, sept marques d’usure sur la soie élimée, leur bénédiction ruisselle sur moi, l’héritier de mon père ».

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Karima Berger

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