Ecrit par l’auteur israélien Amos Oz. Publié aux éditions Gallimard le 25 août 2016.

Résumé

« Le jeune Shmuel Asch désespère de trouver l’argent nécessaire pour financer ses études, lorsqu’il tombe sur une annonce inhabituelle. On cherche un garçon de compagnie pour un homme de soixante-dix ans ; en échange de cinq heures de conversation et de lecture, un petit salaire et le logement sont offerts. C’est ainsi que Shmuel s’installe dans la maison de Gershom Wald où il s’adapte rapidement à la vie réglée de cet individu fantasque, avec qui il aura bientôt des discussions enflammées au sujet de la question arabe et surtout des idéaux du sionisme. Mais c’est la rencontre avec Atalia Abravanel qui va tout changer pour Shmuel, tant il est bouleversé par la beauté et le mystère de cette femme un peu plus âgée que lui, qui habite sous le même toit et dont le père était justement l’une des grandes figures du mouvement sioniste. Le jeune homme comprendra bientôt qu’un secret douloureux la lie à Wald… »

Mon avis

Judas de Amos Oz est ma seconde lecture concernant un auteur israélien depuis la rentrée. Avec Eshkol Nevo, c’est un auteur que j’ai découvert grâce au festival littéraire, « Lettres d’Israël ».

L’intrigue repose sur des questions théologiques, sur le rapport entre le judaïsme et le christianisme et la figure de Judas par rapport à Jésus.

Le personnage principal de ce roman est Shmuel Asch, un jeune étudiant qui vient d’arrêter ses études car l’entreprise de son père ayant fait faillite, il n’a pas le courage d’assumer seul le coût de ses études. En parallèle de cette mauvaise passe, sa compagne Yardena le quitte pour son ex-ami, un hydrologue « taciturne ».  Shmuel part donc à la recherche d’un emploi, ou mieux, d’une planque pour passer l’hiver, un point d’hibernation. Une annonce retient son attention, celle d’un vieux monsieur en quête de compagnie pour bavardage, en échange du gîte, du couvert et d’un maigre salaire. Il fait ainsi la rencontre de Gershom Wald, un homme souffrant de handicaps physiques : il est bossu, a un œil fermé et se déplace avec des béquilles. Cet homme a cependant les sens en alerte et est indéniablement très cultivé et prompt à soutenir les joutes verbales que lui apporte Schmuel. Ce dernier rencontrera également Atalia Abravanel, une femme deux fois plus âgée que lui, qui vit avec Gershom Wald et dont émane une forte sensualité. Une femme cependant inaccessible.

Dans cette sombre demeure, Gershom et Shmuel aborderont avec véhémence les textes religieux qui concernent la traîtrise de Judas envers Jésus et les rapports qui ont découlé de la crucifixion, entre les chrétiens, les juifs et les musulmans. Ils soulèveront également l’actuelle guerre en Israël et Palestine.

Beaucoup de sources sont citées dans ce roman pour comprendre comment est considéré Jésus dans le christianisme et le judaïsme. Gershom Wald soutenant qu’en aucun cas Jésus ne souhaitait de nouvelles religions, encore moins en être à sa tête et qu’à cause de la trahison de Judas, les juifs n’ont de cesse d’être considérés comme des traîtres. Pour Shmuel, Judas était l’apôtre le plus fidèle de Jésus, pensant que ce dernier se relèverait de sa croix, béni, et serait ainsi vu par tous comme un véritable Dieu. Tel ne fut pas le cas, raison pour laquelle Judas se serait pendu peu de temps après la mort de Jésus.

Shmuel : « […] il n’est pas difficile de comprendre pourquoi les Juifs ont rejeté le christianisme. Jésus n’était pas chrétien. Il est né et il est mort juif. Il n’a jamais eu l’intention de fonder une nouvelle religion. […] Si les Juifs l’avaient reconnu, l’histoire aurait été différente. L’Eglise n’aurait pas existé. Et peut-être que l’Europe aurait adopté une version plus souple et épurée du judaïsme. Nous aurions évité l’exil, les persécutions, les pogroms, l’Inquisition, les massacres, les discriminations, sans parler de la Shoah. »

Le sionisme, fait de désirer un Etat pour les juifs, l’Etat d’Israël, est également source de grandes joutes verbales ici. Nous en apprenons plus sur le père d’Atalia, qui fut toujours contre la séparation entre les juifs et les arabes, pensant que les deux communautés pouvaient cohabiter sans règles spécifiques à chacune mais dans une harmonie mutuelle.

Atalia, à propos de son père : « […] ses longues conversations avec ses amis arabes l’avaient convaincu qu’il y avait assez de place pour que les deux communautés cohabitent, à côté l’une de l’autre ou imbriquées l’une dans l’autre, et pas frocément dans le cadre d’un Etat. Une communauté mixte ou deux communautés fusionnées, sans qu’aucune ne représente une menace pour l’avenir de l’autre. »

La guerre actuelle qui fait rage entre Palestine et Israël est expliquée, montrant les erreurs de chacun sans que l’auteur ne porte de jugements négatifs sur un peuple ou sur l’autre. On ressort de cette lecture, en se disant que tout ceci est simplement dommage.

C’est un débat difficile à assimiler pour les lecteurs qui, comme moi, sont indifférents aux religions mais curieux malgré tout ! La portée des dialogues n’est pas à accessible à tous, moi-même il y a des éléments que j’ai eu du mal à assimiler. Je n’ai pas compris tout ce dont il était question car la plume de l’auteur, lorsqu’il aborde ces thèmes n’est pas forcément évidente à digérer. Heureusement, les chapitres sont courts et un chapitre sur deux nous avons l’histoire de Shmuel et d’Atalia. Ceci permet au lecteur de rester concentré et curieux de la suite du récit !

Je me suis prise jeu de l’auteur, suivant les débats animés entre Gershom, Shmuel et Atalia comme lorsqu’on assiste à un match de ping-pong, chacun se renvoyant une vérité ou une certitude. Je me suis beaucoup attaché aux personnages et ce qui concernait la politique ou la religion m’a curieusement beaucoup intéressé également. C’est un roman compliqué mais passionnant, porté par trois protagonistes

4_coeurs

Amos Oz