Juin 042018
 

Ecrit par l’auteur Afghan Alì Ehsani. Paru aux éditions Belfond, Collection Le Cercle, le 01 février 2018.

Un grand merci à la maison d’édition pour cette lecture.


Résumé

« La guerre, c’est le quotidien d’Alì, huit ans. Les rues de Kaboul englouties sous les tirs de mortier, les terrains de foot improvisés au milieu des décombres, le petit garçon est habitué. Mais un soir, au retour de l’école, c’est sa maison qui a disparu et, avec elle, ses parents. Sans famille ni argent, Alì et son grand-frère Mohammed prennent la route. Direction l’Iran, la Turquie, la Méditerranée, d’autres rives, à la recherche d’autres étoiles sous lesquelles trouver refuge. Cinq ans plus tard, Alì est devenu un adolescent. Un gamin de treize ans cramponné au châssis d’un poids lourd en partance pour l’Italie. Un jeune homme épuisé, qui rassemble ses forces pour fuir, toujours plus loin. Seul. Car Mohammed, son grand frère, son héros, s’est égaré en chemin… Qu’est-il arrivé ? Les deux garçons pourront-ils jamais tenir leur promesse d’être réunis, libres et heureux, sous les étoiles ? »


L’avis de Caïtelhor

Ali a 8 ans, c’est un petit garçon heureux. Il aime ses parents et son grand frère Mohammed, de 10 ans son aîné. Il va à l’école avec son copain Ahmed, il préférerait passer plus de temps avec son père, mais celui-ci est formel, Ali doit s’instruire. Bien sûr, tout n’est pas rose. Nous sommes en 1997 à Kaboul, capitale de l’Afghanistan. Bombes et attentats rythment son quotidien, mais il ne connaît que ça depuis qu’il est né et pense qu’il en est ainsi partout dans le monde. Jusqu’à cet après-midi où il croit s’être trompé de chemin. Mais où se trouve sa maison ? Il ne comprend pas, ce n’est pas possible sa maison se trouvait là pourtant. Son frère le découvre assis sur un muret, hors du temps. Ali, tes parents sont morts, un missile a tout emporté. C’est fini.

Mohammed devant la détresse de son petit frère devient le père et la mère à l’instant. Il va tout mettre en œuvre pour respecter le souhait de leur père. Qu’Ali continue l’école. Ils décident de quitter Kaboul, c’est ça ou devenir enfant-soldat. Pourquoi ? Parce qu’ils sont des Turmènes mais traités comme des Hazaras.

« Les hazaras, leur place est au cimetière. Ils ne sont pas de la bonne branche de la religion musulmane… ». Voilà pourquoi les talibans arrêtent les Hazaras et les envoient combattre.

     Jusqu’à Istanbul, il ne lâchera pas la main du petit, l’encourageant, le félicitant et en l’aimant très fort. Mohammed lui trace son chemin et Ali va devoir continuer son périple seul, car leur route à Istanbul va se séparer.

Mais alors « qui lui donnera à manger, qui le soignera, qui l’aimera ? ». Mohammed lui a donné les consignes élémentaires et cinquante euros qu’il a caché dans une poche secrète qu’il a lui-même confectionnée.

« Je voudrais seulement revenir à cette matinée si proche, celle où maman me grondait parce que j’étais en retard pour l’école et qu’elle me disait d’être sage… ».

     Alors Ali se dit que son grand frère tel un oiseau va continuer à veiller sur lui. Celui-ci a grandi, il a treize ans et continue sa lutte pour survivre. C’est cramponné au châssis d’un camion qu’il réussira à atteindre sa terre promise l’Italie. L’oiseau viendra-t-il se poser à nouveau à côté de lui ? Retrouvera-t-il ce grand frère tant aimé ? Regarderont-ils ensemble les étoiles ?

C’est un roman autobiographique, Ali nous raconte sa vie d’avant et sa vie d’après avec des mots simples presque des mots d’enfants. L’enfant qu’il était à la mort tragique de ses parents. Il avait 8 ans. Tu prends tout en pleine face. Le contraste est d’autant plus saisissant pour celui qui n’a connu que la guerre, les bombes et l’horreur des corps déchiquetés. Au travers de ses yeux se déroule le voyage de la dernière chance pour l’Europe. Au travers de son cœur, l’immense hommage qu’il rend à son frère Mohammed qui l’a soutenu, qui lui a donné la force d’y croire. « Ali encore un effort, Ali on y est presque, Ali n’aie pas peur. » Que dire lorsque vous entendez ce petit garçon avouer qu’il ne se rappelle même plus le nom de son papa, d’ailleurs c’est comme cela qu’il l’appelait…

C’est un roman difficile psychologiquement. On n’a pas le droit de laisser s’installer de telles situations. Le parcours des migrants adultes, leur combat au quotidien est déjà difficilement supportable, mais ici, cet enfant… Son histoire prend une autre dimension.

Ali Eshani raconte et se raconte sans préambule, sans haine, avec humilité. La présence de son frère est omniprésente, c’est un livre d’amour fraternel. Mohammed a réussi à lui insuffler suffisamment d’amour et de rage pour aller jusqu’au bout de son voyage forcé. Lui faire accepter la violence du départ, le déracinement, la mort de ses parents chéris pour un voyage que l’on peut qualifier de voyage au bout de l’enfer.

Ali votre livre est un message d’espoir, de solidarité, et surtout d’amour. J’ai ressenti beaucoup de tristesse pour ce tout petit garçon innocent et vulnérable et beaucoup de respect pour l’homme digne et respectable qu’il est devenu. Puisons tous dans ce roman la sagesse et l’humilité que nous devrions tous ressentir pour notre prochain. Alors oui ces mots ont un sens et il faut y croire :

« Il n’y a rien de plus semblable à l’espoir que la décision d’émigrer : espoir d’arriver dans un endroit meilleur, espoir de réussir, espoir de survivre, espoir de tenir bon, espoir d’un dénouement heureux, comme au cinéma. »

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