Roman écrit par Christian Laborie. Publié aux éditions Presses de la Cité, collection Terre de France, le 22 août 2019.


Résumé

«  » Mon seul héritage, aime répéter Sarah, c’est mon nom. Je ferai donc tout pour qu’il ne se perde pas dans l’oubli.  » Ainsi, Sarah Goldberg part sur les traces de sa mère Ana, qui, fuyant les rafles, fut recueillie, enfant, dans un village cévenol. Rapidement Sarah comprend que certains survivants de l’époque connaissent la vérité sur Ana.
Mais quelle vérité ?

Il a suffi d’une lettre pour que la vie de Sarah Goldberg bascule. La voici héritière d’une maison dans les Cévennes, où pourtant elle n’a aucune attache. Serait-ce une erreur ? Il y a tant d’ombres dans la vie de Sarah… Sa mère, Ana, morte trop tôt, ne s’est guère confiée sur son passé. Quittant ses missions diplomatiques, Lausanne et son compagnon, Sarah découvre la maison, prête à la revendre au plus tôt. Mais rapidement les lieux livrent leurs secrets : une inscription,  » Ne cherchez pas à savoir  » ; une trappe donnant accès à une cache. Et, derrière une pierre descellée, un cahier d’écolier : le journal d’Ana.
Défilent alors sous les yeux de Sarah les souffrances et les espoirs de la vie d’errance de sa mère et des siens, depuis la fin des années 1920 jusqu’aux rafles de 1943… »


L’avis de Caïtelhor

La rentrée est là et après quelques semaines de farniente je reprends avec plaisir ces chroniques qui permettent de débriefer sur des lectures variées, polar, thriller, saga et terroir bien sûr. D’ailleurs, c’est par un roman des Éditions « Terres de France » que va s’ouvrir cette nouvelle saison pleine de surprises je l’espère ! Merci pour l’envoi de ces romans très agréables émouvants et enrichissants à chaque fois.

Je sais que je vais être plongée au cœur des Cévennes du XXe siècle, région d’adoption de Christian Laborie et dans une période qu’il affectionne. J’ai lu plusieurs de ses livres et en ai chroniqué certains aussi d’ailleurs. Le charme est une nouvelle fois au rendez-vous, car sa plume suspendue au-delà des montagnes cévenoles vous assure un dépaysement assuré. Les Cévennes c’est l’Aveyron, l’Ardèche, l’Hérault entre autres, une région riche historiquement, riche de son patrimoine le Pont du Gard, ses villages, ses ruelles médiévales, ses grottes et ses lacs. Je me permets de citer le Cirque de Navacelle que j’ai eu le bonheur de découvrir, endroit extraordinaire. Voilà pourquoi j’affectionne les histoires de cet auteur qui nous entraîne à chaque fois dans un décor cévenol différent plein de mystère et de charme.

La vie de Sarah bascule lorsqu’elle apprend qu’elle est « l’heureuse » propriétaire d’une maison à Saint Jean de Calberte dans les Cévennes sauf qu’elle n’y à jamais mis les pieds. Qui est donc cette généreuse donatrice Lucie Fontanes qui lui a légué tous ses biens ? Quels liens entretenait-elle avec sa mère Ana morte accidentellement six ans auparavant ? Ana, mystérieuse Ana qui n’a jamais dévoilé même à sa propre fille ses origines, son passé, ni même l’identité du propre géniteur de Sarah.

L’auteur dans un prologue d’une quinzaine de pages relate la fin de vie d’Ana sur un air de Michel Delpech « chez Laurette ». 1969 Ana et son mari Philippe prennent la route des vacances évoquant leurs souvenirs, leur rencontre et l’enfant qu’ils n’ont jamais eu ensemble. Quelques reproches plus tard, le ton qui monte et un coup de volant de trop, c’est l’accident fatal.

Sarah quitte sa Lausanne et son compagnon pour partir à la découverte de cette maison. Elle souhaite faire le nécessaire rapidement pour la mettre en vente. Rien ne va se passer comme prévu et c’est à ce moment que je ressens mon premier coup de cœur.

« Elle se rendit sur la place principale du village et trouva facilement la demeure en question (— ). Elle introduisit la clé dans la serrure et, lentement, poussa la porte (— ) la maison sentait le renfermé. »

L’auteur ouvre la porte sur les secrets d’Ana et nous invite, nous lecteurs, à le suivre. Tout est d’époque, la tapisserie à petites fleurs, l’évier en pierre et la porte vitrée qui donne sur un jardin en friche avec dans le fond « les toilettes » cabane en bois peint en vert. C’est ça aussi la griffe Laborie : l’Authenticité.

Sarah découvre une trappe qui abrite une petite cave. Elle y trouve un journal écrit sur un cahier d’écolière qui n’est pas sans nous rappeler une certaine Anne Franck. L’histoire d’Ana peut commencer. Contrairement au prologue condensé précis et implacable, l’auteur va prendre son temps, que certains prendront peut-être comme des longueurs, mais il n’en est rien. Le parcours d’Ana sera long, semé d’embûches. C’est la guerre, celle d’Hitler contre les juifs. Une véritable chasse aux sorcières dans laquelle seront projetées Ana et sa famille, fuyant ou se cachant souvent dans des univers hostiles et haineux. Des rencontres aussi comme dans ce village (fait historique) de « Chambon sur Lignon » qui n’aura de cesse de protéger les enfants juifs, quel courage, quelle témérité !

Sarah avance dans le récit de sa mère et comprend tous les non-dits dans leur relation mère-fille. Sarah est dans le roman mon second coup de cœur. J’aurais aimé que son histoire personnelle soit plus creusée ! Sa relation avec la maison de Saint Germain de Calberte est un débordement d’émotion. On y pénètre sur la pointe des pieds de peur d’y réveiller les démons endormis. Sarah en oublie sa Lausanne, Gilles son compagnon. Qui est Rodolphe qui fait battre son cœur ? Mais qu’en sera-t-il lorsque toutes les vérités seront mises à nu ? Quels seront les choix de Sarah ? La vie réserve des surprises !

C’est à nouveau un beau roman de Christian Laborie, un bon moment assuré que je recommande avec plaisir !

Christian Laborie