Ecrit par l’auteure marocaine Saphia Azzeddine. Publié aux éditions Stock le 4 mars 2015

Un grand merci aux éditions STOCK pour ce très beau partenariat

Résumé

« « Vous priez encore Dieu ? – Bien sûr. Pourquoi ne le ferais-je pas ? – Eh bien, il me semble qu’Il vous a abandonnée ces derniers temps. – Allah ne m’a jamais abandonnée, c’est nous qui L’avons semé. » Bilqiss est l’héroïne de ce roman : c’est une femme indocile dans un pays où il vaut mieux être n’importe quoi d’autre et si possible un volatile. On l’a jugée, on l’a condamnée, on va la lapider. Qui lui lancera la première pierre ? Qui du juge au désir enfoui ou de la reporter américaine aux belles intentions lui ôtera la vie ? Le roman puissant de Saphia Azzeddine est l’histoire d’une femme, frondeuse et libre, qui se réapproprie Allah. »

Mon avis

Bilqiss est une sombre réalité qui affecte encore aujourd’hui de nombreux pays. Saphia nous conte la lapidation et le sort d’une héroïne tragique et moderne. Sa plume acérée rend cette fiction à la limite de la réalité.

L’intrigue repose sur la condamnation d’une femme qui a osé prendre la parole en public. S’en suit une série de motifs aussi loufoques les uns que les autres pour accentuer l’ampleur de son « crime ». Crime qui est surtout surtout celui d’ETRE une femme.

« Monsieur le juge, puis-je vous rappeler la sourate 88, verset 21.Dieu a dit :  » Tu n’es qu’un messager.Et tu n’as point d’autorité sur eux.C’est à Nous de les juger et de les rétribuer sans rien omettre de leurs actions. » Alors, je vous le demande, vous prenez-vous pour Dieu ? Vous vous octroyez une tâche divine. Dieu vous a-t-il donné procuration pour me juger ? Puis-je la voir ? »

Les trois protagosnistes du roman sont Bilqiss, son juge et une journaliste américaine. Ils sont chacun extrêmement bien ancrés dans leur rôle, ils son hauts en couleurs, fascinants et émouvants. Bilqiss est une femme très avancée sur son temps, qui trouve ridicule les hommes qui ne voient que des allusions sexuelles dans chaque partie de leur être, dans chacun de leurs faits et gestes. Elle remet publiquement les hommes à leur place et provoque des émeutes à chaque apparition.

« Le juge me demanda si j’avais quelque chose à répondre. Cette fois, oui, j’avais quelque chose à dire.
« Je suis bien d’accord avec vous, votre honneur, il faut tuer le mal à la source. Donc, si à mon tour j’accumule tous les interdits qu’une femme traîne avec elle à cause de ce que ça provoque dans le slip des hommes, alors oui, il faut tuer le mal à la source ! La source doit même être massacrée. Guillotinée. Décimée. Brisée. Broyée. Hachée. Tranchée. Exterminée. »
Les nigauds prirent quelques secondes avant d’identifier la source dont je parlais, puis d’un mouvement commun, probablement inconscient, ils croisèrent les uns après les autres leurs jambes pour mettre à l’abris leur très controversé pénis. »

« -Pourquoi ne portez-vous jamais votre voile comme il faut ?
-Parce que je suis une éternelle optimiste, monsieur le juge. Et contrairement à celles qui le portent correctement, moi je n’ai pas abdiqué.
-Je ne comprends pas. Abdiqué vis-à-vis de quoi ?
-J’ai encore confiance en vous, messieurs. Je nourris toujours l’espoir qu’un jour prochain vous réussirez à vous dépasser et vous parviendrez à nous considérer tout entières sans avoir une érection. »

Le juge est un homme discret, qui veut passer pour quelqu’un de juste lors du procès. Son intérêt premier est surtout la bonne image qui véhiculera auprès des pays occidentaux par la présence de la journaliste. Cependant il a vécu un premier mariage avec une femme de la même trempe que Bilqiss, une femme sauvageonne qui n’aspirait qu’à la liberté d’expression. Bilqiss lui rappellera petit à petit cette première femme qu’il avait tant aimé. Il souhaitera ardemment comprendre le comportement de Bilqiss, comprendre pourquoi elle ne reste pas juste à la place qui semble être la sienne. La journaliste, elle, est un peu moins mise en avant mais elle nous permet d’avoir uns second œil extérieur sur le procès qui se déroule. Elle aura également un geste décisif à la fin.

Le pari est risqué d’écrire à l’époque actuelle un roman tel que celui-ci. La remise en question de la religion et de la place d’Allah auprès de ses croyants est vraiment osée, d’autant plus que c’est le problème de la sexualité qui en est l’un des thèmes principaux. Un grand bravo à l’auteure !

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